Philippines: Mgr Tauran encourage le dialogue interreligieux

«Les religions ne doivent pas entrer en compétition»

Manille, 6 juin 2001 (APIC) Le rôle de la religion est de promouvoir le respect et la compréhension dans la société. Elle ne doit pas servir à justifier la haine et la violence, a déclaré le 4 juin à Manille (Philippines) Mgr Jean-Louis Tauran, secrétaire du Vatican pour les Rapports avec les Etats, à l’occasion d’une rencontre avec des dirigeants religieux.

Mgr Tauran est arrivé aux Philippines le 1er juin à l’occasion des cérémonies du 50e anniversaire des relations diplomatiques entre les Philippines et le Saint-Siège.

Jean Paul II a déployé de très grandes énergies et beaucoup de temps, durant ces 23 dernières années, pour abattre les murs qui ont séparé les gens de différentes religions, a rappelé Mgr Tauran. Le pape a agi de la sorte «dans son désir ardent de restaurer l’unité au sein de la chrétienté et d’établir des rapports étroits avec les fidèles non-chrétiens».

Tout en développant l’harmonie entre les peuples, la religion joue aussi un rôle important dans la promotion de la justice, a commenté le «ministre des Affaires étrangères» du Saint-Siège. Et d’insister: «Ces deux éléments, l’harmonie entre les peuples et la justice au sein de la société, clairement définis par le pape, sont les principes qui guident nos rapports avec toutes les religions… Il serait erroné de considérer le fidèle d’autres religions comme quelqu’un à convertir. Il est plutôt une personne qu’il faut comprendre, en laissant à Dieu le rôle d’éclairer la conscience. Les religions ne doivent pas entrer en compétition les unes avec les autres, mais doivent être plutôt comme des frères et soeurs qui marchent la main dans la main pour construire des canaux de fraternité, en bâtissant un monde beau dans lequel il soit possible de vivre et de travailler».

«Guerre totale» contre Abu Sayyaf

Lors de sa rencontre avec les dirigeants religieux, Mgr Tauran a aussi évoqué le conflit en cours dans le Sud des Philippines entre le gouvernement et les groupes sécessionnistes islamiques. Des observateurs considèrent que le conflit repose sur des motifs religieux. Pour l’Eglise locale, en revanche, les raisons principales sont économiques et sociales. Le 27 mai, les rebelles du groupe «Abu Sayyaf» ont renoué avec la politique des enlèvements. Ils détiennent actuellement 20 otages (3 touristes américains et 17 Philippins). Le gouvernement de Gloria Arroyo, qui a exprimé sa disponibilité à traiter avec le «Moro Islamic Liberation Front» (MILF), a en revanche opté pour la fermeté avec les terroristes de «Abu Sayyaf».

Lors d’une rencontre qui s’est conclue en Malaisie le 29 mars, le gouvernement et le MILF se sont mis d’accord pour un cessez-le-feu et ont établi un calendrier pour des négociations de paix. Le gouvernement est disposé à accorder plus d’autonomie, mais pas l’indépendance, en étudiant une application modérée de la loi islamique (charia) qui soit compatible avec la Constitution.

Face à cette disponibilité à l’égard du MILF, le gouvernement manifeste une intransigeance plus grande envers le groupe «Abu Sayyaf» qui fait la loi dans les îles de Sulu, de Basilan et de Tawi-Tawi, au sud de Mindanao. D’après la présidente Gloria Arroyo, «Abu Sayyaf» ne combat pas au nom d’une idéologie, et c’est pourquoi le gouvernement lui a déclaré une «guerre totale», en déployant plus de 3’000 soldats de l’armée régulière, contre une centaine de rebelles. Les affrontements qui ont eu lieu ces jours derniers ont fait 15 morts et 51 blessés.

Engrenage

Gloria Arroyo a menacé de décréter la loi martiale dans l’île de Basilan si le groupe ne déposait pas les armes et ne libérait pas les otages. Abu Sabaya, le porte-parole des rebelles, a déclaré ce mercredi que les otages étaient en bonne santé. «Abu Sayyaf» ne se rendra pas, a-t-il annoncé, mais il est prêt à traiter avec le gouvernement, à condition que l’armée se retire. (apic/cip/fs/pr)

6 juin 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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