Le cardinal Maradiaga défend la théologie de la libération

Pauvreté et manque de justice: les plus grands problèmes rencontrés en Amérique latine

Rome, 10 mai 2007 (Apic) Le problème principal en Amérique latine est «l’augmentation de la pauvreté» et «le manque d’efforts pour parvenir à une plus grande justice sociale», a estimé le cardinal Oscar Rodriguez Maradiaga, dans une interview accordée à Famiglia Cristiana, dans son édition du 13 mai 2007. Le cardinal hondurien ne mâche pas ses mots contre les pratiques politiques en cours en Amérique latine.

L’archevêque de Tegucigalpa, au Honduras, a ainsi défendu la théologie de la libération, estimant que le cardinal Ratzinger l’avait encouragée, prenant le contrepoids du cardinal brésilien Hummes, qui vient de s’exprimé en termes vifs contre la théologie de la libération «qui prétend être l’expression de l’Eglise des pauvres, et qui a commencé à utiliser l’analyse marxiste, soutenant que c’est une ligne d’analyse scientifique, alors qu’au contraire, elle est idéologique et athée».

«Une confrontation idéologique a été provoquée sur la théologie de la libération», a rappelé le cardinal Maradiaga, reconnaissant «qu’il y avait eu quelques problèmes doctrinaux». «Mais 80 % de la théologie de la libération est l’option et le travail pour les pauvres. Et cela continue», a-t-il estimé. «Aucune Eglise en Amérique latine n’a oublié que le problème principal est l’augmentation de la pauvreté et le manque d’efforts pour parvenir à une plus grande justice sociale», a-t-il renchéri.

«La théologie de la libération n’est pas morte, parce que personne ne parle de choses extravagantes, mais seulement de l’Evangile», a encore affirmé le cardinal hondurien. «Et aujourd’hui, la doctrine sociale de l’Eglise nous enseigne ce point de vue».

Pour le cardinal hondurien, le cardinal Ratzinger n’a aussi jamais été «un homme fermé» sur la question. Il a ainsi mentionné la rencontre de 1997, en Allemagne, entre le cardinal Ratzinger et Mgr Bertone, alors respectivement préfet et secrétaire de la Congrégation pour la doctrine de la foi, et beaucoup de théologiens de la libération, qui «fut un dialogue ouvert». A cette époque, Mgr Maradiaga était président des évêques d’Amérique latine. D’après lui, le cardinal Ratzinger «a toujours encouragé la théologie de la libération». «Il a seulement discuté quelques problèmes doctrinaux», mais qui «ne sont pas le coeur» de cette théologie.

Les latino-américains souffrent «d’Alzheimer tactique»

Le cardinal Maradiaga a par ailleurs mentionné, dans son interview, «un sondage selon lequel 60 % des citoyens d’Amérique latine seraient disposés à renoncer à la démocratie pour un autre régime» s’ils pouvaient ainsi vivre moins difficilement. Et s’il a estimé qu’il était «bon» que le continent soit «parvenu à la démocratie», il a aussi regretté que «beaucoup profitent de la politique pour obtenir des avantages personnels». Il a encore critiqué le fait que les latino-américains souffrent «d’Alzheimer tactique», puisqu’ils oublient «les leçons du passé».

«A peine après la fin des dictatures militaires, nous étions tous contents, mais nous vivions dans une démocratie formelle», a rappelé le cardinal. «Puis nous sommes passés à des démocraties faibles, dont on pouvait facilement acheter les décisions». Pour lui, «les vrais centres décisionnels, ceux économiques et militaires, n’ont en réalité jamais été touchés». Si bien que «les problèmes de la justice distributive des ressources, de la santé, de la maison, de la nourriture, du travail et de l’école n’ont pas été résolus».

«Nous sommes en train d’acheter aux peuples développés la maladie du relativisme, qui est la maladie des égoïstes insatisfaits», a encore déploré le cardinal. C’est pour cette raison, a-t-il estimé, que «nous ne réussissons pas à construire une nation du Rio Grande à la Terre de feu». Or, «si vous avez réussi, vous Européens à faire l’Europe, avec beaucoup plus de différences que nous, pourquoi ne devrions-nous pas essayer nous aussi ?», s’est-il interrogé.

Au sujet de l’éventuelle béatification d’Oscar Romero, le cardinal Maradiaga a révélé que Benoît XVI avait fait «une enquête approfondie sur ses écrits» et qu’il n’avait «rien trouvé de dangereux pour la doctrine».

A bord de l’avion le conduisant au Brésil, le 9 mai 2007, Benoît XVI a qualifié l’archevêque de San Salvador, Oscar Romero, assassiné en 1980 alors qu’il célébrait la messe, de «grand témoin de la foi». Le pape a pourtant parlé du «problème» que pose sa cause en béatification, car «certains groupes politiques veulent en faire leur porte-drapeaux.

Il a par ailleurs déclaré qu’avec «le changement de la situation politique (sur le continent, ndlr), la situation de la théologie de la libération» a «profondément changé» et qu’il «est donc évident que ces fragiles millénarismes qui promettent, à travers la révolution, même immédiate, les conditions complètes d’une vie juste, sont erronés». (apic/imedia/ar/pr)

10 mai 2007 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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