Pérou: L’offre de Montesinos au Pérou:
Lima/Tokyo, 7 août 2001 (APIC) L’ancien chef des services secrets péruviens et bras droit de l’ex-président Fujimori, souhaite changer de prison. En échange, Vladimiro Montesinos offre de restituer quelque 100 millions de dollars, soit une partie de l’argent détourné, qui dort sur des comptes non encore découverts, en Suisse et dans d’autres pays. Il demande en outre l’impunité pour son épouse, Trinidad Becerra Ramirez, et sa fille Silvana.
Détail piquant: celui que les citoyens péruviens ont longtemps surnommé le «Raspoutine» du Pérou se trouve enfermé dans la même prison haute sécurité que le chef suprême du Sentier Lumineux», Abimael Guzman. S’il était extradé, il ne serait nullement impossible que Fujimori se retrouve en compagnie de l’un et l’autre.
Selon le quotidien de Lima, «La Republica», Montesinos révèle en outre que les fonds versés pour corrompre les hommes dont le pouvoir avait besoin, l’ont été avec la «bénédiction» de Fujimori, actuellement en fuite au Japon.
A l’heure où les révélations succèdent aux révélations, toutes plus accablantes les unes que les autres contre le régime fujimoriste, à Tokyo un ancien diplomate nippon accuse l’ex-président péruvien d’avoir fait exécuter les preneurs d’otages de la résidence de l’ambassade japonaise, en avril 1997. Une version corroborée il y a plusieurs semaines déjà par plusieurs témoins péruviens et étrangers, otages du mouvement du MRTA, qui occupaient depuis plusieurs mois la résidence de l’ambassadeur nippon. Une enquête a du reste été ouverte, pour tenter de faire la lumière. L’exhumation de certains corps du commando massacré alors que ses membres avaient décidé de se rendre sans combattre, aurait même été ordonnée à des fins d’autopsie.
L’attitude de Tokyo irrite: attention au retour de manivelle
Selon Richard Werly, de Tokyo, une plainte pourrait être déposée contre Fujimori. Et mettre le gouvernement japonais dans l’embarras, d’autant que son refus de collaborer avec la justice péruvienne est mal vu par bon nombre de pays latino-américains. De sources autorisées, on murmure que le thème a été abordé par les chefs d’Etats et représentants de gouvernement lors de l’investiture du président Alejandro Toledo, le 28 juillet dernier. Le retour de manivelle, pour Tokyo, en proie à de sérieuses difficultés tant en raison du ralentissement économique constaté dans le pays que pour sa crédibilité de plus en plus écornée, pourrait se comptabiliser en yens. Les intérêts commerciaux en Amérique latine et au Pérou en particulier n’ont cessé de croître ces dernières années.
Ancien diplomate nippon écoeuré
Pour sa part, un ancien diplomate nippon est écœuré de l’accueil que son pays réserve à celui qu’il accuse d’avoir commis un crime impardonnable. A 53 ans, Hideki Ogura n’a jamais réussi à se défaire de la vision de la journée du 22 avril 1997, lorsque les commandos de l’armée péruvienne dirigée par Fujimori en personne, en tenue de combat, ont donné l’assaut à l’ambassade japonaise de Lima. Hideki Ogura était parmi les otages, dans la résidence de l’ambassadeur occupée à la veille de Noël 1996, par un commando du Mouvement Révolutionnaire Tupac Amaru (MRTA).
Le jour de l’assaut, rendu possible, selon les milieux journalistiques à Lima, grâce à la complicité de Mgr Cipriani, actuel cardinal et archevêque de Lima, qui aurait alors dissimulé des micros un peu partout dans la résidence lors de ses visites aux otages et aux membres du commando, Hideki Ogura s’était lui aussi couché, sur les ordres de l’ambassadeur japonais Morihisa Aoki, pour éviter d’être atteint par les tirs.
«Je suis sorti de ma cachette quand les coups de feu se sont achevés, explique-t-il. J’ai vu deux jeunes guérilleros les mains liées. Une heure après, tous deux avaient reçu une balle dans la nuque. Fujimori les avait fait assassiner».
Dans son livre publié au début de l’année, écrit Richard Werly dans un article repris par «Le Temps», cet hispanophone bon connaisseur de l’Amérique latine estime que le Japon se «salit» en protégeant l’ancien chef d’Etat envers et contre tout. «Fujimori n’est pas digne d’une telle protection», lâche ce quinquagénaire qui, écœuré, a fini par claquer la porte du Gaimusho, le ministère des Affaires étrangères. Son objectif avoué est de recueillir le plus d’éléments possible pour déposer ensuite plainte contre l’ancien chef d’Etat. Hideki Ogura dénonce aussi, dans son ouvrage, les complicités en haut lieu dont jouit «El Chino» au Japon: amis bien placés dans la haute politique, chefs d’entreprises venus s’installer au Pérou sous son mandat, officiers supérieurs… Des officiers souvent commandés par Montesinos, et qui ne sont loin pas étrangers aux graves violations des droits de l’homme commises ces dernières années au Pérou.
La lourde addition
Selon une récente enquête menée par une Association qui milite en faveur des populations locales, la violence au Pérou a laissé ces 20 dernières années un solde de 24’490 morts, 9’996 «disparus», 56’454 victimes de la torture et 43’000 orphelins. Onze de ces 20 années appartiennent au régime fujimoriste. Un régime supervisé et mis en place par Montesinos, qui partage aujourd’hui son toit avec Guzman, l’ex leader du SL, pas étranger, au même tire que l’armée, à cette lourde addition. (apic/pierre Rottet)



