Elle risque d’aggraver la situation entre chrétiens et musulmans
Philippines: Mise en garde de responsables d’Eglise contre la présence militaire américaine
Manille 11 avril 2002 (APIC) Des responsables d’Eglise ont condamné le projet de renforcement de la présence militaire américaine aux Philippines. Un contingent d’environ 1’700 soldats sera présent dans le pays à la fin avril pour des «man?uvres d’entraînement» avec 2’900 soldats philippins. «Cette présence peut provoquer l’aggravation des tensions entre musulmans et chrétiens et l’érosion de la souveraineté philippine», préviennent les Eglises.
Par ailleurs, selon les médias, les Etats-Unis pourraient envoyer un contingent supplémentaire de 300 soldats aux Philippines qui viendraient rejoindre les 600 militaires américains déjà présents pour aider l’armée philippine à combattre les rebelles musulmans dans le sud du pays.
Les Etats-Unis ont accusé le groupe de fondamentalistes musulmans «Abu Sayyaf» d’avoir des liens avec le réseau terroriste «al-Qaida», considéré comme responsable par les Etats-Unis des attentats du 11 septembre.
Pour les responsables d’Eglise philippins, «l’escalade de la guerre engagée par les Etats-Unis contre le terrorisme peut entraîner l’aggravation des tensions entre musulmans et chrétiens, et l’érosion de la souveraineté philippine». Ces responsables réclament des mesures politiques et non une action militaire pour combattre le groupe «Abu Sayyaf». «Il est faux de dire que les soldats américains sont ici pour aider le peuple philippin», dénonce le Conseil des évêques de l’Eglise unie du Christ des Philippines dans une lettre publiée ce week-end. «Le gouvernement des Etats-Unis a bien précisé ses intentions: poursuivre et punir ceux qui sont perçus comme les ennemis de l’Amérique», souligne le Conseil.
Ces derniers mois, un certain nombre de groupes religieux et d’organisations non gouvernementales ont lancé des campagnes pour protester contre la présence des troupes américaines dans le pays.
La militarisation a atteint des niveaux sans précédents sur l’île de Basilan où se situe le groupe de fondamentalistes «Abu Sayyaf», fait observer Roland Simbulan, professeur à l’Université de Manille qui faisait partie de la mission internationale de paix dépêchée récemment sur l’île. Il précise que plus de 5’000 soldats de l’armée philippine et des forces spéciales américaines ratissaient l’île à la recherche des membres du groupe Abu Sayyaf, qui compterait de 60 à 100 hommes armés.
Recourant aux enlèvements, à la prise d’otages et aux meurtres, le groupe a semé la terreur dans le sud, s’en prenant aux Philippins comme aux étrangers. Au moins 500 personnes auraient été enlevées par le groupe depuis 1992. «S’il ne fait aucun doute que ce groupe est poussé par des motifs criminels», estiment les évêques, «son émergence est liée aux revendications des musulmans aux Philippines». Les musulmans sont minoritaires dans le pays, mais majoritaires dans certaines région du Sud du pays.
L’anti-terrorisme: un moyen d’accroître l’influence des Etats-Unis dans la région
Les évêques ont aussi lié l’intervention militaire des Etats-Unis sur l’île de Basilan au problème plus vaste de la présence des soldats américains aux Philippines. Même si l’accord sur les bases américaines dans le pays a été abrogé en 1990, un nouvel accord de coopération de défense autorise l’accès militaire des Etats-Unis au territoire philippin.
«Nous sommes conscients de la domination envahissante des Etats-Unis dans les domaines économique, politique, militaire, culturel et religieux de notre vie nationale. La dépendance économique et militaire des Philippines à l’égard des Etats-Unis a conduit à une situation dans laquelle le gouvernement des Etats-Unis et ses partenaires internationaux nous exploitent et profitent de nous», déplorent les évêques.
Carmencita Karagdag, du Conseil national des Eglises aux Philippines, a exprimé sa crainte que le pays ne serve de «laboratoire pour le développement d’une stratégie militaire menée par les Etats-Unis contre le terrorisme dans la région». «L’impuissance du gouvernement philippin à réprimer la criminalité au sud des Philippines ne peut servir d’excuses pour accroître les intérêts géostratégiques, politiques et économiques américains dans la région», a-t-elle déclaré à la correspondante d’ENI. (apic/eni/sh)



