Les chefs d’Etat américains absents pour l’investiture de Fujimori

Pérou: Un million de personnes dans les rues de Lima mercredi pour réclamer la démocratie

Lima, 25 juillet 2000 (APIC) Plus d’un million de personnes défileront mercredi 26 juillet dans les rues de Lima, à l’appel du leader de l’opposition Alejandro Toledo. Ils protesteront contre la troisième investiture consécutive du président péruviens Alberto Fujimori, élu dans des conditions pour le moins douteuse. Lundi 24 juillet les 120 congressistes issus du vote du 9 avril dernier ont prêté serment. Insultes et jet de monnaies ont salué les 11 congressistes «transfuges» passés ces dernières semaines des rangs de l’opposition à ceux de l’officialité, à coup de dizaines de milliers de dollars pour de pot-de-vin.

Fujimori a été élu au terme d’un processus électoral tronqué, son unique rival, Alejandro Toledo, ayant refusé de participer au second tour, le 28 mai. Le premier tour, le 9 avril, avait été entaché de graves d’irrégularités, de l’aveu même de l’OEA – Organisation des Etats américains -. Il prêtera serment dans le solitude le 28 juillet. Seuls les présidents de l’Equateur et de la Bolivie seront présents, sur l’ensemble des chefs d’Etat du continent américain invités pour la cérémonie.

La Marche de «Los Cuatro Suyos» (des quatre régions, en quetchua, en référence à l’empire Inca), est sans précédent dans l’histoire du Pérou. Des personnalités du monde entier y sont attendues. De l’ex-président argentin Alfonsin à Kerry Kennedy, fille du président John Kennedy, en passant par des parlementaires européens, japonais, des Etats-Unis et de pratiquement tous les pays latino-américains. Des syndicats de plusieurs pays feront également le déplacement, y compris du Brésil. L’ensemble de l’opposition péruvienne, dans ce qu’elle compte de partis politiques, d’organisations de défense des droits de l’homme et d’ONG, entend manifester contre «la dictature du régime de Fujimori» et réclamer le rétablissement de la démocratie et le respect des Institutions.

90’000 policiers

Malgré la crise économique, et les ressources souvent limitées de nombre de citoyens, près de 100’000 provinciaux de l’ensemble des 23 Départements péruviens seront à Lima: de l’Amazonie à La Sierra, des Andes aux villes côtières. Des milliers de manifestants de la seconde ville du pays, Arequipa, emmenés par leurs autorités, ont initié à pied la marche sur Lima.

Selon l’écrivain Vargas Llosa, membre du Comité d’organisation de cette marche, des représentants du monde entier sont d’ores et déjà arrivés, pour «observer la mobilisation pour la démocratie». Felipe Gonzalez, Nelson Mandela et Rigoberta Menchu, notamment, ont exprimé leur appui à la manifestation, à travers des vidéos appelées à être diffusées le 26 juillet devant la foule.

L’organisation a imaginé la plus grande infrastructure jamais mise en place à ce jour au Pérou pour accueillir cette marche – points d’alimentation, sanitaires et hébergement. La sécurité sera assurée par un service d’ordre interne. On redoute en effet l’infiltration d’agitateurs proches du pouvoir ou issus des rang des services secrets.

Plus de 90’000 policiers et militaires sont en état d’alerte maximale dans tout le Pérou, dont 32’000 pour la seule capitale. Les provocations policières risquent fort de dégénérer: quinze personnes ont été sérieusement blessées à Huancayo, dans le Pérou central, par des représentants des forces de l’ordre qui tentaient d’empêcher leur départ pour Lima.

Episcopat favorable à la marche

A Arequipa, dans le sud, les militaires ont arrêté 3 bus avec 150 personnes en partance pour la capitale. Sous la conduite d’un colonel, ils ont argué que les véhicules étaient dépourvus des papiers nécessaires. Un peu partout au Pérou, les actes hostiles à la manifestation se multiplient et menacent de dégénérer en violents affrontements. Plus d’un observateurs estime que le président Fujimori n’attend que cette occasion pour charger la foule afin de mieux légitimer son pouvoir.

L’Eglise catholique exprime publiquement son soutien à la marche. Les évêques du Callao, de Piura, Tumbes, et le président de la Conférence des évêques du pays, Mgr Luis Bambaren, ont reconnu publiquement le droit du peuple péruvien à manifester pour la démocratie. Ils mettent en garde contre toute forme de violence qui pourrait agiter le pays. (apic/pierre rottet)

25 juillet 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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