Cris d’alarmes des organisations humanitaires contre les raids militaires
Pérou: des massacres de civils par l’armée: plus de 100 morts déjà
Lima/Genève, 25avril(APIC) Plusieurs raids militaires auraient déjà fait
plus de 100 morts – tous civils – au cours d’opérations menées par l’armée
ces deux dernières semaines contre le Sentier lumineux (SL) dans la région
du Huallaga, dans le département péruvien de Huanuco, dénonce la coordination péruvienne des droits de l’homme. La majorité des victimes sont des
femmes des enfants et des vieillards.
Dans un appel relayé en Suisse par la Commission tiers monde de l’Eglise
catholique (COTMEC), à Genève, la coordination nationale des droits de
l’homme demande au gouvernement, au Congrès et aux autorités judiciaires
d’ouvrir une enquête à partir des nombreux témoignages qui commencent à affluer.
La zone amazonienne a été déclarée par l’armée d’»accès restreint». La
Croix Rouge internationale, empêchée elle aussi de se rendre sur place, réclame des garanties pour que les familles des victimes puissent reprendre
et enterrer leurs proches et pour que que les témoins puissent donner leur
version des événements devant les autorités compétentes.
Les premières images diffusées ces derniers jours au Pérou par une chaîne de télévision montrent des cadavres complètement décomposés à l’air libre. Les raids militaires, appuyés par des hélicoptères et des armes lourdes à longue portée, auraient commencé dès le début du mois d’avril.
Selon la coordination, des crimes massifs se commettent depuis contre
une population civile sans défense dans le cadre d’actions antisubversives.
Le 11 avril, 8 paysans ont ainsi été massacrés par l’armée, dont cinq femmes. Les autorités militaires elles-mêmes auraient reconnu «la présence de
faits qui portent préjudices aux droits de l’homme».
Tortures et viols
D’autres cas établis à partir de témoignages sont rapportés. Tous confirment que des atrocités sont commises par les soldats. La coordination a
notamment recueilli les propos d’une femme qui a pu sauver sa vie des mains
d’une patrouille de l’armée après avoir assisté à la torture et au viol
d’une fillette de 13 ans par 15 soldats, lesquels ont ensuite assassinés 10
paysans dont son mari. Violée elle-meême, elle a réussi à s’échapper grâce
à sa connaissance de la selva. L’endroit où elle réside actuellement est
tenu secret par peur des représailles.
D’autres témoignages d’habitants ayant fui la zone rapportent que des
hélicoptères de l’armée tirent sur la population civile. Tous confirment
que des colonnes de l’armée de terre torturent les survivants, violent les
femmes et brûlent les vivres des paysans. Jusqu’à présent, les villages les
plus touchés sont Moena et Molluna, proches du village de Anda où on a retiré 13 cadavres non identifiés. Des journalistes TV et de la presse écrite
ayant réussi à pénétrer la zone bouclée par l’armée en apportent du reste
la preuve par l’image.
Aux dires des Services secrets péruviens, des actions seraient menées
dans cette région par les «Comités populaires ouverts» (Organes du SL) qui
«utiliseraient la population. Une version contestée par les habitants. Ils
reconnaissent certes comme «zones rouges» les terres de Huanuco et Tingo
Maria, en pleine Amazonie péruvienne, mais déclarent ne pas avoir noté ces
derniers mois de présence active du SL. Aux dires même du commandement conjoint des forces armées, 1207 sendéristes auraient adhéré à la «loi de repentance» entre le 27 février et le 8 avril.
L’histoire se répète
Selon le chef de l’Etat-major opérationnel du Front Huallaga, le colonel
«Jano», l’opération militaire en cours est dirigée contre deux colonnes du
SL formées de 180 hommes et femmes. Celui-ci reconnaît avoir «rocketé» la
zone en utilisant des armes lourdes. Il justifie le non accès à la Croix
Rouge et de la presse en céclarant: «Nous sommes en guerre, c’est pourquoi
nous n’avons pas permis l’entrée de la presse et de la Croix Rouge parce
que nous sommes responsables de ce qui pourrait leur arriver».
La coordination nationale des droits de l’homme craint pour la vie des
témoins. Plusieurs opérations semblables menées par l’armée ont abouti à
plusieurs massacres de civils dans le passé. Ce fut notamment le cas en
1984 à Cayara et à Accomarca, où aucun témoin n’était resté en vie. Ce fut
encore le cas en 1988, à la veille du voyage du pape au Pérou. (apic/ctcpr)




