Léon XIV a reçu Philippe Lazzarini, commissaire général de l'Unrwa |  © Vatican Media
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Philippe Lazzarini, commissaire général de l'Unrwa, reçu par Léon XIV

Philippe Lazzarini, commissaire-général de l’Unwra, l’agence de l’Onu pour les réfugiés Palestiniens a été reçu en audience le 12 janvier 2026 par le pape Léon XIV. Le diplomate suisse a évoqué l’urgence de la situation humanitaire à Gaza et l’importance du respect du droit international.

Si l’intensité de la guerre a baissé à Gaza suite à l’accord trouvé fin octobre entre Israël et le Hamas, la situation humanitaire y reste dramatique. Sans compter que le travail de l’Unrwa en Cisjordanie est rendu chaque jour plus difficile par le gouvernement israélien qui fait pression pour expulser l’agence onusienne. 

«En réalité, on a vu au cours des trois derniers mois que le conflit continuait au quotidien, que vous avez toujours des gens qui sont tués et que l’assistance humanitaire, malgré les promesses, n’arrive pas à répondre aux besoins de la population à Gaza», a indiqué, au micro de Radio Vatican, Phillippe Lazzarini après son entretien avec le pape.

Gaza n’est que ruines

A Gaza, les conditions de vie sont absolument miséreuses. La population est concentrée en fait sur moins de 50 % de la bande de Gaza, a expliqué le commissaire de l’ONU. La bande de Gaza est divisée en deux: une partie sous contrôle de l’armée israélienne où il n’y a presque plus personne et la partie encore sous le contrôle du Hamas, où se concentre l’essentiel de la population. Gaza n’est que ruines tout est à reconstruire. Depuis quelques semaines, les conditions hivernales ont ajouté une dose de misère supplémentaire.

Vers une génération perdue

Philippe Lazzarini a souligné que l’Unwra est une agence qui délivre principalement des services publics à la population, c’est à dire l’éducation, primaire et secondaire, mais aussi la santé publique. Actuellement, l’agence subit des pressions politiques énormes pour qu’elle cesse ses activités dans la bande de Gaza. «J’ai attiré l’attention que si cela devait être le cas, en l’absence d’institutions palestiniennes capables de reprendre nos activités, cela créerait un vide et une génération perdue en matière d’éducation», précise le commissaire.

Sauver l’éducation

L’éducation est la seule chose qui n’a jamais été prise aux Palestiniens. Ils ont perdu leurs terres, leurs maisons, mais pas l’éducation. C’est un secteur où chacun était fier d’investir pour ses enfants ou ses petits-enfants. «Aujourd’hui, dans la bande de Gaza, toutes les universités ont été détruites, 80% de nos écoles ont été endommagées ou complètement détruites.» Plus de 600’000 enfants, garçons et filles en âge de scolarité  primaire et secondaire, vivent dans les ruines, la poussière. Ils sont profondément traumatisés par cette guerre, et «si l’on n’arrive pas à les remettre dans un environnement éducatif au plus vite, on prend le risque de perdre une génération. Si l’on perd cette génération, cela signifie que l’on sème également les graines pour plus d’extrémisme à l’avenir.»

6000 employés en Cisjordanie

Pour le commissaire de l’ONU, la Cisjordanie est aussi évidemment une source de préoccupation. « Il y a trois lois actuellement en Israël anti Unrwa, qui visent notre agence: la première interdit toute communication entre les autorités israéliennes et les responsables de l’Unrwa. La deuxième interdit toute présence de l’agence sur le territoire souverain de l’État d’Israël, qui considère Jérusalem-Est occupée comme faisant partie de son territoire souverain. Donc là, effectivement, nous n’avons plus de présence», précise Philippe Lazzarini

Et ensuite, la troisième loi cible également Jérusalem-Est, qui interdit en fait aux autorités de procurer de l’électricité et de l’eau et qui a instruit aussi le gouvernement de saisir le quartier-général et l’école professionnelle de l’Unrwa à Jérusalem-Est.

«Par contre, en Cisjordanie, malgré toutes les violences, malgré l’expansion des colonies et malgré des opérations militaires qui ont eu lieu dans les camps et notamment dans le nord, malgré le fait qu’on a observé le plus grand déplacement palestinien depuis 1967, l’agence continue d’opérer via ses écoles et ses centres de santé. Nous n’avons en Cisjordanie plus que 6000 employés.» 

Respect du droit international

Devant les ambassadeurs accrédités près le Saint-Siège,e pape s’est inquiété de la mise à mal du droit humanitaire international.  «Nous sommes mobilisés, en fait, depuis le début de la guerre ou j’ai rappelé aux États-membres (de l’Onu, ndlr) que même les guerres doivent respecter des règles. Le droit international a été constamment bafoué au cours de ces deux dernières années. (…) Dans le Sud, on a l’impression que les conventions des droits de l’homme ou le droit humanitaire international ont perdu de leur universalité en raison de leur application à géométrie variable», a déploré le diplomate.

Retour à la barbarie

«Ce n’est pas nouveau que le droit international soit bafoué. Ce qui est nouveau, c’est la revendication de le bafouer systématiquement, aussi ouvertement, sans chercher même à le nier. Et c’est exactement ce qui s’est passé dans le contexte de Gaza.» «Aujourd’hui, le droit international est un malade et l’on doit être à son chevet. Mais il ne faut pas le laisser tomber, parce que l’alternative, si nous n’avons plus de règles auxquelles on pourrait se référer, serait la barbarie.  

Pour Philippe Lazzarini enfin le soutien du pape est extrêmement important: «La population palestinienne a l’impression que, d’une certaine manière, la communauté internationale lui a tourné le dos. Et je pense que ce message de compassion et de solidarité du Saint-Père rayonne bien au-delà des populations chrétiennes de la région. Elle rayonne auprès de toutes les minorités car, à chaque fois, ce sont des messages de paix qui sont exprimés.» (cath.ch/vaticannews/mp)

Léon XIV a reçu Philippe Lazzarini, commissaire général de l'Unrwa | © Vatican Media
13 janvier 2026 | 13:57
par Maurice Page
Temps de lecture : env. 4  min.
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