Rome: Les cinq premiers mois du pape François révèlent un style de gouvernance inattendu
Peu d’indices de prochaines nominations importantes au Saint-Siège
Rome, 13 août 2013 (Apic) Cinq mois se sont écoulés depuis l’élection du pape François, qui répondait au souhait de nombreux cardinaux de voir la curie romaine réformée et le Vatican assaini. Certes, le souhait du nouveau pontife d’optimiser et de moderniser le gouvernement de l’Eglise est visible, comme en témoigne la création de nombreux groupes et commissions consultatives. Mais on n’a pas encore constaté un remodelage de la curie. Pour l’heure, rares sont les indices qui pourraient révéler les intentions du pape en matière de nominations importantes. Pour autant, il ne faut pas voir en cela une prudence excessive qui pourrait décevoir, mais l’émergence d’un nouveau style de gouvernance de l’Eglise.
Le 17 avril 2013, un peu plus d’un mois après l’élection du pape François, le président du Conseil pontifical pour les textes législatifs affirmait à la télévision italienne que les délais pour une réforme de la curie par le nouveau pontife seraient rapides. Début août, c’était au tour du cardinal Timothy Dolan, archevêque de New York, de commenter par presse interposée l’action du pape, en des termes moins élogieux. «Nous souhaitions quelqu’un qui ait de bonnes capacités de gestion et jusqu’à présent nous n’avons pas vu grand-chose», regrettait-il dans une interview à l’hebdomadaire américain «National Catholic Reporter». Sans doute le prélat américain attendait-il une réforme rapide de la part de ce pape dont les nombreux gestes inédits semblaient annonciateurs d’une révolution. Le pape François, en revanche, a décidé de se laisser le temps de la réflexion. Trois jours après son élection, il demandait d’ailleurs «un certain temps pour la réflexion, la prière et le dialogue avant toute nomination ou confirmation définitive».
Le Club des Huit
Un mois jour pour jour après son élection, le pape avait pourtant débuté très fort, alimentant les espoirs des observateurs du Vatican et des catholiques en général, en créant de toutes pièces une structure inédite, répondant au simple nom de «groupe» de huit cardinaux. Ce groupe est officiellement chargé, d’une part, de «conseiller le souverain pontife dans le gouvernement de l’Eglise» et, d’autre part, d’étudier avec lui un projet de réforme de la curie romaine, en révisant la Constitution apostolique «Pastor Bonus» de Jean Paul II. La première réunion officielle de ce groupe aura lieu du 1er au 3 octobre prochain.
Les mois suivants ont vu la naissance d’autres groupes de travail, tout aussi inattendus. Le 26 juin, le pape François a créé une commission chargée de l’informer sur les activités de l’Institut pour les œuvres de religion (IOR), la très controversée ‘banque du Vatican’, dont il avait remis en question la réelle utilité lors d’une de ses homélies matinales. Selon le Père Federico Lombardi, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, cette décision du pape s’inscrivait dans le débat récent sur l’IOR, notamment abordé lors des congrégations générales précédant le conclave. Les cinq membres de cette commission, qui a pour secrétaire Mgr Peter Bryan Wells, un Américain, assesseur de la Secrétairerie d’Etat du Saint-Siège, sont en rapport étroit avec le pape François et devraient lui remettre un rapport conclusif avant la réunion très attendue des huit cardinaux.
Collaborateurs religieux et laïcs
Une autre commission a vu le jour le 19 juillet. Cette fois, il s’agissait d’enquêter sur l’organisation de la structure économique et administrative du Saint-Siège. La composition de cette commission est un indicateur de la manière dont le souverain pontife entend gouverner l’Eglise, à savoir en s’entourant de collaborateurs venus du monde entier, comme c’était déjà le cas pour le groupe des huit cardinaux, mais qui soient également issus du monde laïc. A l’exception de Mgr Lucio Angel Vallejo Balda, secrétaire de la Préfecture des affaires économiques du Saint-Siège, il s’agit d’experts en matière juridique, économique, financière et organisationnelle, venus pour l’essentiel du continent européen. Une rencontre avec le pape doit avoir lieu au cœur de l’été. Certains mots utilisés par le chirographe du pape instituant cette commission méritent d’être relevés pour mieux saisir comment le pape conçoit la conduite des affaires vaticanes : «consultation spécialisée», «transparence», «prudence». Le Père Federico Lombardi a précisé quant à lui que le champ d’action de cette commission serait «très ample», mais ne se substituerait pas au gouvernement des structures économiques du Saint-Siège.
Satisfaire Moneyval
Le 8 août, enfin, un «Motu proprio» du pape François a institué un Comité de sécurité financière chargé de coordonner les autorités compétentes du Saint-Siège et de l’Etat de la Cité du Vatican en matière de lutte contre le blanchiment d’argent. Parmi les membres de cette nouvelle institution, on retrouve deux hommes auxquels le pape avait déjà confié de nouvelles responsabilités au sein des institutions récemment créées : Mgr Peter Bryan Wells et Mgr Lucio Angelo Vallejo Balda. Parmi les sept membres, on retrouve aussi le Fribourgeois René Brülhart, le très influent directeur de l’Autorité d’information financière, créée en 2010 de la volonté de Benoît XVI et dont les compétences en matière de surveillance des institutions financières du Vatican ont été élargies précisément par le «Motu proprio» du 8 août.
Lors de la présentation de ces nouveaux organismes, un leitmotiv est souvent revenu dans la bouche du Père Lombardi : les efforts menés par le Saint-Siège sont destinés à satisfaire les critères de transparence et de lutte contre le blanchiment d’argent au sein du Vatican exigés par Moneyval, un groupe d’experts du Conseil de l’Europe en charge des questions de blanchiment d’argent. Une priorité pour Benoît XVI, que le pape François semble avoir repris à son compte avec plus de ferveur encore.
Multiplication des conseils
Le pape François a donc multiplié ces derniers mois les commissions et autres groupes chargés d’enquêter, de lui rapporter des informations et de le conseiller. En ce qui concerne la réforme à proprement parler des institutions vaticanes et de la curie romaine en particulier, c’est le statu quo. Depuis son élection, on a noté une seule nomination d’importance, celle du ministre général des franciscains, le Père José Rodriguez Carballo, au poste de secrétaire de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique. Quant à Mgr Guido Pozzo, il a retrouvé son poste de secrétaire de la Commission pontificale «Ecclesia Dei» et a également été nommé consulteur à la Congrégation pour la doctrine de la foi.
Le bilan des nominations est donc plutôt maigre, d’autant que la plus attendue d’entre elles, celle du prochain secrétaire d’Etat, se fait toujours attendre. Encore aujourd’hui, il est difficile d’imaginer le nom du successeur du cardinal Tarcisio Bertone. L’hypothèse d’un non renouvellement de la fonction du secrétaire d’Etat du Saint-Siège, qui pourrait coller avec le projet de réforme de la curie, n’a pas été éludée, alimentée par le souvenir de l’exemple de Pie XII (1939-1958), qui s’était passé d’un ‘numéro deux’ du Saint-Siège, fonction qui lui était familière puisqu’il l’avait lui-même occupée avant son élection comme pontife. Désormais, il est probable que le pape François ne fasse part de ses intentions qu’à l’automne prochain, après la fameuse réunion officielle du groupe des huit cardinaux.
Un nouveau style
Toutes les incertitudes encore en suspens peuvent s’expliquer par le style du pape François et sa manière de travailler. Au fil des mois, il a constitué autour de lui une petite équipe d’hommes de confiance qui l’entourent à la Maison Sainte-Marthe, au centre du Vatican. Il a ainsi déjà innové en choisissant sciemment de déplacer le centre décisionnel du gouvernement de l’Eglise depuis le Palais apostolique, qu’il a déserté dès le début de son pontificat, vers la maison Sainte-Marthe. Tant et si bien que, tandis que la Secrétairerie d’Etat continue son travail de routine, une autre secrétairerie, minuscule mais très active, est au service direct du pape et traite les dossiers qu’il veut résoudre par lui-même, sans interférences.
Le pape François consulte, fait appel à de nombreux experts, mais au final est le seul à décider. C’est l’avis de spécialistes du Vatican, mais aussi et surtout d’un ami de longue date, l’Uruguayen Guzmán Carriquiry Lecour, secrétaire de la Commission pontificale pour l’Amérique latine. «L’art de gouverner du pape François lui vient de la tradition jésuite», confiait-il à l’agence I.MEDIA. «Il écoutera les huit cardinaux, il se laissera conseiller… Mais l’histoire du Père, puis de l’archevêque et du cardinal Bergoglio, et encore plus du pape François, démontre que c’est lui qui prendra les décisions, dans la solitude face à Dieu». (apic/imedia/cp/rz)



