Piste islamique ou brigands, dans un contexte de violence
Philippines: Après le rapt du missionnaire italien
Mindanao – Bulawan, 11 juin 2007 (Apic) La police et l’armée philippines ont lancé de vastes recherches pour tenter de retrouver le prêtre italien kidnappé dimanche 10 juin dans le sud des Philippines.
De vastes recherches sont entreprises aux Philippines sur l’île de Mindanao après l’enlèvement du Père Giancarlo Bossi, 57 ans, missionnaire de l’Institut pontifical des missions étrangères (PIME). Ce dernier a été enlevé dimanche matin 10 juin dans le village côtier de Bulawan, dans la zone de Zamboanga (dans l’ouest de l’île de Mindanao, sud des Philippines). «Il se rendait à l’église du village de Bulawan pour y célébrer la messe» rapporte à l’agence catholique MISNA un confrère de père Bossi.
Le prêtre italien, originaire de la province de Milan, officiait depuis plus de 30 ans dans cette région conflictuelle, sans avoir connu de problèmes particuliers et depuis deux mois il menait son activité pastorale dans la paroisse de Payao.
Il ne semble pas qu’il y ait un motif de caractère politique ou religieux, a précisé le missionnaire contacté sur place. mais il faudra attendre deux ou trois jours avant que quelqu’un se manifeste, a-t-il ajouté. «Les ravisseurs cherchent probablement à obtenir une rançon», a-t-il encore dit. Sollicités par l’Administrateur apostolique de la Prélature d’Ipil (dans l’ouest de Mindanao. Les missionnaires du PIME ont été récemment appelés à prêter service dans cette zone, tristement connue pour des rapts de personnes commis par le Front de libération islamique et Moro (Milf), le groupe musulman séparatiste le plus important du sud des Philippines. Bien qu’il ait signé un cessez-le-feu avec Manille en 2003, les pourparlers de paix sont pour l’instant dans l’impasse.
Plus d’enlèvements d’Occidentaux depuis 6 ans
Des sources de presse contactées aux Philippines soulignent que ces six dernières années aucun Occidental n’a été enlevé dans le sud du pays. En 2001, déjà, un autre prêtre italien avait été kidnappé par un groupe dissident du Milf, puis relâché six mois après. En mai 2001, un missionnaire évangélique américain Martin Burnham, son épouse Gracia et une infirmière philippine Ediborah Yap avaient été kidnappés avec d’autres personnes; en juin 2002, le missionnaire et l’infirmière avaient été tués et la troisième personne enlevée blessée lors d’une opération militaire controversée menée par des militaires philippins et américains.
Cet épisode avait représenté une des premières tragiques conséquences de la «guerre au terrorisme» suite à l’attaque contre les Tours Jumelles de New York du 11 septembre 2001. Mais aujourd’hui, s’interroge l’agence missionnaire Misna, comment expliquer l’enlèvement du missionnaire italien, surnommé «le bon géant» pour son caractère et son engagement infatigable au service des pauvres? «Nous tendons à exclure toute motivation politique ou religieuse. Il s’agit certainement de pirates qui doivent récupérer les dépenses faites récemment lors des élections. Dans ce coin du pays, l’homme blanc ou le Chinois sont synonymes d’argent» précise à l’agence MISNA une autre source locale sous couvert d’anonymat.
La référence aux pirates n’est pas un hasard: des témoins oculaires ont rapporté que père Bossi a été emmené de force par un groupe d’hommes sur un bateau, un «pump-boat», à savoir une petite embarcation fréquemment employée dans la zone, fonctionnant avec un moteur du type de ceux utilisés pour pomper l’eau des puits. Il s’agit d’un détail utile pour identifier les responsables. Des sources de presse locales précisent qu’une véritable chasse à l’homme est en cours dans la zone du rapt, également par voie maritime. La paroisse où oeuvrait père Bossi, Payao, compte environ 27’000 habitants; il s’agit d’une des 16 municipalités de Zamboanga-Sibugay. Bulayan, où le missionnaire se rendait sur sa motocyclette dimanche matin, est un des 29 «barangay» (villages) du territoire de Payao. D’après le responsable provincial de la police, Francisco Cristobal Jr, pour le moment rien ne permet d’établir un lien entre Abdusalam Akiddin, un chef ou ex-chef du Milf ayant déjà agi dans la péninsule de Zamboanga, et le groupe d’hommes (une dizaine armés semble-t-il) ayant emmené de force père Bossi.
Sécessionnistes, brigands, Al-Quaïda?
Les ravisseurs pourraient avoir fui vers plusieurs localités côtières de la province, ou vers des îles et des provinces plus méridionales (Sulu, Basilan et Tawi-tawi). Mais le porte-parole du Milf a démenti toute implication des rebelles Moro dans l’enlèvement, assurant la totale collaboration du Front aux enquêtes en cours. Malgré les pistes fournies par des sources locales connaissant bien la situation, certains observateurs voient derrière ce rapt la responsabilité d’Al-Qaida dans une perspective d’affrontement interreligieux. «Ici, nous sommes au bout du monde et rares sont ceux qui s’intéressent vraiment à nous, à moins qu’un épisode plus ou moins malheureux se vérifie» conclut une source locale (apic/misna/vb)



