Tensions au sein du gouvernement
Pérou: Conflit entre le gouvernement et les indigènes: les évêques en médiateurs
Lima, 10 juin 2009 (Apic) L’Église catholique péruvienne s’est engagée à favoriser un dialogue entre le gouvernement et les manifestants indigènes qui s’opposent à la controversée loi sur l’exploitation de la terre et des ressources naturelles de l’Amazonie, a annoncé mardi le président de la Conférence épiscopale péruvienne, Mgr Miguel Cabrejos.
L’hypothèse d’une médiation susceptible de mettre fin aux violences des derniers jours dans la région de Bagua s’est consolidée mardi après-midi, à l’issue d’une réunion au siège de la Conférence épiscopale des représentants de l’exécutif et des leaders religieux, indique Misna.
Selon Mgr. Cabrejos, la paix sociale et une «réconciliation authentique» entre les parties au litige ne peuvent découler que du dialogue. Pendant ce temps, la répression menée par l’armée et la police a provoqué des tensions au sein du gouvernement : Carmen Vilidoso, ministre de la Condition féminine, a ainsi démissionné en signe de protestation contre la politique mise en oeuvre par l’exécutif.
Mardi soir, les manifestants autochtones n’avaient toujours pas levé leur blocus de la route qui traverse Bagua mais avaient annoncé, par l’intermédiaire de l’un des coordinateurs de la protestation, une trêve de plusieurs heures pour permettre aux victimes d’être soignées.
Pendant ce temps, Alberto Pizango, président de l’Association interethnique de la forêt péruvienne (Aidesep), protagoniste depuis deux mois d’un massif soulèvement indigène contre la politique d’exploitation des ressources naturelles menée par le gouvernement de Lima dans la région amazonienne, s’est réfugié à l’Ambassade du Nicaragua au Pérou.
Activement recherché par les forces de police du président Garcia, il a demandé l’asile politique au Gouvernement du Nicaragua. Managua a accepté sa demande, au grand dam de Garcia, qui doit en outre faire face à une recrudescence du terrorisme avec un accroissement des actes du Sentier lumineux. A noter que sous sa première présidence, dans les années 90, le Pérou avait vu une montée des groupes de subversion ainsi que radicalisation de la politique répressive du chef de l’Etat.
Pizango, visé par une véritable chasse à l’homme dans la zone du Lac Titicaca, à la frontière de la Bolivie, a demandé et obtenu refuge auprès de la représentation diplomatique de Managua qui s’activerait pour qu’un laissez-passer soit remis au responsable indigène afin qu’il parte pour une destination étrangère.
Pizango est accusé de «seddition» et de «rébellion» après les violents affrontements entre policiers et indigènes survenus entre jeudi et vendredi dans la zone de la Croix du Diable, à 700 kilomètres au nord de la capitale, où des centaines d’indigènes occupaient depuis quelques jours une route près de la localité de Bagua.
Le bilan des victimes est encore incertain avec selon des sources officielles 24 agents de police et neuf indigènes tués, plus de 150 blessés et 70 arrestations. Selon Shapiom Noningo, président de la Commission des peuples indigènes amazoniens, on compterait entre 30 et 50 victimes civiles, excluant le recours aux armes à feu de la part des indigènes. (apic/misna/pr)



