Slogans accusateurs dans les rues d’Ayacucho

Pérou: Graves accusations contre Mgr Cipriani

Par Pierre Rottet, de l’Agence APIC

Ayacucho, 25 avril 1997 (APIC) Des slogans peints en rouge sont apparus sur les murs de la ville d’Ayacucho, siège épiscopal de Mgr Juan Luis Cipriani que certains médias péruviens et nombre de milieux politiques et d’organisations humanitaires du pays désignent comme l’intermédiaire du gouvernement grâce auquel l’assaut sanglant de mardi a été rendu possible.

Des menaces et des injures proférées contre l’archevêque dénoncent le rôle qu’aurait joué Mgr Cipriani, l’accusant d’être un «traître» et un «assassin». La police a entrepris et renforcé les mesures de sécurité autour de la résidence de l’archevêque.

Entretemps à Lima, le président Fujimori démentait les bruits selon lesquels la Commission de garants à laquelle appartenait notamment Mgr Ciprinani aurait introduit des micros à l’intérieur de la résidence de l’ambassade pour espionner les MRTA. «C’est totalement faux», a-t-il affirmé.

Quant au Père jésuite Juan Julio Wicht, un des otages libérés mardi après 126 jours, il a mis en garde vendredi sur les ondes de radio Vatican contre la «tentation de fêter cette opération militaire comme une victoire». «C’est une tragique victoire» a-t-il dit, en rappelant la perte de 17 vies humaines. «Les guérilleros qui ont été tués étaient aussi des Péruviens et des enfants de Dieu. Le MRTA a commis l’erreur fatale de croire que l’on pouvait provoquer des changements sociaux par la violence des armes». Le gouvernement péruvien, aurait tort de son côté de penser qu’il peut restaurer la paix au Pérou seulement par la violence des armes, a-t-il ajouté. Il ne peut y avoir de paix qu’a travers la justice et la démocratie.

Le président Fujimori semble certes avoir marqué des points après cette opération meurtrière. «Il a feint de négocier alors qu’il préparait ses troupes à l’assaut, trompant en cela une fois de plus son monde», estime pour sa part une grande partie de l’opposition. Qui, avec les organisations des droits de l’homme et autres missionnaires, crient au scandale en constatant avec quel cynisme le président Fujimori avait foulé les corps des membres du commando, encore présents dans le bâtiment plus de 24 heures après l’assaut. Dont certains portaient, visibles, les traces de balles dans la tête. Achevés. Ces mêmes milieux dénoncent l’assassinat des membres du commando Tupac Amaru, comme le reconnaissent certains ex-otages, selon lesquels l’armée a effectivement froidement abattu ceux qui se rendaient.

A Lima et ailleurs, les observateurs continuent à s’interroger sur le ou les personnes qui aurait permis de mettre l’un des otages au courant de l’attaque des forces spéciales, et favorisé celle-ci par-là la mise en place des micros. Sachant que seuls les membres du CICR et Mgr Cipriani avaient accès dans les locaux de la résidence…+

L’analyse de César Hildebrandt,

La présence du CICR sur le théâtre des opérations, depuis décembre dernier, n’a jamais été du goût du gouvernement., a déclaré à l’APIC le journaliste César Hildebrandt, animateur de >, l’un des programmes TV politico-économico -culturel les plus écoutés au Pérou. Selon lui, l’expulsion de Jean-Pierre Schaerer n’est rien d’autres que la confirmation de la méfiance du gouvernement à l’égard des membres du CICR. .

Le coup de poker de Fujimori, qui intervient alors que sa popularité était en chute libre, lui permet de reprendre l’initiative, que l’opposition lui avait ravie. >.

Cette affaire, poursuit-il, pourrait être le prélude à une nouvelle définition du concept militariste du président Fujimori, et d’une nouvelle alliance avec les militaires pour demeurer au pouvoir quoi qu’il advienne.

6 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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