Philippines: Des Eglises dénoncent «la culture de l’impunité»
833 exécutions depuis l’arrivée au pouvoir de la présidente Arroyo
Manille, 13 mars 2007 (Apic) Le Conseil national des Eglises des Philippines (NCCP) invite ses homologues américaines à se pencher sur la «culture de l’impunité» aux Philippines. En cause, le gouvernement et l’armée, accusés de laisser perpétrer des exécutions sommaires.
Le Conseil national des Eglises des Philippines (NCCP) appelle les Eglises du monde entier à le soutenir lors d’une conférence oecuménique, organisée par lui-même et par le Church World Service, qui a lieu à Washington 12 au 14 mars. A cette occasion, l’organisation cherchera une «riposte oecuménique internationale» aux exécutions sommaires et à ce qu’il appelle «une épouvantable culture de l’impunité» qui règne dans son pays.
La conférence oecuménique vise à «inciter les confessions du monde entier à lancer un appel aux gouvernements afin de dénoncer publiquement l’échec du gouvernement philippin à protéger les droits de la personne et la dignité de ses citoyens». C’est ce qu’ont fait savoir les organisateurs, dans un message envoyé au correspondant à Manille de l’agence oecuménique ENI.
L’autre objectif de la conférence est de «demander aux Eglises et aux organisations oecuméniques et religieuses de prendre des mesures actives et de solidarité en faveur de la paix et de la justice aux Philippines».
Pasteurs, prêtres et même un évêque assassinés
Un «Rapport oecuménique su les droits de la personne aux Philippines» fait état d’assassinats non élucidés de pasteurs, de prêtres et d’autres collaborateurs d’Eglise, notamment celui, le 3 octobre 2006, de Mgr Alberto Ramento. Cet évêque de la ville de Tarlac, président du Conseil d’administration du Workers’ Assistance Center (WAC, Centre d’assistance aux travailleurs) et militant pour les droits des travailleurs, a été poignardé et tué dans son église. Depuis 1998, cet «évêque des pauvres» comme on l’appelait chez lui, soutenait activement les travailleurs de la province de Cavite dans leur lutte pour la protection et la défense de leurs droits. Il exprimait avec détermination son opposition au gouvernement de la présidente Gloria Macapagal-Arroyo et dénonçait fermement les multiples exécutions sommaires de militants.
Les collaborateurs d’Eglise assassinés font partie des 833 personnes tuées depuis l’arrivée au pouvoir en 2001 de la présidente Gloria Macapagal-Arroyo, affirment les organisateurs de la conférence, citant des chiffres de l’organisation de défense des droits de la personne Karapatan.
Le rapporteur spécial de la Commission des droits de l’homme des Nations Unies, Philip Alston avait récemment déclaré: «Un nombre important de meurtres ont été attribués avec certitude aux militaires». Le chef des forces armées, le général Hermogenes Esperon, a soutenu que les assassinats de militants étaient dus à des «purges internes» au sein d’organisations de gauche.
La conférence est organisée conjointement par le NCCP et le Groupe de travail «Philippines», organisme d’inspiration religieuse américain fondé sous les auspices de l’organisation d’entraide Church World Service. Pendant la conférence, des responsables protestants, catholiques romains et musulmans vont plaider en faveur d’»une supervision officielle et indépendante de l’aide militaire étrangère aux Philippines, afin de garantir qu’elle ne serve pas à perpétrer des exécutions sommaires, ont fait savoir les organisateurs. (apic/eni/ag/vb)



