Une occasion de plaider pour le respect des droits humains

Pax Christi International et le voyage du pape au Nigeria :

Bruxelles, 17 mars 1998 (APIC) Dans une déclaration publiée à l’approche de la visite que le pape effectuera du 21 au 23 mars au Nigéria, le mouvement catholique pour la paix Pax Christi International estime que ce voyage est une occasion à saisir par le gouvernement du général Sanni Abacha pour montrer un plus grand souci des droits humains, notamment en libérant des prisonniers détenus sans procès depuis plus de trois ans.

Il s’agit de promouvoir «et les droits civils et les droits politiques», insiste le mouvement Pax Christi, qui oeuvre à la promotion des droits économiques, sociaux et culturels de tout un chacun et de tous les peuples. Le mouvement se dit inquiet devant la situation des droits humains au Nigéria depuis 1995. A peine deux ans après la prise de pouvoir du général Abacha, en effet, Pax Christi a été informé «à maintes reprises» de «violations graves et systématiques des droits et des libertés fondamentales» dans ce pays. Le mouvement, qui a demandé plusieurs fois au gouvernement nigérian d’honorer ses obligations internationales en la matière, n’a toujours pas vu ses requêtes rencontrées.

A l’heure actuelle, des centaines de prisonniers politiques sont toujours emprisonnés. La plupart ignorent les charges éventuelles contre eux et restent donc détenus sans jugement. Plusieurs, qui risquent la peine de mort, ont déjà subi de mauvais traitements et ont été mis au secret des mois durant. Pour Pax Christi, le gouvernement militaire du général Abacha est loin d’avoir répondu, par des engagements fermes aux sévères critiques de la communauté internationale.

Pax Christi exprime tout particulièrement son inquiétude quant au sort de 19 Ogonis, emprisonnés depuis 1994 et 1995 dans des conditions pénibles. Sur eux pèsent les mêmes charges que celles dont on avait accablé Ken Saro Wiwa et huit autres personnes qui furent exécutés en novembre 1995. La même inquiétude est exprimée à propos de dizaines de Ogonis et de deux dirigeants syndicaux, Frank Ovie Kokori et Miltan G. Dabibi, incarcérés depuis 1994 et 1996 pour des «motifs de sécurité», alors qu’aucune charge n’a été retenue contre eux, ce qui n’empêche pas de les maintenir toujours au secret et de leur refuser toute visite d’un avocat.

Visite récupérée politiquement par l’homme par le gouvernement?

Autre réaction, toujours à propos de cette visite du pape, celle de Wole Soyinka, Prix Nobel de littérature, en exil aux Etats-Unis depuis 1994 et condamné à mort par le Nigéria pour haute trahison en mars 1997. Celui-ci ne cache pas sa perplexité à quelques jours de ce voyage.

Sa crainte est que la visite du pape ne soit récupérée par l’actuel homme fort du pays, «un menteur de premier ordre, personnification de ce que la théologie chrétienne présente comme ’le diable’» Il ne croit pas aux promesses du général, dont la dictature est d’une brutalité sans égale. La promesse notamment d’une transition démocratique qui doit se conclure aux élections d’octobre, «une tentative grotesque de maquillage politique pour amadouer la communauté internationale», estime-t-il. (apic/cip/pr)

3 mai 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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