Les camps de réfugiés grossissent, s’inquiète un évêque

Philippines: Le procès contre le président Estrada fait oublier le conflit à Mindanao

Manille, 19 décembre 2000 (APIC) Les regards philippins tournéés sur la problème politique soulevé par le procès de destitution du Président Estrada, ont pour conséquence de faire oublier politiquement le problème de Mindanao. Le procès monopolise toute l’attention des moyens d’information et de la population. Au détriment du conflit en cours dans l’île la plus grande de l’archipel, disparu des journaux, alors même si la violence et l’intensité du conflit ne s’apaisent pas, s’inquiète Mgr Romulo Valles, évêque de Kidapawan, un diocèse situé en plein coeur du conflit.

Dans un rapport envoyé à la Conférence épiscopale, l’évêque souligne l’augmentation continue du nombre de familles de réfugiés qui fuient le conflit. Dans un document intitulé >, Mgr Valles écrit: contre le MILF à Mindanao. Le diocèse de Kidapawan a enregistré en quelques semaines plus de 11’000 famille évacuées. Au mois d’août, alors qu’une trêve semblait proche, 2’000 familles sont rentrées chez elles. Les violences et les massacres dans les mois suivants ont contraint les familles à se rendre de nouveau dans les camps de réfugiés, considérés comme plus sûrs.

L’escalade d’un conflit qui dure depuis trente ans

Durant la seconde partie de cette année 2000, on a enregistré une escalade de la violence dans l’île de Mindanao. Mais le conflit en cours a des racines anciennes: il remonte aux difficultés entre chrétiens et musulmans durant les siècles de la domination espagnole sur les Philippines (1565-1898), difficultés qui ne se sont pas apaisées sous la domination américaine (1898-1946), ni même avec l’instauration d’un gouvernement républicain. Au début des années 1970, la minorité musulmane dans l’île de Mindanao a relancé la lutte pour le >, Etat islamique indépendant de la République des Philippines Le dictateur Ferdinand Marcos a répondu par la force, et envoyé l’armée pour combattre les rebelles.

Après l’Accord de Tripoli, le 23 décembre 1976, qui prévoyait la concession d’une autonomie partielle, la lutte armée a repris en 1978. Mais, au sein du Front musulman, des divisions sont apparues: le > (MILF), l’aile plus radicale qui veut la sécession, s’est détachées de la première organisation, le > (MNLF) qui demandait une autonomie plus grande.

Après des années de luttes, le gouvernement de Mme Corazon Aquino accordait, en 1998, l’autonomie administrative; mais seules à 4 Provinces sur 13 y adhéreront: Maguindanao, Lanao del Sur, les archipels limitrophes de Sulu et de Tawi-Tawi. Au mois de septembre 1996, le MNLF parvenait à un Accord avec le gouvernement central de Fidel Ramos sur l’institution de la > incluant les 4 Provinces déjà autonomes. Une grande partie des rebelles seront alors intégrés dans l’armée nationale et dans la police, et Nur Misuari, dirigeant du MNLF deviendra même gouverneur de la Région autonome.

Le MILF, qui compte 15’000 hommes a cependant refusé l’Accord et de déposer les armes. C’est alors le début d’une nouvelle campagne de recrutement des >, sont formés dans des camps d’entraînement pour mener des actions de guérilla, et des attaques terroristes dont les civils font les frais.

Au mois de juillet 2000, le président Estrada relance la politique de > contre le MILF, et déclenche une campagne militaire massive; le premier résultat est une vague de réfugiés qui quittent les régions touchées par les combats, et leur nombre s’élève à 300’000.

L’île de Mindanao a 14’500’000 habitants environ. Les musulmans représentent un quart de la population. Dans la

19 décembre 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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