Pays-Bas: Les animatrices pastorales fêtent 25 ans d’activités avec un livre choc
«Le curé est une femme»
Utrecht, 23 février 2000 (APIC) Sous le titre volontairement provoquant «Le curé est une femme», Ans Kits, une néerlandaise engagée dans l’animation pastorale, publie un livre-témoignage. L’ouvrage sera au cœur des échanges prévus le 24 février à Utrecht, lors d’une journée jubilaire pour les animatrices pastorales, des «travailleuses pas comme les autres».
Les difficultés ne manquent pas pour ces «travailleuses pas comme les autres». A commencer par certaines femmes qui font tout pour leur rendre la tâche pastorale impossible. Comme le font aussi des prêtres et des conseils paroissiaux. Des barrages ressentis comme une source de frustration, note l’auteur.
Ans Kits a engagé plus de 25 ans de sa vie dans le travail pastoral. Son livre esquisse sur base d’interviews une dizaine de portraits d’animatrices pastorales. D’autres témoignages, une quarantaine au total, aident à retracer le combat des femmes pour une reconnaissance de leur statut.
Ce livre évoque avant tout des expériences de femmes, avec le souci de les relier aux aspirations qui étaient les leurs à l’origine et qui ont évolué. «Il reste donc des leçons à en tirer, tant pour les paroisses qui engagent aujourd’hui des assistants pastoraux, femmes et hommes, que pour les intéressés et pour les instances chargées des formations», confie d’emblée l’auteur.
Au départ, en effet, la question de la sécurité juridique et financière des travailleurs laïcs dans l’Eglise était à peine envisagée. Ils se sont donc organisés en associations, effrayant certains évêques qui y ont vu des syndicats contre-nature: comment des fidèles s’engageant pour l’Eglise, en l’occurrence dans une paroisse, ou dans un hôpital catholique, par exemple, pouvaient-ils opposer des revendications face à cette même Eglise?
Mgr Hubertus Ernst, ancien évêque de Breda, fut l’un des premiers évêques néerlandais à engager des travailleuses pastorales et à trouver légitimes leurs revendications d’un statut adéquat, tant sur le plan professionnel que sur le plan ecclésial. Ce n’est donc pas un hasard s’il signe la préface du livre d’Ans Kits. Pas plus que l’ouvrage, il ne s’attarde aux discussions techniques ni aux réglementations statutaires qui ont été élaborées en 25 ans. Mgr Ernst met plutôt en exergue les insistances actuelles de l’Eglise catholique sur «la dignité de la femme», selon la lettre que Jean Paul II a consacrée à ce sujet en 1988.
Un nouveau climat
Peut-on parler de traits spécifiquement féminins? Les collègues d’Ans Kits se refusent à trancher de façon trop abrupte. Une responsable d’une aumônerie d’étudiants estime pourtant: «Les femmes sont plus complètes sur le plan de la sensibilité et de l’intuition, et moins complètes sur le plan de la rationalité «. Mais peut-être cela tient-il au fait, ajoute-t-elle, que les étudiants recherchent en elle la figure protectrice ou rassurante d’une mère. Ils lui demandent en tout cas ce qu’ils ne trouvent pas forcément dans leurs études : quelqu’un avec qui replacer leur problème dans le contexte global de leur expérience personnelle. Mais n’est-ce pas précisément le rôle d’un sain accompagnement pastoral ?
Etonnant, ce nouveau regard sur les caractères féminins et masculins. Il y a quinze ans, devait relever un premier recenseur du livre, pareille distinction aurait appelé un tollé aux Pays-Bas. Aujourd’hui, note Ans Kits, l’attention aux autres et le sens de l’accueil, l’humilité ou la discrétion sont des valeurs «féminines» qui comptent dans les repères des animatrices pastorales.
Si besoin en était, Mgr Ernst rappelle dans sa préface que les vingt-cinq années écoulées n’ont pas été sans problème pour les travailleurs pastoraux et pour les communautés ecclésiales. L’ancien évêque de Breda s’est surpris plusieurs fois à penser que les animatrices pastorales étaient bien acceptées, alors qu’elles rencontraient sur le terrain des oppositions qu’il n’avait pas entrevues. «Voilà pourquoi, écrit-il, il est si important d’interroger les femmes elles-mêmes: comment se trouvent-elles dans le travail pastoral et dans les responsabilités publiques au sein de l’Eglise?» L’an dernier, les animatrices pastorales sont revenues sur ces questions dans leur concertation avec les évêques des Pays-Bas et la note épiscopale sur l’accompagnement des animateurs pastoraux les cite comme préoccupations légitimes.
Oui aux femmes, mais…
Ans Kits a donné à son livre un titre provocant: «Le curé est une femme». A s’en tenir au droit canonique, ce serait une contradiction dans les termes: le titre de curé est réservé au prêtre. Mais il traduit bien la manière dont quantité de paroissiens perçoivent leur animatrice pastorale. Celles-ci sont aujourd’hui davantage acceptées. Mais les oppositions rencontrées n’ont pas entièrement disparu. En particulier chez les autres femmes, et plus spécialement paroisse. «Dans ma première paroisse, raconte une animatrice pastorale, il y avait une femme qui n’a jamais voulu rester à une célébration de la Parole que je présidais. Dès que je prenais la parole pour commenter l’Evangile, elle tournait les talons et filait».
Cas extrême sans doute, mais pas cas unique, observe Ans Kits: «Il y a des femmes qui font tout pour rendre notre travail pastoral impossible. Il arrive aussi que des prêtres et des conseils paroissiaux soient source de frustration. Cela se produit immanquablement quand ils n’ont pas été suffisamment préparés à l’arrivée d’une animatrice pastorale. Alors, cette femme devient pour eux une menace. Que de tensions pénibles auraient pu être évitées si l’on avait pris la peine de se concerter au préalable, notamment sur la répartition des tâches».
«Plusieurs femmes, engagées comme animatrices pastorales, ont également fait l’expérience cuisante de l’échec. Elles étaient bien préparées comme animatrices pastorales… mais pas comme femmes ! En soi, ça revient peut-être au même, mais dans la pratique, ce n’est pas pareil».
Un statut particulier
Au début, les travailleurs pastoraux sont apparus comme une «espèce à part», à côté du clergé. On hésitait à leur donner un statut sans savoir si l’expérience serait prometteuse… Les évêques eux-mêmes reconnaissent, dans leur récente note sur l’accompagnement des animateurs pastoraux, que ceux-ci, à côté de leur professionnalisme, jouissent d’emblée d’une caractéristique à nulle autre pareille: ils ont un statut transitoire, propre à une «situation d’urgence». Et pourtant, ajoutent les évêques, «leur rôle est si précieux pour l’Eglise est c’est une valeur durable pour la communauté ecclésiale».
Un des problèmes en suspens concerne la procédure d’engagement. Ans Kits se souvient qu’elle a dû se présenter devant une Commission de quinze membres, qui l’ont assaillie de questions auxquelles elles pourraient être confrontées, mais sans lui laisser la possibilité d’interroger à son tour ses interlocuteurs. A entendre les doléances de ses collègues, elle relève que «les procédures d’engagement des diocèses ne sont pas très claires. Nombre de personnes engagées comme travailleurs pastoraux ne savent pas comment elles doivent s’y prendre pour solliciter un emploi et les paroisses ne savent pas non plus comment les recruter».
Difficultés en paroisses
Une fois de plus, le doigt est mis sur les besoins de formation et d’information dans l’Eglise. C’est en paroisse qu’elles ont rencontré le plus de difficultés, ce qui ne veut pas dire le moins d’épanouissement. D’autres animatrices pastorales témoignent également de leur engagement dans le monde judiciaire ou dans le monde hospitalier. Chaque expérience relatée jette une lumière particulière sur une vaste expérience ecclésiale qu’avec le recul, Ans Kits juge «trop peu évaluée».
Quelques surprises sont encore réservées aux lecteurs. Ainsi, sur les quarante animatrices pastorales interviewées, une seule se dit favorable à une ordination des femmes. Pour les autres, la question ne se pose pas. Leur pratique pastorale suffit à combler leurs attentes de croyantes. Quant aux liens avec leurs employeurs – les évêques, en fin de compte – ces femmes ne s’y sentent guère attachées. Dans la plupart des cas, les relations avec l’évêque de leur diocèse sont restées «formelles», laissent-elles entendre. La dimension diocésaine de leur engagement est donc vécue au degré minimal. La concertation se limite le plus souvent aux réunions dans le cadre du doyenné et aux rencontres avec les collègues directs. C’est une des grandes frustrations des animatrices pastorales, souligne encore Ans Kits. D’autant plus que «toutes sont conscientes d’avoir reçu leur mission de l’évêque et de vivre non pas pour elles-mêmes, mais pour une réalité supérieure, une réalité plus sainte… ” (apic/cip/mk/pr)



