Plus de 69’000 morts ou disparus entre 1980 et 2000

Pérou: La Commission de vérité livre un rapport accablant sur les violations humaines

Lima, 3 septembre 2003 (Apic) Une Commission de vérité et de réconciliation, mise en place par le gouvernement péruvien, a découvert que plus de 69’000 personnes étaient mortes ou avaient disparu dans le pays entre 1980 et 2000. Les Eglises ont été souvent exemplaires, même si certaines hiérarchies ont péché par absence de réaction.

Ce nombre de victimes, révélé dans un rapport présenté le 28 août, est plus de deux fois plus élevé que les premières estimations, relève l’agence d’information oecuménique ENI. Il se fonde sur 17’000 témoignages recueillis dans tout le Pérou pour tenter de faire la lumière sur les violations des droits de la personne commises après que le groupe rebelle du Sentier lumineux eut lancé, en 1980, une révolte nationale dans les hauteurs andines du département péruvien d’Ayacucho.

Le groupe rebelle a recouru à la terreur pour forcer les paysans à rejoindre ses rangs en vue de renverser le gouvernement. Mais la réaction militaire et celle des milices paysannes appuyées par le gouvernement furent tout aussi sauvages: torture, viols et exécutions ont été utilisés pour réprimer le soutien apporté au Sentier lumineux. Les résultats de l’enquête révèlent que 75% des victimes étaient des paysans andins de langue quechua pris entre les deux camps.

Eglises persécutées par les rebelles et par le gouvernement

Le rôle des Eglises évangéliques et catholique a été reconnu et, dans certains cas, loué par la Commission, dans une section de 104 pages du rapport qui comprend neuf volumes. «Durant vingt années de violence politique, les Eglises ont été affectées non seulement par l’action de groupes terroristes, mais aussi par la répression aveugle de la part des autorités», indique le rapport. Les enquêteurs soutiennent que les Eglises ont été prises à parti par les force gouvernementales notamment lorsqu’elles ont élevé la voix pour défendre les droits de la personne. De nombreux pasteurs et fidèles évangéliques ont perdu la vie au cours des deux décennies de conflit. L’un des événements les plus graves s’est produit lorsque le Sentier lumineux, ayant fait incursion dans une église pentecôtiste de Ccano La Mar (Ayacucho), a tué 31 fidèles puis brûlé les corps.

La Commission a cependant critiqué l’absence de réaction de la part de la hiérarchie catholique dans le département d’Ayacucho.

«Ces deux dernières décennies sont marquées par la honte et le déshonneur», a déclaré le président de la Commission, Salomon Lerner, en remettant le rapport au président Alejandro Toledo, au nom de milliers de victimes. La Commission recommande de poursuivre davantage en justice de civils et membres du personnel militaire dans plusieurs cas précis, et d’indemniser les victimes. (apic/eni/bb)

3 septembre 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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