Rencontre avec Mgr Gremoli, vicaire apostolique d’Arabie
Péninsule arabique: Malgré la pression islamique, l’Eglise fait preuve d’une grande vitalité
Blandine Bècheras, envoyée spéciale à Doha
Doha/Qatar, 2 juin 2004 (Apic) Bien que l’Arabie saoudite compte quelque 850’000 catholiques étrangers, aucune église ne peut être érigée dans ce pays sunnite qui abrite à La Mecque le plus haut lieu saint musulman. Dans d’autres parties de la Péninsule arabique, l’Eglise catholique, composée essentiellement d’immigrés, fait cependant montre d’une grande vitalité, témoigne le capucin italien Bernardo Giovanni Gremoli, vicaire apostolique d’Arabie.
Certes, il est très difficile de maintenir vive la foi des catholiques dans ces pays à majorité musulmane, confie à l’Apic Mgr Gremoli, en marge de la conférence islamo-chrétienne qui a eu lieu à Doha, au Qatar, du 27 au 29 mai 2004. L’évêque missionnaire souligne cependant la «grande vitalité de cette Eglise» constituée en majorité d’immigrés et de ressortissants étrangers.
Bientôt un Suisse à la tête de l’Eglise d’Arabie
Mgr Gremoli, auquel devrait bientôt succéder le capucin suisse Paul Hinder, est à la tête d’un des plus grands diocèses du monde de par sa superficie (plus de 3 millions de km2, soit presque six fois la France).
Dans la Péninsule arabique depuis plus de 28 ans et résidant actuellement à Abou Dhabi (capitale des Emirats Arabes Unis), cet évêque d’origine toscane a la charge pastorale des 1,3 million de catholiques, presque tous des étrangers et immigrés, sur une population totale de 48 millions d’habitants. Son bras droit est le capucin suisse Paul Hinder, évêque auxiliaire depuis janvier dernier, qui devra bientôt lui succéder, le capucin fêtant ses 78 ans le 30 juin prochain.
On ne baptise pas les musulmans, mais des chrétiens se convertissent à l’islam
Ces dernières années, plusieurs églises ont pu être construites dans la Péninsule, relève Mgr Gremoli, visiblement satisfait après de longues années de patience et une attitude de «profil bas» vis-à-vis des autorités de ces pays musulmans. Il souligne qu’il n’a jamais accepté de baptiser un musulman, même lorsqu’on le lui avait demandé, par peur de représailles économiques ou juridiques visant l’apostat. Par contre, regrette-t-il, un certain nombre de catholiques se sont convertis à l’islam pour des raisons économiques et de survie.
La construction de la première église de la région, au Bahreïn, date de 1939, mais pas question d’en ériger une en Arabie saoudite, malgré la présence de 850’000 catholiques étrangers. Alors que la cathédrale d’Abou Dhabi accueille chaque semaine pour la messe dominicale 9 à 10’000 personnes d’une centaine de nationalités différentes, les chrétiens du Qatar doivent encore se réunir dans des locaux sportifs gentiment prêtés par l’école américaine et deux écoles philippines.
Qatar: liberté de culte pour tous les chrétiens
Si les promesses de construction d’une église catholique à Doha remontent à plusieurs années, l’émir du Qatar, Hamad Bin Kahlifa Al-Thani, vient de concéder officiellement, le 27 avril dernier, un terrain dans la périphérie de la capitale d’une superficie de 21’600 m2. L’émir est un homme «moderne qui donne une pleine liberté de culte à tous les chrétiens», selon Mgr Gremoli. Les autorités devraient prochainement faire défricher le terrain, construire une route d’accès et amener l’eau et l’électricité. Offert gratuitement à l’Eglise catholique locale, le terrain restera la propriété de l’Etat, explique l’évêque italien.
Actuellement 48’000 catholiques vivent au Qatar, soit près de 10% de la population totale estimée à 600’000 habitants de confession musulmane sunnite. Mais ce pourcentage pourrait diminuer à l’avenir, estime le curé, car le gouvernement facilite l’arrivée de nouveaux immigrés, non plus catholiques comme les Philippins, mais originaires des pays musulmans ou non chrétiens.
Aucune régression n’est cependant en vue pour la situation de l’Eglise catholique au Qatar. Elle a été officiellement reconnue en avril 2003 par la nouvelle Constitution de cet Emirat, alors qu’elle était auparavant tolérée, mais avec des limites. C’est le 20 avril 2004 que le nonce apostolique a présenté ses lettres de créances à l’Emir du Qatar. Mgr Giuseppe de Andrea était déjà le représentant du Saint-Siège depuis 4 ans au Koweït, au Bahreïn et au Yémen. BB
Encadré
Paroisse de Doha: pose de la 1ère pierre d’une église en octobre
La construction même de l’église – d’une capacité de 2’500 personnes -, est à la charge des paroissiens et des catholiques de la région du Golfe. 5 millions de rial (1,5 million de dollars américains) ont déjà été récoltés pour le financement de ce complexe paroissial qui comprendra également différentes salles de conférence et de catéchisme ainsi qu’un parking de 4’000 m2. Il en manque encore la moitié.
«On espère poser la première pierre le 7 octobre prochain et terminer au moins pour les Jeux olympiques d’Asie» – qui auront lieu à Doha en 2006 -, souhaite pour sa part le curé de la future paroisse, le capucin indien Lester Mendonsa. Curé à Doha depuis 2002, après avoir été prêtre au Bahreïn puis à Mascate, la capitale d’Oman, le Père Mendonsa connaît bien la situation des immigrés chrétiens en pays islamiques et a coeur de les accueillir.
Les 48 messes hebdomadaires sont célébrées en neuf langues: l’anglais, le tagalog (pour les nombreux Philippins), le malayalam (langue du Sud de l’Inde), le tamoul, l’ourdou (pour les immigrés pakistanais), l’italien, le français, l’arabe et le cinghalais (langue du Sri Lanka). 1’200 fidèles environ y prennent part chaque semaine. Le jour de la Pentecôte, fêtée le vendredi, jour férié dans les pays islamiques, l’évêque Grimoli a présidé une messe de confirmation pour 213 enfants dans la salle de sport de l’école américaine.
Les paroissiens, en particulier les 120 catéchistes et les 1’500 enfants qui suivent les cours de catéchisme le vendredi matin, attendent ainsi avec impatience le nouveau complexe ecclésial qui restera «simple, économique et surtout pratique», affirme le Père Mendonsa, fier de montrer les plans de la future église, dessinée par un architecte italien en forme de Colisée. «Le problème est que Doha n’a pas de transport public», souligne-t-il, mais on espère que pour les Jeux olympiques d’Asie prévus à Doha en 2006 les autorités combleront cette lacune. BB
Encadré
Un vicariat apostolique en terre d’islam
Le territoire du Vicariat apostolique d’Arabie comprend les Emirats Arabes Unis, Qatar, Bahreïn, Oman, l’Arabie Saoudite et le Yémen, mais pas le Koweït qui a son propre évêque. Il compte actuellement 47 prêtres, la plupart des missionnaires capucins de 7 ou 8 nationalités différentes, et 70 religieuses – dont 24 soeurs de Mère Térésa au Yémen qui s’occupent d’instituts pour enfants handicapés. L’Eglise dirige 8 écoles qui rassemblent 16’000 enfants, dont 60% sont musulmans et les autres issus de familles chrétiennes. (apic/imedia/blb/be)




