Tensions islamo-chrétiennes croissantes

Philippines: Jean Paul II lance un appel à la cessation des violences à Mindanao

Rome/Manille, 29 mars 2000 (APIC) Le pape Jean Paul II a lancé mercredi un appel à la cessation des violences sur l’île de Mindanao, aux Philippines, où les relations entre la population majoritairement chrétienne et la minorité musulmane se sont gravement détériorées ces derniers mois.

Jean Paul II a lancé un appel pour «les chères populations» des Philippines, le 29 mars 2000, à l’issue de l’audience générale du mercredi place Saint-Pierre. Déplorant les tensions

qui se sont intensifiées sur l’île de Mindanao en causant des affrontements violents, le pape a exprimé le souhait que les responsables politiques et militaires de cette région «fassent tout leur possible pour mettre fin à la violence, en recherchant des solutions pacifiques aux problèmes qui existent».

Si 85 % de la population des Philippines est catholique, on compte plusieurs millions de musulmans à Mindanao, et des groupes rebelles importants luttent pour obtenir l’indépendance de l’île. L’agence d’information vaticane «FIDES» signale le même jour que «les rapports entre le gouvernement et la population musulmane ont empiré». Les factions de guérillas islamiques «recrutent une main d’œuvre criminelle pour en faire des moudjahidines», assure «FIDES» et «les fondamentalistes islamistes continuent à menacer la communauté catholique».

Les preneurs d’otages musulmans ne veulent traiter qu’avec le Vatican

Les preneurs d’otages musulmans – qui retiennent prisonniers depuis 8 jours 33 étudiants et professeurs de l’école catholique de Tumahugong, dont le directeur, le Père Rhoel Gallardo, missionnaire clarétin – ne veulent traiter qu’avec le Vatican, affirme le Père Carlos Rivas. Supérieur provincial des missionnaires clarétins des Philippines, le Père Rivas négocie actuellement avec les ravisseurs membres du groupe islamiste «Al Harukatul» dirigé par le commandant Abu Sayyaf, un rebelle musulman qui lutte pour l’indépendance de Mindanao, au Sud de l’archipel des Philippines. Le séquestre a eu lieu le 20 mars dernier à Tumahugong, localité de l’île de Basilan, tout près de la péninsule de Zamboanga, à Mindanao.

Mindanao sous haute tension, l’évêque dans le collimateur des rebelles

Actuellement, rapporte FIDES, il est devenu impossible de se déplacer dans la région en conflit sans escorte armée, tant le jour que la nuit. Dans le collimateur des rebelles: l’évêque catholique du lieu et les étrangers, car au palmarès des enlèvements, «ils valent plus» que les gens du lieu, selon le Père Rivas. Pour tenter de résoudre pacifiquement cette prise d’otages qui dure déjà depuis plus d’une semaine, le gouvernement philippin a mis sur pied une «cellule de crise» dirigée par l’ex-gouverneur de l’île de Basilan Gerry Salapuddin.

A Zamboanga, le général Narciso Abaya a annoncé avoir suspendu momentanément les opérations militaires pour faciliter les négociations et la libération des otages détenus par le groupe d’Abu Sayyaf. Sur l’île de Mindanao, la situation reste critique, affirme «FIDES». Les rapports entre le gouvernement et la population musulmane se sont dégradés, la faction islamiste des rebelles ayant repris le combat malgré l’accord signé par les autorités avec le Front National de Libération Moro (FNLM) en 1996.

Les chrétiens «invités» à se convertir à l’islam

Les fondamentalistes musulmans poursuivent leurs menaces contre les chrétiens. Ainsi, dans la ville de Jolo, ils ont récemment placardé une lettre les «invitant» à se convertir à l’islam. Des menaces que l’Eglise locale prend au sérieux, en rappelant l’assassinat le 4 février 1997, du vicaire apostolique de Jolo, Mgr Benjamin De Jesus, dont les assassins courent toujours. En septembre 1998, un autre missionnaire a été enlevé durant plus de deux mois, le Père Luciano Benedetti, pris en otage avec 11 autres personnes à Dipolog, sur l’île de Mindanao. (apic/fides/imed/be)

29 mars 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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