L’économie doit rester subordonnée à des valeurs supérieures
Pays-Bas: les évêques interpellent les dirigeants l’Europe
Utrecht, 13 juin 1997 (APIC) A la veille du Conseil européen des 16 et 17 juin à Amsterdam, où les chefs d’Etat et de gouvernement des Quinze sont appelés à se prononcer sur une révision du Traité de Maastricht, les évêques des Pays-Bas ont lancé une interpellation à l’adresse des dirigeants européens pour leur demander de ne pas laisser l’économie tout régenter. Le cardinal Adrianus J. Simonis, archevêque d’Utrecht et président de la Conférence épiscopale des Pays-Bas, a écrit en ce sens au Premier ministre Wim Kok, à qui revient la présidence du Conseil des ministres européens.
Lors de la naissance de la Communauté Economique Européenne en 1957, rappelle le cardinal, les idéaux ont joué un rôle déterminant. Après des siècles de division et de guerres, les dirigeants politiques ont cherché des chemins de réconciliation et des garanties pour une paix durable. Mais les objectifs idéaux des pères spirituels de la C.E.E. ne sont-ils passés à
l’arrière-plan ?, poursuit l’archevêque. Beaucoup se plaignent que l’économie soit devenue trop envahissante. Nous partageons cette préoccupation. Nous sommes conscients que l’Europe est insérée dans une économie mondiale qui la pousse à prendre part à une âpre lutte de concurrence. Cependant, l’économie ne peut pas tout dominer. Trop de gens risquent d’être les victimes du libre marché.
Pays-Bas: les évêques interpellent les dirigeants l’Europe, éthiques et humaines. Au cours des six mois de présidence néerlandaise au Conseil de l’Union Européenne, «des décisions essentielles ont été préparées pour l’avenir de l’Europe», note le cardinal Simonis. en se référant aux réflexions des évêques néerlandais et de leurs collègues européens de l’Est et de l’Ouest pour attirer l’attention des responsables politiques sur quelques aspects.
Une Europe axée sur des valeurs
Au nom de «valeurs supérieures» telles que le souci d’une Europe plus juste et plus humaine», mais aussi d’une Europe «corresponsable de ce qui se passe dans d’autres continents» , les évêques insistent pour «que les droits fondamentaux du citoyen européen soient stipulés dans le Traité de l’Union», de manière à «garantir aussi ses droits économiques et sociaux». Les évêques souhaitent aussi que «l’Union respecte la place spécifique que les Eglises et d’autres communautés comparables, religieuses ou philosophiques, occupent dans les différents pays, dont elles composent le patrimoine culturel». De même, ils appuient l’élargissement de l’Union aux pays d’Europe centrale et orientale, dont «les valeurs culturelles et spirituelles sont source d’enrichissement».
Une telle vision de l’Europe, poursuivent les évêques, interdit de «se résigner au fait que l’Union compte environ 50 millions de personnes qui vivent sous le seuil de la pauvreté, dont 20 millions de sans-emploi». Elle doit au contraire aviver la préoccupation à l’égard «du nombre croissant de personnes qui souffrent de la pauvreté et sont exclus d’une participation active à la vie sociale». Elle pousse aussi à une vigilance accrue pour que la croissance économique ne se fasse pas «aux dépens de l’environnement».
Une Europe multiculturelle
Les évêques plaident aussi pour «l’Europe multiculturelle et multireligieuse». Ils relèvent que «la culture de l’Europe doit, pour une bonne part, son identité au christianisme». Mais, disent-ils, «ceci ne signifie pas que nous réclamions des privilèges comme chrétiens ou comme Eglise. L’Europe doit aussi beaucoup à deux sources telles que la culture grecques, la religion juive, la culture arabe et aux acquis de l’époque moderne».La réalité «multiculturelle et multireligieuse» de l’Europe peut «provoquer des tensions», reconnaissent les évêques, mais elle peut aussi «représenter un enrichissement». D’ou la nécessité notamment «d’une législation adéquate contre les manifestations de racisme» ; «d’un espace pour les minorités» ; «d’une politique européenne commune en matière d’immigration».
La lettre attire d’ailleurs l’attention sur le rôle majeur des autorités «pour promouvoir un climat de dialogue entre les différentes cultures».Les évêques des Pays-Bas réclament enfin une «législation plus complète» notamment sur le plan médical, en matière d’environnement et dans le domaine des médias. «Somme toute, écrit le cardinal Simonis, nous plaidons pour une Union Européenne o| les citoyens assument dans la liberté et la dignité leurs responsabilités comme personnes, mais aussi en tant qu’ils sont insérés dans de multiples relations et groupes». (apic/cip/ba)



