L’Eglise dénonce la répression des manifestations
Philippines: Des Eglises et des associations craignent le retour de la loi martiale
Manille, 20 octobre 2005 (Apic) Des associations religieuses et groupes de défense des droits de la personne aux Philippines craignent l’instauration d’une «loi martiale larvée» dans leur pays. Ils dénoncent l’usage par la police de canons à eau pour réprimer une procession en tête de laquelle marchaient un ancien vice-président et trois évêques catholiques.
Les manifestants demandaient au gouvernement de répondre aux allégations selon lesquelles la présidente Gloria Macapagal-Arroyo aurait aidé à truquer les élections nationales en 2004. «Ce que la police a fait en utilisant des canons à eau rappelle la loi martiale», affirme Mgr Oscar Cruz, archevêque de Lingayen-Dagupan.
Le prélat faisait référence à la période du dictateur Ferdinand Marcos, qui avait supprimé le droit de se rassembler pacifiquement et d’exprimer des doléances lorsqu’il a dirigé cette nation de l’Asie du Sud- Est de 1972 jusqu’à sa chute en février 1986.
La nouvelle politique gouvernementale de «réponse préemptive calibrée»
Invoquant une nouvelle politique que le gouvernement appelle «une réponse préemptive calibrée», la police a fait usage de canons à eau alors que les manifestants se dirigeaient le 14 octobre vers le palais présidentiel. Parmi les manifestants se trouvaient l’ancien vice-président Teofisto Guingona, âgé de 77 ans, et les évêques catholiques Deogracias Iniguez, 64 ans, Antonio Tobias, 64 ans, et Julio Xavier Labayen, 79 ans.
Le Frère Mike Velare, leader du groupe charismatique catholique «El Shaddai», qui est également un conseiller de la présidente Arroyo, a dénoncé l’usage de canons à eau. «Réprimer des rassemblements de prières conduits par des responsables religieux est une atteinte manifeste à la religion et aux croyants», a-t-il dit aux journalistes cette semaine.
Une offense notoire aux catholiques
Un groupe de juristes militant en faveur de la défense des libertés a déclaré que la police pourrait être jugée responsable pénalement pour avoir stoppé un acte religieux. «Lancer les canons sur une procession religieuse, avec la statue de la vierge Marie, est une offense notoire aux catholiques, un acte qu’aucun président philippin, à l’exception de Gloria Arroyo, n’a jamais commis», a lancé le président de ce mouvement, Neri Xavier Colmenares.
Pour les responsables religieux et les associations de défense des droits de la personne, la «réponse préemptive calibrée» est le signe d’une «loi martiale larvée», accusation réfutée par le gouvernement. «Cette politique ne signifie pas que le gouvernement est prêt à exercer la loi martiale», a déclaré le porte-parole de la présidence, Ignacio Bunye.
«La population peut recourir aux moyens constitutionnels pour manifester, mais le gouvernement a l’option d’appliquer toutes les lois qui protégeront le commerce, la mobilité, les emplois, les moyens d’existence et la paix d’esprit de la communauté», a-t-il lancé. Selon le porte-parole du gouvernement, la procession était en fait «un rassemblement politique déguisé» et l’usage des canons à eau pour disperser les manifestants était justifié. (apic/eni/be)



