Pays-Bas: Le cardinal Simonis déplore la mise à l’écart de l’Eglise par le gouvernement
L’Eglise est considérée comme une «non-entité»
Amsterdam, 14 mars 2001 (APIC) Le cardinal néerlandais Adrianus Simonis, archevêque d’Utrecht, a critiqué le gouvernement des Pays-Bas l’accusant de considérer l’Eglise comme une «non-entité».
«A l’origine, la séparation entre l’Eglise et l’Etat signifiait que l’Etat ne devait pas se préoccuper des affaires de l’Eglise», a déclaré le cardinal Simonis dans une interview accordée au quotidien Volkskrant en ce début mars. Selon lui, les choses sont allées si loin que la croyance chrétienne et l’Eglise n’ont plus aucune signification publique pour le gouvernement. «Le gouvernement voit seulement dans ses citoyens des individus, qu’ils soient croyants ou non».
En conséquence, a déploré le cardinal, l’Etat reprend les tâches de l’Eglise. C’est pourquoi ce sont les pouvoirs établis, et non la société en général, qui définissent aujourd’hui les valeurs et les normes sociales. Le cardinal faisait là référence au mariage, question à l’ordre du jour puisque les Pays-Bas deviendront bientôt l’un des premiers pays à autoriser le mariage civil entre personnes du même sexe. Le 1er avril, le maire d’Amsterdam, Job Cohen, célébrera à l’Hôtel de ville les mariages de quatre couples de personnes homosexuelles.
Le cardinal Simonis a déploré que le Premier ministre Kok ait refusé de le rencontrer depuis trois ans. Le cardinal a établi un contraste entre le manque d’intérêt apparent pour les affaires religieuses aux Pays-Bas et les vues du nouveau président des Etats-Unis, George W. Bush, qui a appelé juifs, musulmans et chrétiens à rétablir les valeurs et les normes. «C’est un langage que vous n’entendez plus aux Pays-Bas».
Interrogé sur la pratique de certains prêtres catholiques qui bénissent les mariages entre personnes du même sexe, le cardinal Simonis a exprimé sa surprise. «Je ne peux imaginer que ce sont des prêtres qui pensent ne pas avoir le choix quand on leur demande de bénir un tel mariage. Au plus profond de leur coeur, ils ne le veulent pas mais ils craignent de perdre des fidèles. Je connais un des ces prêtres et je vais lui demander de s’expliquer». (Selon un sondage réalisé par l’Université d’Utrecht en coopération avec le journal Gay Krant, environ 80% des prêtres catholiques néerlandais ne respectent pas l’interdiction de l’Eglise concernant la bénédiction de mariages entre personnes du même sexe à l’extérieur des églises. A peu prés 50 % des prêtres ont déclaré que les cérémonies de mariages entre homosexuels hors des églises ne leur posent aucun problème.)
L’Eglise n’est pas rigide
Le cardinal a aussi rejeté la suggestion, souvent faite aux Pays-Bas, que l’enseignement catholique était rigide. «L’Eglise catholique dans le monde trouve son fondement moral dans les Ecritures et la tradition. Nous pouvons pécher, car les humains sont pécheurs, mais les règles doivent subsister».
Répondant à ces critiques, le Premier ministre Kok a déclaré que le cabinet écoutait l’ensemble des secteurs de la société, mais avait pris la responsabilité de rédiger les lois. Wim Kok a souligné que les divergences d’opinion majeures entre le cardinal et les membres du cabinet, et lui-même, subsisteraient sur des questions telles quel l’euthanasie, l’avortement et le mariage entre homosexuels.
Le premier ministre a ajouté que les membres du cabinet voulaient débattre avec la Conférence épiscopale. «Je veux moi-même téléphoner au cardinal et l’inviter à prendre un café». Environ 34% des 15 millions de Néerlandais sont catholiques romains. Quelque 27 % sont protestants et 3 % musulmans, 2 % appartenant à d’autres religions. Environ 36 % n’ont aucune appartenance religieuse. (apic/eni/pr)




