Aujourd’hui... c’est le dernier jour. Vous prenez votre retraite. Oui,

Pauline…. 62 ans….

après 36 ans d’activités à Pro infirmis. J’ai commencé le 1er mars 1960.

Aujourd’hui c’est la retraite. Contente? Ou tout de même une petite appréhension, une crainte ou autre… comme chaque retraité eou peut-être éprouver. Non pas vraiment… Sinon un pincement au coeur. Plus un pincement au

coeur qu’une appréhension. Parce que finalement je vais toujours asez pouvoir m’occuper. Mais un pincement au coeur de quitter mon emploi ici. J’ai

toujours beaucoup aimé mon travail ici… Et aussi l’équipe, surtout

l’équipe de collaborateurs avec laquelle je travaille.

Personne handicapée… sur une chaise… un bras ….. un seul… et

deux jambes qu’elle n’a pas…. Handicapée de naissance. Ce qui revient à

dire qu’une personne handicapée au point où vous l’êtes, est aux yeux du

public incapable de travailler. Que répondez vous à cela?

Quelque fois on me demande ce que je fais. Alors je répond je travaille.

La réponse de la personne ne tarde pas: «Ah mais c’est bien… vous vous

occupez». On a l’impression qu’une certaine handicapée qui travaille le

fait pour s’occuper… et non pas pour gagner sa vie… son pain.

Alors que vous, vous avez travaillé pendant 36 ans pour gagner votre

vie, au même titre que n’importe qui. Comme toute le monde. OUi. Y a-t-il

compte tenu de votre handicap, mlgré tout, des tâches que vous n’avez pas

pu assumer pendant ses 36 ans d’activitsé…. Est-ce que vos collègues tenaient aussi compte d’un certain nombre de choses? Ou alors, pou vos colèhggues. votre handicap ne représentait en rien un handicap… Une employée au même titre que les autres? Au même titre que les autres, oui.

Mais quand même avec des limites… le fait que je ne peux pas me déplacer… aller chercher un classeur dans une armoire…. aller à la poste….

Des choses que quelq’un qui a ses deux jambes peuvent faire tellement facilement…. Je n’ai aussi qu’un main donc que cinq doigts pour taper à la

machine… J’ai surtout fait de la corresponsdance… répondre au téléphone… un boulot de secrétariat, quoi.

Pas mise à l’ordinateur… mais à une machine traitement de texte. Ce

que fait une employée de bureau en fait… je le fais peut être un peu plus

lentement…. mais je le fais quand même.

Quand on est handicapée comme vous l’êtes… est-ce qu’on sent un regard

différents de la part des autres qui se pose sur vous? Bien sûr. Tout à

fait. Je dirais maintenant un peu moins. Parce qu’on parle beaucoup de

l’handicapé aujourd’hui. Plus qu’avant…. il y a 20 ou 30 ans par exemple.

Maintenant les gens sont plus informés… mais tout de même… ils s’en

trouvent toujours pour être étonné qu’on ne soit pas pareil à eux…..

avec…

Les gens manquent de naturel, c’est vrai. Pendant ces 36 ans… vous

avez quel beau souvenir et quel peine…? Mes souvenirs… l’équipe avec

qui j’ai travaillé… une affection qui se découvre. Chaque jour, ma fois,

je dois demander une petite aide pour une chose ou pour une autre. On a

toujours répondu avec gentillesse. Les peines? Parfois, par le téléphone,

j’avais à faire à un «client». Et arfois la personne raconte déjà pourquoi

elle téléphone avant de la brancher sur la personne adéquate. Alors parfois

les témoignages que j’ai pu écouter, ou ce qu’on a pu me dire m’on peiné

par leur handicap. je me disais: «J’ai de la chance». Si je compare. C’est

vrai qu’il y a des situations assez tragiques à Pro Infirmis. Alors de les

entendre me faisait quelque fois peine. Il y a un suivi dans les clients.

Alors par la correspondance, je pouvais un peu suivre l’évolution du cas.

J’étais contente quand je savais que c’était bien. Et trise lorsque cela

n’avais pas l’aboutissement qu’on attendait.

Comment vous avez été amené à travailler en 1960 à Pro Infirmis? L’étais

déjà en contact avec pro Infirmis… et ensuite, on a fait avec moi tout un

projet d’avenir… J’ai fait ensuite une formation au Sacré Coeur à Estavayer. Et ensuite il fallait trouver une place. Cela ne s’est pas trouvé

tout de suite tout de suite. J’ai d’abor commencé à travailler à l’Institution pour épileptique de Lavigny… Sachant qu’une place me serait réservée

à Pro Infirmis Fribourg au moment de l’introduction de l’assurance invalidité en 1960. Au moment de cette introcduction de l’AI, il y avait plus de

travail dans le service . Et la place était réservée à une personne handicapée.

Ce qui veut dire, que depuis, vous arrivez comme n’importe quel employé

à huit heure du matin… Ah oui. Bien entendu…. Avant oui…. Mais maintenant, depuis huit ans, à la suite d’ennui de santé, je travaille un peu

moins, à mi temps. je fais 22 heures par semaine. Depouis 7 ou 8 ans. je

fais lundi, mardi, mercredi… Je commence le matin à 8h1/4 jusqu’ à

11h30… Et de 13 heures jusqu’à 16h30… sur ces trois jours… J’ai 62

ans…

J’aurai des activités après la retraite… expliquez….. Je fais partie

de la fraternité des malades et handiapés… je ’assume le secrétariat

d’une conférenc ede St vincent de paul de la ville… etc… j’en ferai

d’autres, des activités… j’ai un fauteuiol électrrique… je peux me balader… J’aime bien sortir me promner… J’aime les loisirs comme la lecture, la musique.. et je sors beaucoup.. Surtout mainenant qu’on va vers la

belle saison…

Je suis venu tous les jours au travail avec un service de taxi… Qui

venait me chercher le matin et me ramener le soir… et j’ai bénéficié de

la cantone de St Paul.

On fête cette année le cinquantième de Pro… En mettant l’accent sur

l’intégration…. l’interaction entre elles et la sociétés… la nécessité

de la société d’intégrer la personne handicapée… Le handicap n’est pas

toujours un handicap…. ? Le handicap n’est pas toujours celui qui se

voit…. Pass toujours apparent. Vous êtes une personne heureuse, pauline?

Oui. Même si j’ai mon coup de blus comme tout le monde parfois…. Mais en

général… je suis une personne heureuse, qui se sent heureuse. je dois dire que j’ai de la chance. La vie elle m’a quelque part pas gaté par mon

handicap…. Mais quelque part quand même… j’ai reçu beaucoup par mon

travail, par ma famille, mon entourage…

Un témoignage dpour les autres qui serait plus hnadicapée.. «Si on

veut.. oui, Qu’est-ce que vous dite au personnes qui parlent de leurs petits bobos? Regardez autour de vous…. Il y a toujours plus maleureux que

soit…. Handicapée… même beaucoup.. Et vous débordz d’optimisme? C’est

sans doute un trait de mon caractère. On le forge, ce caractère.. ou on

l’a? Je pense qu’on le forge quand même. On l’a peut-être au départ… mais

on le forge par la suite. Ca c’est sûr.

Une question à deux francs…. Si vous aviez pu faire… vous auriez

rêvé de faire quoi… Je ne sais pas… parce que finalement ça a toujours

mon cas que d’être handicapée… Vous êtes vous un jour posé la question

Qu’est ce que je ferais si j’étais «normal avec deux jambes et deux bras…

«Certainement mère de famille. Ca c’est clair. Mais avant… je ne peux

pas le dire. Je ne sais pas.. J’ai toujours été comme ça… Peut être la

même profession que je fais maintenant. Il faut dire que je n’avais pas

tellement le choix au moment de mon entrée dans la vie professionnelle. Par

mon handicap j’étais quand même limitée au choix d’une profession. ötant

donné que je suis née comme cela, j’éai peut être moins qu’une autre une

panoplie de possibilités… Des envies, bien entedu… J’aurais aimé

conduire une voiture.. j’aurais peut être fait un métier avec des

enfants…

Mais aucun regret… à par celui que vous auriez être maman. Oui. C’est

là mon seul reret, finalement… d’avoir une famille. Je vis pleinement mon

handicap. Oui. c’est vrai… et je l’assume.

Une question d’ordre pratique. Je vis avec ma soeur… on partage notre

quotidien. Elle m’aide bien sur, parce qu’il y a beaucoup de chose que je

ne peux pas faire… quand même. je me déplace chez moi au moyen d’un tabouret…

Croyante? Oui… cela m’a aidé. Cela m’aide chaque jour, finalement. Mon

regsrd sur la société? Une société trop dure vis-à-vis de la personne handicapée… qui peut être aussi le marginalsiée ou autre. Aujourd’hui, il

faut être le plus possible rentable. Rentable….

Ma rentabilité à moi? aussi le témoignage du courage que vous donnez?

Oui… peut être, cela paut aussi être une forme de rentabilité …

Mon handicap, je n’y pense pas… sauf j’y pense quand il y a des obstacles… Par exemple quand je me trouve dans un endroit ou il y a des escaliers… Je me dit le handicap c’est pas d’être privé des jambes ou des

bras… mais c’est tout ce qui entrave la vie quotidienne. Mais quand on va

dans certains ciné, restaurants… même en ville avec le véhcule électrique

je ne peux pas aller partout. Les trottoirs… Autrement je suis autonome… Pour moi le handicap…. c’est finalement ce qui empêche de me rendre

là ou je voudrais aller…

Demain.. le premier jour de votre rtraite.. quelque chose de prévu….

S’il fait beau… j’irai me promener. J’aime beaucoup profiter de la nature…

A quoi vous sentez qu’une perysonne a une atitude normale ou non. Dans

le regard… Par exemple, si je vais dans un magasin avec ma seour… on

s’adrese à ma soeur.. et non à moi. Vous n’avez pas envie de dire: Oh,

j’existe? Je suis timide…

A quoi l’atrreibuer cette attitude? Peut être une sorte de crainte de la

part des gens…Parce que finalement… quand on rencontre une personne

handicapée, on est un peu…. La personne qui nous regarde… peut être

amener à se dire moi un jour je peux être comme cela. Alors c’est une

peur…

13 mars 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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