100 soles mensuels pour tenter de sortir de la misère à Apurimac

Pérou: De nombreuses gamines tombent enceintes pour toucher des allocations

Lima, 19 janvier 2009 (Apic) La pauvreté et l’ignorance peuvent conduire à des gestes désespérés au Pérou, mais surtout à des distorsions cruelles dans les programmes sociaux mis en place par le gouvernement. Des gamines – et pas seulement – font le choix de faire des bébés. Pour toucher une ridicule subvention mensuelle.

Dans la région andine d’Apurimac, froide et géographiquement hautement perchée, des adolescentes font le choix de «se faire mettre enceinte», pour toucher une rente insérée dans un programme gouvernemental appelé «Juntos», révèle le quotidien «El Comercio», édité à Lima. Une rente mensuelle misérable de 100 soles. Mais une «petite fortune» pour qui n’a rien. Ou presque rien.

Le programme «Juntos», commencé il y a 4 ans déjà, consiste à verser une allocation mensuelle de 100 soles (33 dollars) à des familles qui vivent dans des conditions de pauvreté extrême. Et elles sont nombreuses. Une condition à cela: que la mère envoie ses enfants à l’école, et qu’elle s’engage à suivre des cours dans le cadre d’un programme lié à la santé, à la nutrition et à l’éducation.

L’argent est ainsi versé à travers la «Banque de la Nation» aux mères enceintes, mais aussi pour tout enfant de moins de 14 ans, quel que soit le nombre de gosses. Une aubaine, pour les familles nombreuses. «El Comercio» note que beaucoup de mères et d’adolescentes «se dépêchent de tomber enceinte» avant qu’au gré des «inspirations» des hommes politiques, semblable mesure ne prenne le chemin des oubliettes. Mais aussi pour grossir le bas de laine non négligeable pour alimenter la famille.

Lorsqu’il est arrivé il y a 8 mois dans la communauté de Champaccocha, à 18 km de Andahuaylas, où il exerce actuellement, le docteur Eduardo Olivera, cité par «El Comercio», avait rencontré 39 femmes enceintes, dont 3 étaient des gamines d’à peine une douzaine d’années. «Trois filles enceintes, c’est beaucoup», assure le docteur Olivera, surtout compte tenu que dans sa zone, moins de 420 femmes sont encore en âge de procréer. Selon le quotidien de Lima, ce constat vaut également pour le reste de ce Département de l’Apurimac.

Selon Juan Carlos Ramirez, directeur de l’hôpital de Tambobamba, en 2008, dans son centre, 25 accouchements ont eu lieu. 5, soit 20% étaient des adolescentes. «Le problème, ajoute-t-il, est que ces gamines ne viennent même pas pour les contrôles prénatals. Ce qui augmente des risques graves pour leur santé».

Inquiétude

La multiplication de ces cas inquiète les responsables du programme «Juntos», présents sur le terrain. Surtout que, comme partout ailleurs dans les régions isolées, l’ignorance ou les mauvaises communications jouent des tours pendables aux adolescentes qui voient dans ces 100 soles une «chance» d’améliorer un maigre quotidien. «Nous avons reçu de nombreuses demandes d’octroi du subside mensuel. Malheureusement, aucune ne remplissait les conditions, à savoir: les mineures ne peuvent pas bénéficier du programme «Juntos», sauf exception et après enquête. Toute femme doit en outre être en possession de sa carte DIN» – la carte d’identité -, commente Alejandro Pozo, coordinateur régional de «Juntos» à Apurimac.

«De nombreuses gamines ou adolescentes ont des relations sexuelles avec un ami, une fois enceinte, elles deviennent des filles mères célibataires, commente pour sa part «Glicerina Pichiltua, présidente de «Juntos», dans le district de Kishuara.

Pourquoi cette insistance à recourir à tout prix à ce moyen de subsistance, grâce au programme «Juntos». Ana Maria Yanez, directrice du mouvement Manuela Ramos, une institution qui tente d’améliorer la situation de la femme andine, y voit le haut degré de machisme, qui persiste dans les zones rurales. Parallèlement, les schémas sociaux ne permettent souvent pas à ces jeunes filles d’accéder aux études secondaires.

Quotidien amélioré

Les adolescentes ne sont pas les seules à chercher à tomber enceinte pour bénéficier des allocations. Juana Sullca, citée par le quotidien de Lima, 41 ans, en paraît 60… La «faute» à ses accouchements à répétition qu’elle a eus sa vie durant. Et qu’elle s’apprête à revivre, avec le huitième, après une parenthèse de deux ans. «En 2007, j’ai pris connaissance de «Juntos», mais cela fait six mois seulement que je bénéficie de ce programme, après avoir obtenu mon DIN. J’ai lutté pour obtenir cette aide économique. Cela me permet aujourd’hui d’acheter de la nourriture et des outils scolaires pour mes enfants», explique-t-elle en quechua, la langue presque exclusivement parlée dans la région.

A noter que cette rente peut également être perçue par des pères qui ont la charge d’enfants, à des veufs et même à des grands-parents. (apic/elc/pr)

19 janvier 2009 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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