Philippines: Les Eglises réclament l’abolition de la peine de mort

Vives critiques contre la présidente Arroyo «sans scrupule»

Manille, 15 juillet 2002 (APIC) Les Eglises des Philippines ainsi que plusieurs associations de défense des droits de l’homme ont demandé l’abolition de la peine de mort dans le pays. Elles soulignant que la peine capitale n’est qu’une «astuce» immorale, motivée par des raisons politiques. Elles s’en prennent en termes vifs à la présidente Arroyo.

«En préférant des solutions rapides et superficielles à la tache difficile mais importante qui consiste à renforcer les organismes d’application de la loi, la présidente [Gloria] Arroyo se révèle une fois de plus une politicienne accomplie qui n’a pas le moindre scrupule à sacrifier l’intégrité morale sur l’autel du pragmatisme», a déclaré la Coalition contre la peine de mort, lors d’une conférence de presse tenue le 11 juillet à Manille.

Cette déclaration intervient deux jours après la campagne lancée par la présidente Arroyo contre ceux qui pratiquent les enlèvements pour obtenir des rançons, et dont les agissements ont éloigné les investisseurs étrangers. A la tête de cette campagne se trouve Rodrigo Duterte, le maire très controversé de Davao City, dans l’île de Mindanao, au sud.

En octobre dernier, la présidente Arroyo a levé un moratoire sur les exécutions. Cette initiative semble s’inscrire dans le cadre de sa campagne contre les kidnappeurs. La première exécution prévue depuis la levée de ce moratoire est prévue le 16 octobre.

Tout en se félicitant de la décision du gouvernement de lutter contre la criminalité en hausse, la Coalition déplore «le penchant de celui-ci pour les astuces et les solutions superficielles». «C’est juste un de ses trucs publicitaires bon marché», déclare le jésuite Silvano Borres, coordinateur de la Coalition.

Roberto Reyes, prêtre catholique, voudrait que le gouvernement se penche sur la relation existant entre criminalité et pauvreté au lieu de se concentrer sur la lutte contre les enlèvements. A ses yeux, c’est pour se faire bien voir des familles riches, d’origine chinoise, qui sont souvent la cible des enlèvements, que la présidente a lancé cette campagne.

Pour Rodolfo Diamante, secrétaire exécutif de la Commission épiscopale de la pastorale dans les prisons, si les politiciens sont en faveur de la peine de mort, ce n’est parce qu’ils croient que cette mesure est juste mais parce qu’elle est populaire. «Nos leaders et nos législateurs ne se sont pas vraiment attaqués aux racines et aux causes immédiates de la criminalité. C’est là que réside leur inefficacité, une incapacité qui doit être camouflée. Or la peine de mort est un bon camouflage».

Rodolfo Diamante a cité des rapports montrant que la peine capitale n’est pas un moyen de dissuasion contre le crime et que la plupart des condamnés exécutés étaient pauvres.

La pauvreté mène plus vite à la mort

Ainsi une étude de 1998 mentionnée par la Conférence épiscopale révèle que sur les 425 condamnés du pays attendant leur exécution, seuls 27 avaient été au collège et plus de la moitié gagnaient moins que le salaire minimum. Actuellement, 1’007 prisonniers ont été déclarés coupables de crimes «atroces». La Cour suprême a confirmé la sentence de 28 d’entre eux.

Parmi les autres membres de la Coalition figurent l’Association des supérieurs religieux des Philippines, Amnesty International-Philippines, le Groupe indépendant d’assistance juridique, entre autres.

Le Congrès philippin est actuellement en train de débattre d’un projet de loi qui devrait abolir la peine de mort, ce que 104 autres pays ont déjà fait. (apic/eni/pr)

15 juillet 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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