Pérou : la Coordination des droits de l’homme (220494)

dénonce le nettoyage meurtrier d’une «zone rouge»

Bruxelles, 22avril(APIC) La zone de Huallaga, dans le département de Huanuco, au Pérou, a été récemment le théâtre d’actions de «nettoyage» particulièrement meurtrières. Selon les organisations des droits de l’homme, les

sources concordent pour faire état d’assassinats massifs et de viols, révèle l’antenne belge du réseau ’Kairos’.

Depuis le 1er avril, des raids en hélicoptères ont été menés contre les

populations des hameaux situés sur la rive gauche du fleuve Huallaga, dans

le district Juan José Crespo y Castillo et dans les environs de la province

de Leoncio Prado, dans le département du Huanuco.

Le 19 avril, la Coordination péruvienne des Droits de l’Homme s’inquiètait dans un communiqué des «assassinats massifs (qui) se commettent contre

une population civile sans défense, dans le cadre d’actions antisubversives». La Coordination disait avoir appris le 11 avril l’assassinat par une

patrouille de l’armée de huit paysans à Cayumba Chico (district de Mariano

Damaso Bearun, province de Leoncio Prado), et précise qu’»il y avait parmi

les victimes cinq femmes, dont trois fillettes». Les autorités elles-mêmes

ont reconnu «des atteintes aux droits de l’homme».

D’après le témoignage d’habitants qui ont fui la zone, des hélicoptères

d’artillerie tireraient sur la population civile et des patrouilles de

l’armée de terre tortureraient les survivants, violant les femmes et brûlant les vivres. Les villages les plus touchés jusqu’à présent sont Moena

et Molluna, d’où on a retiré 13 cadavres non identifiés. Des journalistes

de CNN et d’Univision, ainsi qu’un canal local, ont pu pénétrer dans la zone, pourtant bouclée par l’armée, et filmer les cadavres.

La Croix-Rouge a exigé des garanties pour que les familles des victimes

puissent reprendre et enterrer leurs proches, et pour que les témoins puissent être entendus en toute sécurité. «Le combat légitime contre la subversion ne peut justifier l’agression sans discrimination contre la population

civile des zones que ces organisations ont cherché à contrôler», conclut la

Croix-Rouge.

Dernier bastion sendériste

De son côté, le Commandement politico-militaire du Front d’Huallaga a

renouvelé, dans un communiqué publié le 15 avril, son appel aux sendéristes

pour qu’ils déposent les armes et se conforment à la «loi de repentance».

L’offensive des patrouilles militaires du Front de Huallaga a pour objectif

d’en finir avec le dernier bastion militaire du Sentier Lumineux. Les informations en provenance du Commandement signalent que, dans son avance à

travers la zone, l’armée a essuyé huit attaques des Sendéristes et subi

trois pertes humaines. «Nous les avons bloqués, ils sont pratiquement enfermés, nous avons obstrué toutes les issues. Ils n’ont plus d’échappatoire. Leurs chefs vont tomber d’un moment à l’autre et nous aurons ainsi atteint le but tant souhaité de la pacification dans cette région si malmenée

du Pérou», déclare le chef de l’Etat-Major du Front de Huallaga, le Colonel

«Jano». Le colonel explique que l’armée n’a pas bombardé la population civile, mais «rocketté» la zone… C’est-à-dire utilisé des armes lourdes à

longue portée.

«Nous sommes en guerre, et c’est pourquoi nous n’avons pas autorisé

l’accès de la presse et de la Croix-Rouge, a-t-il ajouté, car c’est nous

qui sommes responsables de ce qui pourrait leur arriver; de plus, ce sont

des endroits situés en pleine forêt du Huallaga central.»

«Zones rouges»

Dans cette zone, pourtant, selon les indications du Commandement conjoint des Forces Armées, entre le 27 février et le 8 avril, 1’027 sendéristes se sont rendus et ont adhéré à la «loi de repentance». Les zones de

Huanaco et Tingo Maria ont toujours été considérées comme «zones rouges» en

raison de la présence du trafic de la drogue et du Sentier Lumineux. Mais

les habitants affirment que, ces derniers mois, il n’y avait pas de présence active du Sentier, ce que semble confirmer le chiffre des «repentis».

Reste alors une question: ’pourquoi ces massacres?’ interrogent les organisations de défense des droits de l’homme. (apic/cip/mp)

22 avril 1994 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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