L’Eglise catholique n’échappe pas aux critiques
Pérou: la peine de mort acceptée par le Congrès divise l’opinion (250893)
Lima, 25août(APIC) Ainsi donc la peine de mort a largement été approuvée
au Pérou (55 voix contre 21) par le Congrès (Assemblée constituante). Le
débat public avait été intense. La question divisait l’opinion et même
l’Eglise. Comme si les 25’000 victimes et plus de la «sale guerre» ne suffisaient pas. Son approbation ne constitue en rien une surprise. La majorité des membres de la Constituante chargés du dossier y étaient favorables.
Et avec eux le président Fujimori, principal instigateur, dont l’idée vise
avant tout à éliminer les terroristes. Qui assassinent par milliers les Péruviens. A l’instar des Forces dites de l’ordre qui tuent, elles, depuis
une douzaine d’année avec la bénédiction des différents pouvoirs.
La nouvelle Constitution péruvienne a consacré la peine de mort Après
son approbation par la Commission Constituante du Congrès constituant démocratique (CCD). Au grand dam de trois membres de ladite commission connus
pour leurs engagements en faveur des droits de l’homme: Henry Pease, José
Barba Caballero et Roger Caceres – ce dernier en sa qualité de président de
la Commission des droits de l’homme -, qui ont opposé aux arguments de la
majorité des raisons éthiques, politiques et humaines.
«Personne ne peut s’approprier le droit de décider de la vie d’une autre
personne, quel que soit la gravité du délit commis», devait déclarer le
constituant Caceres, qui enquête actuellement sur la disparition de neuf
étudiants et d’un professeur de l’Université «La Cantuta», sans doute aux
mains des militaires.
La loi votée prévoit que la peine de mort ne pourra s’appliquer qu’aux
délits de «trahison à la patrie» et «de terrorisme».
La campagne des opposants
Face à la volonté politique des milieux favorables à la peine de mort,
qui ont de tout temps préféré la répression aveugle à la réflexion et aux
réformes sociales, les organisations péruviennes de défense des droits de
l’homme s’étaient organisées. Pour mener campagne contre cette «institutionalisation de l’assassinat» et sensibiliser l’opinion aux problèmes éthiques, moraux et religieux que la question pose. Campagne initiée par la Coordination de la pastorale pour la dignité humaine de Lima et du Callao,
appuyée en cela et entre autres par les Mouvement civique-Pérou et Vie et
Paix, par la Coordination nationale en faveur des droits de l’homme, Amnesty International section péruvienne, ainsi que par l’Institut Bartolomé de
las Casas-Rimac. Un important matériel abordait le problème avec des critères chrétiens, évangéliques et théologiques.
Les jeunes ne sont pas restés en retrait. A Lima un mouvement de jeunes
s’est constitué afin de sensibiliser les universitaires, les travailleurs
et les écoliers.
L’Eglise divisée sur la question
Débat au sein de l’opinion publique. Mais débat aussi au sein de l’Eglise catholique, dont la hiérarchie est aujourd’hui loin de présenter une position et un front unis face à la question. Une attitude largement déplorée
par les médias et l’opinion. Si certains évêques s’expriment clairement
contre la peine de mort, il en est d’autre qui, en revanche, évoquent le
nouveau Catéchisme de l’Eglise catholique qui n’exclut pas la peine de mort
dans les cas d’une extrême gravité. D’autres encore, d’où les reprochent de
la presse péruvienne, n’hésitent pas à utiliser «la langue de bois». Le
trouble est d’autant plus grand que messages et déclarations ambigus lâchés
par des personnalités de l’Eglise ont créé la confusion auprès des fidèles.
Ceux-ci attendaient une aide éclairée plutôt qu’une position ajoutant à la
confusion que n’a pas manqué de jeter la question dans les consciences.
Manque de logique
«Nous devons reconnaître que Dieu est le Dieu de la vie et non de la
mort», déclarait il y a peu l’évêque émérite de Cajamarca, Mgr José Dammert
Bellido. Ce dernier condamnait sans équivoque aucune la peine de mort. Plus
nuancée, en revanche, a été la position de l’actuel président de la Conférence épiscopale péruvienne, Mgr Augusto Vargas Alzamora, archevêque de Lima, qui, sans jamais prononcer une ferme condamnation, s’est contenté de
défendre le droit à la vie. En émettant cependant de sérieuses réserves sur
l’effet dissuasif que pourrait avoir la peine de mort.
«L’attitude de certains catholiques et de quelques évêques péruviens
dans le débat qui nous occupe manque de logique», devait encore déclarer
Mgr Dammert. «Comment peut-on condamner et avec raison au nom du droit à la
vie l’avortement et approuver dans le même temps la peine de mort». L’argument n’a pas pesé lourd. Comme ne pèse pas lourd au Pérou comme ailleurs en
Amérique latine le droit à la vie des pauvres et des indigènes depuis 5
siècles maintenant. (apic/na/pr)



