Philippines: La grâce accordée par la présidente à Estrada est grotesque, selon des Eglises

«Une parodie de justice»

Manille, 31 octobre 2007 (Apic) Les responsables d’Eglise des Philippines ont dénoncé la présidente Gloria Macapagal-Arroyo lorsqu’elle a invoqué la réconciliation et le pardon en accordant la grâce à Joseph Estrada. L’ancien président devait purger une peine de prison à vie pour corruption.

Après six ans de procès, le médiateur de l’Etat philippin avait reconnu Joseph Estrada coupable d’avoir détourné des fonds provenant des taxes sur le tabac et d’avoir reçu des millions de dollars de pots-de-vin pour des jeux d’argent illégaux. La Cour avait condamné l’ancien président à une peine de prison à vie. Cependant, le 26 octobre, Gloria Macapagal-Arroyo a accordé la grâce présidentielle à Joseph Estrada, citant entre autres raisons l’esprit de réconciliation et de pardon.

«La présidente Arroyo a présenté une parodie de justice en rendant caduques les plus de six années de procès d’Estrada», a déclaré le 29 octobre au correspondant de l’agence oecuménique ENI le pasteur Simplicio Dang-awan Jr, de l’Eglise unie du Christ aux Philippines. «Cette grâce laisse penser qu’on peut piller l’Etat sans problème si on est puissant.»

Six ans de travail judiciaire gâchés

«Ce que la présidente Arroyo a fait n’a aucun sens ni aucun fondement», a déclaré pour sa part à ENI Mgr Carlito Cenzon, évêque catholique de Baguio. «Estrada dit qu’il n’est pas coupable. Alors pourquoi devrait-il être gracié?» Mgr Antonio Tobias, évêque catholique de Novaliches, a également déploré que les six années de travail et de dépenses passées à tenter de condamner Joseph Estrada, «aient été gâchées par Gloria Arroyo». Il a même appelé de ses voeux la démission de la présidente, déclarant que par ses actes, «Gloria Arroyo nous dit qu’elle est au-dessus des lois et qu’elle peut satisfaire son opportunisme politique comme bon lui semble.»

Mgr Angel Lagdameo, président de la Conférence épiscopale, a publié le 26 octobre un communiqué exhortant la présidente Arroyo à «prendre du recul» et à «éviter le favoritisme». L’archevêque a par ailleurs souligné que de nombreux prisonniers étaient en train de croupir en prison, «parce qu’ils n’ont aucun contact avec le gouvernement, le système judiciaire ou les médias.»

Renversé par une révolution populaire en 2001, accusé d’avoir volé plusieurs millions de dollars de fonds publics et d’avoir reçu des sommes du même ordre grâce aux jeux d’argent illégaux, Joseph Estrada, ancienne star du cinéma, a toujours de nombreux partisans et beaucoup de membres de l’opposition politique se rallient autour de lui. Autrefois critique de Gloria Macapagal-Arroyo, Joseph Estrada est aujourd’hui considéré comme son allié, prenant sa défense contre les appels demandant la démission de la présidente.

La présidente Arroyo est confrontée à son tour à des accusations de vol, corruption et participation à un contrat illégal d’Internet à haut débit, rappelle ENI. Selon certains observateurs, elle a créé un précédent pour obtenir la grâce présidentielle en cas de condamnation après la fin de son mandat, en 2010. (apic/eni/bb)

31 octobre 2007 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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