Les reins des plus pauvres pour résoudre la forte demande

Philippines: Trafic d’organes en constante augmentation: l’Eglise dénonce

Manille, 14 décembre 2007 (Apic) Face à la multiplication du trafic d’organes aux Philippines dont sont principalement victimes les populations les plus pauvres, l’Eglise catholique, par le canal de la Commission épiscopale philippine pour l’action sociale, la justice et la paix tire la sonnette d’alarme pour alerter l’opinion publique. De plus en plus d’Européens et d’Américains affluent aux Philippines pour bénéficier de ce trafic géré par les «moissonneurs d’organes».

«Alors que notre pays acquiert l’horrible réputation d’être parmi les premiers pays au monde en terme de trafic d’organes, nous tenons à rappeler que le commerce des parties du corps humain est immoral et vise principalement à exploiter les plus pauvres (.). L’Eglise catholique appelle le gouvernement, la société civile et les membres des communautés ecclésiales de base à mettre en place des mesures préventives contre ces trafics».

Dans un rapport cité par Eglises d’Asie, les évêques précisent que «le trafic d’organes, notamment la commercialisation de reins, prospère silencieusement mais constamment au sein des communautés urbaines ou rurales les plus pauvres. En raison de l’augmentation des maladies rénales et de la demande internationale d’organes, les perspectives de bénéfices des «négociants» et autres «moissonneurs d’organes» n’en sont que plus prometteuses».

Selon les évêques philippins, de plus en plus de patients européens, américains ou asiatiques, en phase terminale de maladies rénales, affluent vers les Philippines pour tenter de profiter d’une transplantation meilleur marché, réalisée par des chirurgiens locaux de Manille, contre une somme moyenne de 50’000 dollars. Il y a quelques années, affirme le rapport des évêques, les chirurgiens philippins réalisaient près de 200 transplantations de reins, mais, selon les dernières statistiques rassemblées par l’Eglise catholique, ce sont à présent 400 transplantations qui sont réalisées chaque année dans l’archipel.

Proies faciles

«Pour répondre à cette forte demande, les trafiquants ont fait des plus pauvres leur proie, ces derniers ignorant tant les risques encourus par de telles pratiques que les prix du marché». Différents rapports et commissions d’enquêtes ont prouvé que de nombreux donneurs pauvres «avaient été trompés, pensant qu’ils obtiendraient la somme totale promise après l’opération». Ces déceptions sont d’autant plus dramatiques que, bien souvent, les victimes de ces trafics se retrouvent avec de larges entailles, sans aucune assistance médicale, les complications leur étant parfois fatales, faute de moyens financiers pour se soigner. Le rapport de la Commission épiscopale souligne qu’»après avoir vendu leur rein, la plupart des donneurs restent désespérément pauvres». Le plus souvent, l’argent touché sert à rembourser des dettes.

A ce jour, le gouvernement philippin n’a toujours pas déposé de projet de loi visant à combattre plus sévèrement et rigoureusement le commerce illégal d’organes. La loi aujourd’hui en vigueur prévoit vingt ans d’emprisonnement pour toute personne qui recruterait, organiserait ou kidnapperait des personnes dans le but de prélever des organes ou de les vendre, mais, dans la pratique, les nombreux trafiquants qui sévissent dans les bidonvilles continuent leur commerce en toute impunité.

Présentation de la note doctrinale sur l’évangélisation en l’absence du cardinal Kasper

Rome répond à Moscou face aux accusations de prosélytisme

Rome, 14 décembre 2007 (Apic) La note de la Congrégation pour la doctrine de la foi afin de préciser le sens du terme «évangélisation», publiée vendredi à Rome répond entre autres clairement aux accusations de prosélytisme faites par le patriarcat orthodoxe de Moscou depuis la création de diocèses catholiques sur ses terres en 2002. A noter l’absence du cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, lors de la présentation du document à Rome.

Dans ce nouveau document, la Congrégation pour la doctrine de la foi soutient que «si un chrétien non catholique, pour des raisons de conscience et dans la conviction de la vérité catholique, demande à entrer dans la pleine communion de l’Eglise catholique, il faudra respecter sa requête comme oeuvre de l’Esprit Saint et comme expression de la liberté de conscience et de religion». Dans ce cas, «il ne s’agit pas de prosélytisme, dans le sens négatif attribué à ce terme», a précisé la note doctrinale.

Le 11 février 2002, l’Eglise catholique avait érigé en diocèses ses quatre administrations apostoliques situées en territoire russe, entraînant une réaction violente de la part du patriarcat orthodoxe de Moscou. Quelques jours plus tard, celui-ci décidait de suspendre les relations officielles qu’il entretenait avec le Saint-Siège. Pour les responsables orthodoxes, cette décision vaticane était une «provocation» et une volonté de prosélytisme de la part des catholiques.

Outre la question de l’uniatisme (les Eglises gréco-catholiques rattachées à Rome), c’est l’accusation de prosélytisme faite à l’Eglise catholique par l’Eglise orthodoxe russe qui empoisonne ainsi de longue date les relations entre Rome et Moscou. Cette accusation avait même envenimé les travaux de la Commission mixte de dialogue théologique entre l’Eglise catholique et les Eglises orthodoxes, allant jusqu’à provoquer l’arrêt des discussions au cours d’une réunion organisée à Baltimore (Etats-Unis), en 2000. Les travaux n’ont repris qu’en 2006.

Les responsables du patriarcat orthodoxe de Moscou reviennent régulièrement sur la question, jouant par là pour souffler le chaud et le froid. Ainsi, à la veille de sa visite en France en octobre dernier, le patriarche Alexis II avait souligné qu’il était prêt à s’entretenir avec Benoît XVI si cette rencontre pouvait «permettre de surmonter véritablement les désaccords», comme le «prosélytisme de quelques ordres missionnaires catholiques en Russie».

Plus récemment encore, à la veille de sa rencontre avec Benoît XVI le 7 décembre 2007, le métropolite Cyrille de Smolensk, responsable des relations extérieures de l’Eglise orthodoxe russe, avait souligné que «pour que les orthodoxes aient de bonnes relations avec l’Eglise catholique», celle-ci devait «renoncer à ses diocèses en terre orthodoxe et se contenter d’administrations apostoliques».

Divergences?

Lors d’une conférence de presse organisée le 14 décembre au Vatican autour de la note sur «certains aspects de l’évangélisation», le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi a soigneusement évité d’affirmer que le document était une réponse aux accusations récurrentes de Moscou. Le cardinal William Joseph Levada a ainsi vaguement déclaré que «le document avait été terminé avant les récentes accusations» venues de l’Eglise orthodoxe russe.

Si trois cardinaux et un haut prélat du Saint-Siège ont exceptionnellement participé à cette conférence de presse de présentation, le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, en revanche, n’était pas présent. Celui-ci, le 23 novembre dernier, avait publiquement demandé que soit améliorée la présentation et la communication des documents doctrinaux du Saint-Siège, particulièrement lorsque ceux-ci sont susceptibles de «blesser la sensibilité des autres chrétiens». (apic/imedia/ami/ms/pr)

14 décembre 2007 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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