Enquête ordonnée par la présidente Arroyo
Philippines: Une missionnaire accuse les militaires de complicité avec Abu Sayyaf
Manille, 9 mai 2003 (Apic) La présidente philippine Gloria Macapagal Arroyo a ordonné le 9 mai l’ouverture d’une enquête sur les accusations de complicité entre l’armée et Abu Sayyaf. Ces allégations figurent dans le livre de la missionnaire américaine Gracia Burnham, enlevée par le groupe séparatiste en 2001 tout comme une centaine d’autres personnes cette même année.
Près d’une année après la libération de Gracia Burnham, captive durant 377 jours, son livre «In the Presence of My Enemies» a été publié le 4 mai aux Etats-Unis. L’ouvrage avait déjà provoqué aux Philippines de nombreuses réactions avant sa distribution, selon l’agence d’information oecuménique ENI. Gracia Burnham accuse des membres de l’armée d’avoir fourni des vivres au groupe Abu Sayyaf. Elle prétend également qu’un général philippin avait demandé pour lui-même 50% de la rançon versée aux ravisseurs. Les ravisseurs en proposaient 20% et les négociations ont été interrompues.
Le 8 mai, la présidente Arroyo a ordonné aux Département de la défense nationale et des affaires étrangères de mener une enquête sur les allégations de la missionnaire. Elle a précisé aux médias que les enquêteurs allaient coordonner leurs efforts avec le gouvernement des Etats- Unis et avec Gracia Burnham.
Le groupe Abu Sayyaf, qui veut créer un Etat islamique dans le sud des Philippines, s’est fait connaître en enlevant des touristes, des missionnaires et des journalistes. Sur les 102 otages enlevés en mai 2001, le groupe en a tué 18, dont certains par décapitation.
Démenti des responsables militaires
Le lieutenant-général Gregorio Camiling, chef de l’armée et commandant de la région Sud des Philippines les semaines qui ont suivi les enlèvements, a démenti les accusations de Gracia Burnham. «Ils étaient prisonniers; leurs esprits pouvaient être facilement manipulés par le leader d’Abu Sabaya, et les rebelles pourraient leur avoir donné de fausses informations et monté toute une histoire», a dit le général, cité par l’Associated Press (AP). «Comment peut-elle dire que c’était des soldats? Elle a été induite en erreur.» Le général Roy Cimatu, qui a succédé à Gregorio Camiling, a déclaré à l’agence AP: «Nous avons perdu 45 soldats juste pour les libérer» et ajouté que les allégations sont injustes «si l’on considère que les soldats risquaient leur vie et que nombre d’entre eux sont morts».
Dans son livre, Gracia Burnham réfute les propos du groupe rebelle qui dit n’avoir jamais reçu de rançon. Elle précise aussi que ce sont les tirs des soldats qui l’ont blessée à la hanche et qui ont tué son mari Martin, ainsi que l’infirmière philippine Ediborah Yap, une autre otage, durant l’opération de sauvetage en juin 2002. Gracia et son mari, Martin, étaient missionnaires de New Tribes Mission (NTM) opérant au service des tribus autochtones dans plus de 25 pays. Alors qu’ils célébraient leur 18e anniversaire de mariage dans une station touristique en mai 2001 sur l’île de Palawan, ils avaient été enlevés par le groupe Abu Sayyaf. (apic/eni/bb)



