Père Samir Khalil Samir: Les réfugiés musulmans sont aussi une chance pour les chrétiens

Il y a plus de 15 millions de musulmans dans l’Union européenne et on passe souvent à côté d’eux sans les voir. Pour le Père Samir Khalil Samir, c’est en quelque sorte une «occasion manquée». «Face à l’arrivée massive des réfugiés fuyant la guerre au Moyen-Orient, nous devons être des modèles d’accueil, sans avoir peur de témoigner de notre foi, pas uniquement en faisant des signes de croix, mais par des actes concrets de charité et d’amour!»

«C’est là une occasion de redonner aux pays européens la vitalité spirituelle qui fait de plus en plus défaut en Occident», confie-t-il à cath.ch. De passage dans la cité des Zaehringen à l’invitation notamment du Centre Culturel de Fribourg, le jésuite égyptien salue la mobilisation de la société civile et des Eglises catholique et réformée fribourgeoises en faveur des requérants d’asile, qui ont lancé les projets «Osons l’accueil !» et «Don de Dieu, don de l’autre».

«Certains se faisaient tuer, cela faisait des martyrs…»

En accueillant les réfugiés syriens, irakiens et afghans qui fuient la guerre et la violence, les chrétiens de Suisse ne doivent pas avoir peur de montrer la couleur: «Par le passé, nos pères dans la foi sont partis comme missionnaires dans les pays musulmans, pour annoncer l’Evangile aux musulmans. C’était une mission presque impossible, ils n’avaient aucun outil, aucune chapelle, ils y allaient avec leurs convictions pour seules armes. Certains se faisaient tuer, cela faisait des martyrs…»

Ne pas hésiter à présenter le Christ aux musulmans

Aujourd’hui, des millions de musulmans trouvent en Occident des chapelles et des églises à chaque coin de rue. «Mais il n’y a presque pas de musulmans qui demandent le baptême, alors que dans le passé, on était prêt à aller au bout du monde pour ne convertir ne serait-ce qu’un seul musulman. Pourquoi ? Nous constatons un affaiblissement de la foi dans les pays occidentaux. Pourtant, nous devons et nous pouvons aider les musulmans à découvrir le Christ, ici, et dans le monde musulman. Certes, dans ce dernier cas, il faut faire preuve de prudence et agir intelligemment!»

Concernant l’accueil des Syriens, le Père Samir Khalil Samir, professeur d’islamologie et spécialiste de la pensée arabe, estime que l’intégration des réfugiés chrétiens en Occident est plus facile, car ils connaissent davantage les codes de nos sociétés. «Ils ne font pas de bruit, ne réclament pas de privilèges, comme le font les musulmans. Certains d’entre eux ont fait du grabuge, comme à Cologne ou à Berlin…»

Les chrétiens ont l’habitude de jouer le rôle de ponts

Si les réfugiés musulmans sont avec des chrétiens de leur région, l’intégration de l’ensemble est plus facile, car les chrétiens ont l’habitude de jouer le rôle de ponts entre les civilisations. Ils sont des conciliateurs, et comme ils sont souvent plus cultivés, ils vont plus vite apprendre la langue des pays d’accueil, souligne le religieux. «La présence d’églises dans les pays d’accueil est aussi pour eux un facteur d’intégration. C’est aussi souvent leur seul secours spirituel».

Mais le jésuite égyptien est d’avis que les réfugiés chrétiens, qui ont plus de facilités dans les sociétés occidentales, ont aussi un devoir de responsabilité envers leurs frères musulmans partageant leur sort, «une mission d’intermédiaires». Car du point de vue sociologique, les chrétiens arabes ont une conception de la famille et des rapports hommes-femmes plus proches de celles des Occidentaux.

Les réfugiés, une chance pour les chrétiens de se découvrir solidaires

Le jésuite égyptien n’ignore pas la réalité des réfugiés en Europe. Depuis 30 ans, il se rend en été durant deux mois en Allemagne, où il travaille comme prêtre dans la localité bavaroise de Riedenburg, à une quarantaine de kilomètres de Ratisbonne.

«Cette ville de près de 6’000 habitants héberge quelque 150 réfugiés: des Iraniens, des Erythréens, beaucoup de Syriens, des migrants d’Afrique noire… Les autorités ont demandé à chaque région d’accueillir des réfugiés. Si on arrive à les installer dans des structures à dimension humaine, cela marche bien. Au début, certains, dans la population, ont peur et sont plutôt méfiants. Mais les habitants découvrent que ces réfugiés sont des gens qui ont souffert. Les chrétiens allemands se sont mobilisés et les réfugiés ont senti que les paroisses étaient accueillantes. Je l’ai vu en de nombreux endroits en Allemagne. C’est également une chance pour les chrétiens de se découvrir solidaires!» JB


 

Spécialiste reconnu de la pensée musulmane

Le Père Samir Khalil Samir est né le 10 janvier 1938 au Caire. Il entre dans la Compagnie de Jésus en octobre 1955 à Aix-en-Provence. Après sa formation jésuite (lettres, philosophie et théologie) en France, de 1955 à 1969, et à Maastricht, aux Pays-Bas, en 1966-67, il est depuis 1962 spécialisé dans le patrimoine arabe chrétien (histoire, philosophie, théologie), notamment dans sa relation à la pensée musulmane, et dans la méthode d’édition critique des textes arabes.

Il a obtenu un doctorat de 3° cycle en islamologie (Aix-en-Provence 1966, sur Ibn Sabbâ’) et un doctorat en sciences ecclésiastiques orientales en 1980 à Rome, sur le philosophe arabe chrétien Abū Zakariyyā Yahya Ibn ›Adi al-Takrītī (893-974).

Il a travaillé comme professeur au séminaire copte catholique de Ma’adi, au Caire (1968-1975), au Liban (Université Saint-Joseph et Université Saint-Esprit Kaslik en 1972-1975), puis à Rome comme professeur de théologie arabe chrétienne (Institut Pontifical Oriental, 1974-2015) et d’islamologie (Institut Pontifical d’Etudes Arabes et Islamiques, 1975-1987 et 1999) et de nouveau au Liban (Université Saint-Joseph et Université Saint-Esprit Kaslik) et Faculté de Théologie Grecque Orthodoxe de Balamand. Il a également enseigné à l’Institut Œcuménique de Théologie de Bari, en Italie.

Il a enseigné comme «professeur invité» dans diverses universités, à Paris (Centre Sèvres), à Nimègue et Amsterdam, à l’Université Fouad du Caire, à la Faculté de Théologie Copte Orthodoxe de Haute-Egypte, à l’Université de Graz, en Autriche, à Hong Kong, à Bonn, Cologne, Munich, Halle, etc., sans oublier les Selly Oak Colleges (Birmingham, Grande-Bretagne), l’Université de Georgetown, à Washington, l’Université Sophia, à Tokyo, ou encore la Faculté de Sciences Politiques de Turin.

Invité à de nombreux congrès spécialisés en études islamo-chrétiennes ou arabes chrétiennes dans divers continents, il a fondé la collection «Patrimoine Arabe Chrétien» ainsi que le «Bulletin Arabe Chrétien». Il est co-éditeur de la «Coptic Encyclopaedia» et co-directeur de «Parole de l’Orient» et de la «Collectanea Christiana Orientalia». Il est membre du comité de rédaction de plusieurs revues internationales et auteur d’une soixantaine de livres et de plus de 1’500 articles scientifiques en diverses langues. Ses recherches tournent autour du rapport entre culture, religion et société au Moyen-Orient, au Moyen-Age et à l’époque contemporaine. (cath.ch-apic/be)

 

Mgr Markus Büchel est sensible à la réalité de la migration. Ici, dans un camp de réfugiés musulmans syriens à Zahlé, au Liban
3 mars 2016 | 09:22
par Jacques Berset
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