Le P. Pierre Blet répond au rabbin David Rosen
Pie XII: Le Vatican n’a rien à cacher
Rome, 27 mars 1998 (APIC) Au lendemain de la réunion au Vatican du Comité international de Liaison (ILC) entre juifs et catholiques, le P. Blet a répondu à la question du rabbin Rosen: les archives ne cachent rien de plus que ce qui a été publié dans les 12 volumes «Actes et documents du Saint-Siège durant la seconde guerre mondiale».
Le P. Pierre Blet, un jésuite français, avait été chargé par Paul VI, avec ses confrères Angelo Martini (Italie), Burkhart Schneider (Allemagne) et Robert A. Graham (Etats-Unis), de publier les documents des Archives du Vatican sur cette période. Les quatre historiens ont dû pour cela dégager les documents historiques des archives de la vie de l’Eglise n’ayant aucune valeur historique, en particulier de façon à préserver la liberté de conscience de personnes encore en vie. Ce travail a été publié en français par le P. Blet en un seul livre, paru en 1997.
Rabbin David Rosen, président de la Section Israélienne de la «Ligue Anti-Diffamatoire» (B’Nai B’Rith) a pour sa part évoqué hier au Vatican une lettre que Gerhart Riegner, vice-président du Congrès Juif Mondial, aurait adressée en 1942 au pape Pie XII sur la situation dans les camps de concentration. Les 12 volumes ne mentionnent qu’une note par laquelle Riegner accusait réception de la réponse du Vatican, qui lui promettait une prise en considération de ce qu’il avait écrit.
Une dénonciation explicite du pape Pie XII
Le P. Blet répond dans les colonnes de «L’Avvenire», le quotidien de la Conférence épiscopale italienne: «Pour ce qui concerne la lettre dont parle Rosen, ce serait peut-être plus facile de la retrouver s’il nous indiquait à quel nonce elle a été adressée. En tous cas nous avons publié l’accusé de réception et c’est donc évident que nous n’avons aucun intérêt à cacher quoi que ce soit». P. Blet replace la note dans son contexte. «Beaucoup de bruits circulaient alors sur les camps, écrit-il. L’ambassadeur polonais réfugié au Vatican affirmait que les nazis massacraient les juifs. Mais la réalité était très difficile à vérifier. En tous cas, dans son message de Noël 1942, Pie XII s’est élevé explicitement contre ceux qui «persécutent, condamnent à mort ou à l’esclavage progressif pour l’unique motif de la nationalité ou de la race». Et il a répété cette dénonciation le 2 juin 1943.
Le jésuite français rappelle que personne d’autre à l’époque ne dénonçait les crimes nazis. Ce n’est qu’en 1943 qu’une déclaration conjointe des alliés a dénoncé les abus des nazis, mais on ne parlait pas encore ni de juifs ni de «lagers», précise le P. Blet.
Quant à la demande adressée par le Rabbin Leo Klenicki, de la «Ligue Anti-Diffamatoire», de rouvrir les archives du Vatican pour cette période, le P. Blet regrette la «défiance» que manifeste cette demande envers le travail des historiens catholiques. Il la taxe d’»injuste» et exagérée». «Si l’on doute de l’honnêteté de notre travail, dit-il, on pourrait aussi douter de l’archiviste qui aurait pu détruire n’importe quel document». Et de préciser la méthode de publication adoptée également par les historiens des Affaires Etrangères des Etats-Unis: «Nous ne publions pas des documents qui mettent en cause des personnes encore en vie ou qui, révélés, feraient obstacle à des négociations en cours. De plus, il n’existait pas d’inventaire, les documents n’étaient pas classés, ils étaient placés dans des boîtes assez maniables mais dont le contenu était parfois disparates». Et de conclure: «Il me semble difficile que puissent émerger des éléments qui viennent contredire ce que les documents déjà publiés démontrent amplement». (apic/cip/imed/pr)



