Sentiment anti-américain croissant et Estrada montré du doigt

Philippines: Colère des Eglises après le vote du Sénat de l’accord militaire avec les EU

Manille, 1er juin 1999 (APIC) La ratification de l’accord militaire avec les Etats-Unis provoque la colère des responsables d’Eglise philippins. L’accord a été approuvé le 27 mai, par 18 voix contre 5 «non». Les responsables protestants et catholiques expriment aujourd’hui leur tristesse et leur déception après la ratification par le Sénat philippin de cet accord, qui autorise les militaires américains à effectuer des exercices de guerre dans le pays. Ils avertissent: la lutte qu’ils mènent contre la coopération militaire avec les Etats-Unis n’est pas finie.

Les termes de protestations sont particulièrement vifs à l’encontre du Sénat. Parmi les plus indignés par cet accord figure le cardinal Jaime Sin, qui n’hésite pas à monter aux barricades. Les opposants, membres des Eglises et des organisations pacifiques annoncent d’ores et déjà qu’ils feront recours auprès de la Haute Cour du pays. Les sentiments anti-américains prennent une proportion encore jamais atteinte à ce jour en Asie, font remarquer les manifestants.

Le 27 mai, le Sénat a approuvé par 18 voix contre 5 l’Accord approuvant la présence du personnel civil et militaire des Etats-Unis aux Philippines (VFA), qui avait été signé par les représentants des deux pays l’an dernier. Les sénateurs qui ont voté en faveur du VFA ont évoqué les changements survenus dans la situation géopolitique de l’Asie et du Pacifique, et notamment «l’agressivité» de la Chine dans la région. Pourtant, les autorités militaires américaines ont souligné que le VFA ne garantissait pas l’intervention des Etats-Unis en cas d’attaque contre les Philippines.

«Ont-ils été payés pour voter de cette façon?» s’étonne Ellen Briones, de l’Eglise unie du Christ des Philippines (UCCP). «Si des gens ordinaires peuvent voir ce qui ne va pas, pourquoi les sénateurs ne le peuvent-ils pas? Qui représentent-ils? «Nous les Philippins, sommes-nous si faibles? s’interroge-t-elle. Manquons-nous à ce point de force que nous devons dépendre des relations militaires avec les Etats-Unis, en dépit de leurs effets sur l’environnement, sur des femmes et des enfants et sur l’intégrité de nos lois? Dans quelle sorte de partenariat sommes-nous engagés?»

La lettre du cardinal Sin

Dans une lettre publique très critique publiée le 30 mai, l’archevêque catholique de Manille, le cardinal Jaime Sin, a repris les objections des catholiques – concernant notamment les termes vagues du traité. «Nous avons un VFA; mais les sénateurs n’ont pas réussi à nous convaincre de sa valeur. C’est la simple – mais terrible – vérité.»

Le cardinal Sin proteste non seulement contre le nouvel accord mais contre le Traité existant de défense réciproque. Aucun des deux ne donne aux Philippines «l’assurance que les Etats-Unis nous aideront en cas d’agression contre notre pays», fait remarquer le cardinal, pour qui le nouveau traité a été ratifié «avec une béate satisfaction et l’illusion de la sécurité nationale, même s’il n’y a encore aucune explication sur le type d’activités militaires que nous accepterons dans le pays».

Par ailleurs, insiste-t-il, il n’y a aucun accord clair concernant l’entrée d’armes nucléaires, qui sont interdites selon la constitution philippine, la remise en état de l’environnement après les exercices militaires, et les peines infligées aux soldats étrangers reconnus coupables de crimes.

A la suite de la ratification, des militants d’Eglises ont décidé de contester devant la Cour suprême le caractère constitutionnel du VFA. Raymundo Gelloagan, président d’un groupe de défense des droits des membres d’Eglises, a déclaré que la plus haute Cour du pays devrait considérer l’effet de l’imposition d’un «accord unilatéral» sur le peuple philippin.

Les responsables de l’Eglise unie du Christ reprochent au ministre de la Défense, Orlando Mercado, membre de l’Eglise, de n’avoir pas tenu compte de leurs objections au traité. Le ministre a approuvé le VFA, en soulignant qu’il allait renforcer l’alliance avec les Etats-Unis, en particulier en un temps où «il est difficile pour le pays de faire cavalier seul» en raison de ses problèmes financiers.

Les pression du président Estrada

Nombreux sont ceux qui, au sein de l’Eglise, pensent que les sénateurs ont été poussés par le président Joseph Estrada à approuver l’accord, et qu’il exercera aussi des pressions sur la Cour suprême.

Pour l’expert en relations internationales George Aseniero, la religion ne peut pas faire le poids contre les desseins militaires américains. En dépit du ressentiment contre les Etats-Unis, considérés comme des «infidèles» dans les pays musulmans du Moyen-Orient, l’Arabie saoudite a autorisé les forces américaines à lancer à partir de son territoire les attaques contre l’Irak durant la guerre du Golfe en 1991, a-t-il rappelé. Sans parler de l’action de l’OTAN menée par les Etats-Unis en première ligne. (apic/eni/pr)

1 juin 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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