La position ambiguë des évêques pas comprise et critiquée

Philippines : Pressions de la société civile pour la démission de Gloria Arroyo

Manille, 28 février 2008 (Apic) La position ambiguë des évêques philippins face aux pressions de la société civile demandant la démission de la présidente de la République philippine, a reçu un accueil mitigé des fidèles, qui ne semblent pas comprendre la prudence des prélats sur ce terrain, indique Eglises d’Asie.

Les catholiques du pays rappellent à ce propos le courage de l’emblématique ancien cardinal archevêque de la capitale, Jaime Sin, décédé le 21 juin 2005, dont on dit qu’il avait fait peu de cas des consignes de prudence du Vatican dans son action pour obtenir la chute sans effusion de sang de deux chefs de l’Etat.

Le 26 février dernier, à Manille, à l’issue d’une session extraordinaire de la Conférence épiscopale, les évêques catholiques ont exprimé leur position sur les scandales politiques récents. Pressés de soutenir les mouvements de la société civile demandant la démission de la présidente Arroyo, les évêques ont adopté une position ne demandant pas explicitement son départ.

La « Déclaration pastorale » de la CBCP (Catholic Bishops’ Conference of the Philippines), intitulée : « Rechercher la vérité et restaurer l’intégrité », fait référence au scandale de corruption dans lequel l’époux de Gloria Macapagal Arroyo semble être impliqué. Les 57 évêques philippins qui ont pris part à la session extraordinaire de la CBCP ont condamné l’actuelle « culture de corruption » et ont exhorté le chef de l’Etat et le gouvernement philippin à prendre des mesures pour lutter contre ce fléau. Ils ont demandé l’abrogation de l’Executive Order 464.

Cette directive, mise en place en 2005 à la demande de Gloria Macapagal Arroyo, exige l’accord du président de la République pour que de hauts fonctionnaires puissent être auditionnés dans le cadre de certaines enquêtes. Les prélats demandent notamment à la présidente d’autoriser ses proches collaborateurs à pouvoir être auditionnés dans le cadre de l’enquête relative au scandale de corruption actuel, qui éclabousse la réputation de son époux, déjà entamée, ces dernières années, par différentes affaires de corruption.

« Au peuple de décider »

Mgr Leonardo Legaspi, archevêque de Caceres, a lu la déclaration de la CBCP lors d’une conférence de presse, le 26 février. Interrogé le lendemain sur la position politiquement neutre de la CBCP, il a expliqué que les évêques « n’avaient pas explicitement demandé la démission de la présidente, mais son implication dans la lutte contre la corruption ». « Le chef de l’Etat se doit de s’impliquer dans les réformes qui permettront à la nation de trouver le chemin menant à la maturité politique. » Savoir s’il existe suffisamment de raisons pour appeler la présidente à la démission n’est pas la question sur laquelle les évêques se sont penchés et ont discerné. « C’est au peuple de décider, cela ne relève pas de nos compétences », a-t-il précisé.

La réponse des évêques, soumis à de fortes pressions de la part de l’opinion publique pour prendre position dans cette nouvelle crise politique, peut être analysée de plusieurs manières, écrit Eglises d’Asie. Elle semble tout d’abord confirmer le manque d’unité de l’épiscopat sur le fait de savoir si l’Eglise catholique doit prendre officiellement position dans les crises politiques à répétition que traverse le pays. Depuis une vingtaine d’années, les Philippins sont en effet habitués à voir l’Eglise catholique prendre position politiquement, jouant un rôle de guide dans les affaires temporelles du pays. On se souvient du rôle déterminant de l’Eglise lors des manifestations « People Power » de 1986 et de 2001, notamment avec l’emblématique figure du cardinal Sin, invitant les fidèles à manifester pacifiquement et dans la prière pour obtenir la chute sans effusion de sang des chefs de l’Etat de l’époque.

Alors que des milliers de personnes ont manifesté, ces jours derniers, dans les rues de la capitale pour demander la démission de la présidente, tout en célébrant le 22ème anniversaire du « People Power » de 1986, et que des messes ont été célébrées, ce 25 février, à ce propos, « force est de constater que l’Eglise catholique ne semble plus vouloir jouer ce rôle central sur la scène politique ». « People Power, ce n’est pas simplement renverser un président, mais c’est aussi changer le système, notre société et nous-mêmes », a déclaré dans son homélie le curé du sanctuaire marial de Notre-Dame du Perpétuel secours, au sud de Manille, lors d’une messe célébrée pour « la vérité et la responsabilité », qui a rassemblé plus de 4’000 fidèles en ce jour anniversaire.

Philippins déçus

Pour nombre de groupes de la société civile, « la position insipide » des évêques philippins reste néanmoins décevante. « Nous avons besoin d’évêques qui prennent position et osent dire au monde que quelque chose ne tourne pas rond avec notre gouvernement », a ainsi déclaré Alvin Peters, du mouvement Youth ACT Now ! Dans la presse locale, des observateurs ont rapporté le fait qu’en 2001, le cardinal Sin avait reçu des consignes du Saint-Siège allant dans le sens d’un désengagement de l’Eglise lors des manifestations anti-Estrada, mais que le cardinal-archevêque de Manille, était passé outre. (apic/eda/pr)

28 février 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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