Belgique: Opposition des évêques à l’extension de la loi sur l’euthanasie
Peut-on euthanasier le lien social ?
Bruxelles, 6 mars 2013 (Apic) Les évêques de Belgique s’opposent fermement à l’extension aux mineurs et aux personnes démentes de la loi sur l’euthanasie actuellement débattue au parlement. Lors d’une conférence de presse à Bruxelles, le 6 mars 2013, Mgr André-Joseph Léonard, président de la Conférence épiscopale a estimé que ce projet mène à une impasse et témoigne d’un manque grandissant d’engagement solidaire.
La Conférence épiscopale de Belgique a rédigé un document intitulé «Peut-on euthanasier le lien social ?», dans lequel les évêques expriment leurs craintes et leur opposition. Mgr Léonard a tout d’abord rappelé la loi de 2002 dépénalisant l’euthanasie, en soulignant qu’à l’époque déjà, les évêques avaient exprimé leurs plus vives réserves. «Selon nous, tout acte de liberté, et donc aussi le consentement à l’acte qui conduit à la mort, a une grande implication non seulement pour soi, mais aussi pour les autres».
L’archevêque de Malines-Bruxelles souligne le problème de l’appréciation des critères autorisant l’euthanasie. «Qui peut apprécier le caractère insupportable de la souffrance ? Anticiper une souffrance encore à venir ou ’être fatigué de la vie’ : est-ce suffisant pour justifier l’euthanasie ?» Dans ce sens, les évêques belges ne peuvent que manifester leur opposition à l’extension de la dépénalisation de l’euthanasie.
Appel au législateur
Pour Mgr Léonard l’extension de la loi ne peut conduire qu’à une impasse: «celle d’un manque grandissant d’engagement solidaire». «Pour notre part, nous préférons appeler le législateur à rompre avec une logique qui d’une certaine façon euthanasie le lien social lui-même. Nous l’invitons à considérer comment les grands malades, mineurs ou déments, pourront être mieux encore pris en charge par la Santé publique, notamment dans le cadre des soins palliatifs. Notre refus de l’euthanasie n’est pas le choix de la souffrance, ni de faire souffrir, ni même de laisser souffrir. Les progrès dans les soins palliatifs ont appris à grandement soulager la souffrance. Ils aident à prévenir de possibles demandes d’euthanasie».
L’euthanasie banalisée
Le docteur Catherine Dopchie, oncologue responsable d’une unité de soins palliatifs, estime que les soins palliatifs sont tellement efficients que même les partisans de l’euthanasie disent que le fait de ne pas pouvoir soulager les souffrances est du domaine de l’incompétence médicale. Pour la spécialiste des soins palliatifs, l’euthanasie est désormais banalisée. «Contrairement à l’esprit de la loi, elle n’est plus ni une exception, ni une transgression éthique mais un accompagnement en douceur proposé pour éviter toute souffrance inutile.».
Pour elle, présenter la pratique de l’euthanasie comme un choix libre, ne tient pas compte du terrain. «Dans des situations de fin de vie, où l’activité psycho-spirituelle est intense, des personnes changent complètement d’avis au sujet de leurs désirs. L’euthanasie est une manière technique de prendre en compte la souffrance humaine. Peut-on vraiment considérer qu’il s’agisse d’un progrès?», conclut-elle. (apic/infocatho.be/mp)




