Pain pour le Prochain et Action de carême dans le coup
Pays du Sud: Les banques de riz, un espoir contre la spirale de l’endettement
Lausanne, 19 mars 2000 (APIC) Dans le cadre de la campagne œcuménique en cours, Action de Carême et Pain pour le Prochain appuient des banques de riz. A Madagascar, en Inde, au Cambodge et au Laos. Avec le slogan: «Banque du riz: j’épargne, donc je vis»: Une manière, pour les deux Œuvres d’entraide, d’appuyer concrètement la lutte contre la spirale de l’endettement.
A Madagascar les banques du riz sont des huttes, construites sur pilotis, faites de planches ou de tiges de bambous et recouvertes d’un toit étanche. Leur principe de fonctionnement est relativement simple: après une bonne récolte, un certain nombre de paysans décident de placer chacun quelques kilos de riz dans la banque. Peu à peu se constitue ainsi une réserve, comptabilisée et méticuleusement gérée par les responsables de l’association, le plus souvent des femmes.
Résultat : lors d’une mauvaise récolte, ou en cas de besoin d’argent, les paysans ne se retrouvent plus les mains vides, à la merci des taux d’intérêts des usuriers locaux, mais ils peuvent faire un emprunt auprès de leur propre banque du riz. L’épargne devient ainsi source d’économie, mais aussi de sécurité, de solidarité et d’autonomie.
A Madagascar, mais aussi au Laos, en Inde, au Cambodge, au Vietnam et dans d’autres pays il y a des banques du riz, des banques de haricots, des banques de buffles d’eau, des banques de poules.
De simples huttes de bois
Contrairement aux banques suisses rutilantes, sises aux meilleurs endroits et revêtues de verre éblouissant, les banques du riz sont en règle générale de simples huttes sur pilotis faites de planches ou de tiges de bambous, aux parois minces, et recouvertes d’un toit étanche. Les pilotis empêchent les rats et les souris de grignoter le capital de la banque, seul avoir de nombreuses familles, à part les ustensiles de ménage.
Après la récolte, le riz non décortiqué – appelé paddy – est confié à la banque du riz. Il est également possible d’y déposer pour une brève période du riz blanc ou un peu d’argent. Dirigée par une présidente et par une secrétaire, l’association de la banque tient des assemblées hebdomadaires où l’on pèse et comptabilise le riz déposé.
Le riz appartient à tous. Si une famille est dans le besoin ou qu’un enfant tombe malade, elle peut déposer une demande à l’association de la banque du riz. L’assemblée décide de l’octroi des crédits. Le riz peut être consommé en famille ou vendu sur le marché pour acheter des médicaments ou tout autre bien nécessaire. Le remboursement est assorti d’un intérêt modique pour que la banque ait une réserve en riz pour toutes les personnes dans le besoin. De la sorte, les familles ayant un urgent besoin de riz ou d’argent évitent de recourir à des crédits qui doivent être remboursés à des taux d’intérêt usuraires exorbitants.
D’autres banques du riz ne conservent que le riz destiné aux semailles. Au moment des semailles, ces banques donnent un ou plusieurs sacs de riz aux paysans. Après la récolte, ceux-ci remboursent le 110 ou 120 % des quantités demandées. Ainsi davantage de paysans pourront planter du riz lors de la prochaine saison car le prix des semences reste abordable.
Le riz , la monnaie secrète des pauvres
Ainsi, le riz est la monnaie secrète des pauvres. Quel que soit son prix, un bol de riz remplit toujours autant l’estomac. Au moment opportun, un bol de riz que l’on se procure à la banque du riz est bien plus précieux qu’un crédit en espèces accordé par un prêteur à des conditions usuraires.
Souvent, les banques du riz sont la seule façon de libérer les groupes de gens les plus pauvres et les plus démunis du joug de la dette. Le riz n’est pas seulement du capital, c’est aussi la nourriture quotidienne. Le riz, c’est l’espoir des familles d’assurer leur propre alimentation. Le riz, c’est la semence qui poussera et donnera de beaux fruits. Le riz, c’est aussi l’arme qu’utilisent les familles pour se défendre. Ensemble, elles possèdent quelques quintaux de riz et rompent la dépendance par rapport à l’usurier ou au vendeur de semences. (apic/chantal peyer/ba)



