Patrimoine fribourgeois No 11 :»L’abbaye cistercienne d’Hauterive», Fribourg, octobre 1999, 100 p 132 illust.
Bruxelles: La remise des ettes du Tiers-Monde ne progresse pas
«Qu’en est-il de la remise de la dette?»
Bruxelles, 21 octobre 1999 (APIC) Qu’en est-il de la remise de la dette du Tiers-Monde trois mois après la pétition mondiale de 17 millions de signatures, remise le 19 juin dernier au chancelier allemand Gehrard Schroeder, qui présidait à Cologne le Sommet du huit pays les plus industrialisés du monde? Dans son dernier numéro le bulletin du Comité des Instituts Missionnaires de Belgique (CIM) soulève la question.
Après avoir reçu la pétition, Gehrard Schroeder avait annoncé que le G8 avait décidé, dès la première journée, d’alléger de 70 milliards une dette des pays pauvres estimée à plus de 200 milliards.
En neuf ans, c’est déjà la quatrième décision d’annulation d’une dette des pays pauvres prise par les pays riches, commente le Père Jean Peeters, scheutiste En 1990, le G8 avait déjà annoncé des mesures «adéquates». En 1996, à Naples, il décidait d’annuler 67% de la dette du Tiers Monde. En 1996, à Lyon, on annonça même une annulation à 80%.
Aujourd’hui, «on chante le même refrain», constate Jean Peeters, alors que de nombreux des missionnaires constatent un recul dans tous les coins du monde. Le religieux scheutiste cite quelques exemples: «recrudescence de maladies partiellement vaincues, privatisation des écoles et des hôpitaux, destruction des infrastructures?». Bref, commente-t-il, «les deux tiers de l’humanité continuent leur pénible descente aux enfers, tandis qu’une petite élite de ces pays rejoint le groupe des fortunés».
Même au G8, on parle d’une «annulation de la dette des pays pauvres». Encore faut-il s’entendre sur le vocabulaire, remarque J. Peeters. Le mot «dette» dans ce contexte n’englobe que l’endettement, souvent sur la base d’emprunt à fort taux d’intérêt, tel qu’il fut pratiqué avant les années 1980. En renonçant à réclamer ce type de créances, les pays créditeurs acceptent avec réalisme de les considérer comme irrécupérables. Ce qu’a d’ailleurs laissé entendre en juin Schroeder, admettant que «l’allégement de la dette n’implique pas de coût supplémentaire pour le trésor allemand». Quant à l’annulation, si elle est liée à des programmes imposés par le Fonds Monétaire International, elle se paiera par des licenciements de fonctionnaires, par une suppression de soins de santé, ou par une privatisation de ressources naturelles. Les «pays pauvres» ne se presseront donc pas de rejoindre le rang des pays «obéissants», qui risque de se limiter à cinq ou six bons éléments.
Entre le point de vue occidental et le point de vue du Sud, Jean Peeters a vu apparaître une ligne nette de démarcation deux jours après le dépôt des signatures à Cologne. Les instigateurs des campagnes menées en Occident à l’approche du Jubilé de l’an 2000 ont reconnu, dit-il, que la décision du G8 était insuffisante, mais ils la considèrent comme un premier pas. En Amérique du Sud, en Asie et en Afrique, le point de vue est plus catégorique: ce que propose le G8 en regard des exigences d’un Jubilé, c’est un leurre et une injustice; c’est une formule éégoïste pour éviter que les gouvernements du Sud ne décrètent un moratoire, un refus catégorique de payer? Selon ses propres termes, l’initiative de Cologne représente moins de 2% de la valeur nominale de la dette du Sud.
Aussi nombre de représentants du Sud sont-ils en train de délaisser la ligne Jubilé 2000, jugée trop occidentale, pour mettre en avant une optique «Jubilé Sud». Il ne s’agit plus ici d’alléger la dette, mais de réparer une injustice: pour des raisons morales, la dette est «illégitime» et a été payée de multiples fois, rappelle le Père Jean Peeters. La tradition judéo-chrétienne du Jubilé, précise-t-il, s’inscrit d’ailleurs très clairement dans cette optique de réparation. Et le fondement de cette tradition, c’est qu’il n’y a pas de culte vrai rendu à Dieu sans justice. Nul ne peut prétendre honorer Dieu s’il ne permet pas à son frère de vivre. (apic/cip/tg)



