Pays-Bas: Légalisation de l’euthanasie à partir de 12 ans

«L’Osservatore Romano» indigné

La Haye/Rome, 13 août 1999 (APIC) «L’Osservatore Romano» n’a pas de mots assez durs pour condamner le projet de loi présenté le 10 août à la Chambre des députés des Pays-Bas par le ministre de la Santé Borst, autorisant l’euthanasie, et cela à partir de 12 ans. Il est à craindre, peut-on lire, que ce nouveau droit permette aux parents de se débarrasser d’une grave responsabilité qui reposerait sur leurs épaules.

Les Pays-Bas, critique le quotidien du Vatican, entendent se placer à la pointe des Etats pour l’élargissement des droits des citoyens, alors que cette nouvelle législation ne représente qu’une volonté de bafouer et de violer ces droits. Comment, s’interroge-t-il, un enfant pourrait-il exprimer seul, en cas de grave maladie, sa conviction profonde et personnelle pour faire le choix d’une prétendue mort douce?

Aux Pays-Bas, il suffit en effet d’avoir 12 ans pour pouvoir mourir «légalement», sans l’autorisation de ses parents. Si la maladie dont souffre la personne est incurable et les souffrances insupportables, la loi défendra la décision de donner la mort non seulement aux adultes mais aussi aux enfants à partir de 12 ans.

C’est en résumé le contenu d’un projet de loi présenté le 10 août à la Chambre des députés par le ministre de la Justice, Benk Korthals, et par le ministre de la santé, Els Borst. Les Pays-Bas avaient dépénalisé l’euthanasie en 1994, même si les médecins risquent des peines allant jusqu’à 12 ans de prison s’ils ne respectent pas certaines conditions dans la manière de mettre l’euthanasie en pratique.

Selon des sources proches du gouvernement des Pays-Bas, les nouvelles normes proposées ne font que «formaliser» et intégrer au code pénal des attributions «médicales» qui figuraient déjà dans une circulaire ministérielle. Il s’agit par conséquent d’éclaircissements apportés à des normes déjà en vigueur.

Le passage concernant les mineurs a suscité une vive controverse dans l’opinion publique. Le texte approuvé par le gouvernement au mois de juillet a dû être examiné par le Conseil d’Etat des Pays-Bas. C’est précisément cette Cour qui a décidé de donner aux mineurs le droit de «discerner» le moment où ils veulent mourir, avec ou sans le consentement de leurs parents. Mais le Conseil n’avait reconnu ce droit qu’aux jeunes à partir de 16 ou 17 ans. La dernière version du projet de loi rabaisse l’âge à 12 ans.

Le droit de l’enfant à décider?

Les parents de l’enfant malade devront cependant être consultés. Mais si l’un d’eux ou les deux, refusent l’euthanasie, l’enfant aura le droit de décider seul. Si les médecins sont d’accord avec l’enfant, ils pourront l’aider à mourir sans être poursuivis par la loi. Pour cela, ils devront se conformer à sept critères et notamment avoir la conviction qu’il n’y a aucun espoir de sauver la vie de l’enfant, que les soins deviennent un acharnement thérapeutique, et que «le patient se trouve devant des souffrances désespérées et insupportables».

Les Pays-Bas sont les seuls au monde à avoir légalisé l’euthanasie. Aux Etats-Unis, les activités de Jack Kervokian, connu sous le nom de «Docteur suicide» (48 suicides assistés entre 1990 et 1998), ont été considérées illégales. En 1997 la Cour Suprême des Etats-Unis a décidé que l’on ne pouvait affirmer le droit à l’euthanasie au niveau constitutionnel, laissant à chaque Etat la liberté de décider. Dans l’Oregon, où l’euthanasie a été légalisée, une seule personne a eu recours à la «mort douce».

En Australie, l’euthanasie a été approuvée dans les territoires du nord en 1995 mais elle a été abolie deux ans plus tard dans l’ensemble du pays.

Insensée, dit le cardinal Simonis

«Cette proposition insensée voudrait qu’un enfant de douze ans puisse décider de sa vie et de sa mort alors qu’il n’a pas le droit de boire de la bière en public» s’est insurgé de son côté le cardinal Adrianus Simonis, archevêque d’Utrecht.

Le projet de loi de la coalition socio-libérale au pouvoir à La Haye fait partie d’une série de propositions insensées dénotant un individualisme absolu et la perte de toutes les valeurs communes, a commenté Mgr Simonis.

A ceux qui reprochent à l’Eglise son silence dans cette affaire, le cardinal a promis une prise de position publique des évêques hollandais pour le mois de septembre. L’opposition conservatrice a pour sa part dénoncé le projet de loi comme un nouveau pas vers la destruction de la protection de la vie. Les chrétiens démocrates qualifient cette idée de «consternante». (apic/zenit/kna/pr)

13 août 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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