Syrie: L’ONU demande de mettre fin à la destruction du patrimoine culturel syrien
Pillage systématique et trafic de biens culturels
New York, 14 mars 20134 (Apic) Peu de pays ayant un passé aussi glorieux et riche que la Syrie ont autant souffert des destructions et des pillages de leurs sites archéologiques, estime Lakhdar Brahimi, médiateur conjoint des Nations Unies et de la Ligue arabe pour la Syrie. Il condamne, avec le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon et la directrice générale de l’UNESCO Irina Bokova, l’utilisation par les parties en conflit des sites culturels à des fins militaires.
Dans un communiqué commun publié le 12 mars 2014 à New York, les responsables de l’ONU affirment que «la destruction du patrimoine culturel préchrétien, chrétien et islamique de la Syrie dépouille les gens d’un puissant héritage, alimente la haine et hypothèque toute tentative de réconciliation».
«Le riche patrimoine culturel du pays est mis en lambeaux»
Ban Ki-moon, Irina Bokova, et Lakhdar Brahimi écrivent que «tandis que le peuple syrien continue de subir des souffrances et des pertes incalculables, le riche patrimoine culturel du pays est mis en lambeaux». Les sites du patrimoine mondial ont été gravement, parfois irrémédiablement, endommagés.
Quatre sites prestigieux sont utilisés à des fins militaires ou ont été transformés en champs de bataille: Palmyre, le Krak des Chevaliers, l’église de Saint-Siméon-le-Stylite, près d’Alep, et la ville même d’Alep, notamment sa fameuse citadelle et la mosquée des Omeyyades, inscrites au patrimoine de l’UNESCO, sévèrement endommagées.
Les fondamentalistes islamistes détruisent pour des raisons idéologiques
Les sites archéologiques font l’objet d’un pillage systématique et le trafic de biens culturels a atteint des proportions sans précédent, écrit l’ONU. «Selon certaines informations alarmantes, le patrimoine syrien est délibérément pris pour cible pour des raisons idéologiques. Les œuvres d’art représentant des êtres humains sont détruites par des groupes extrémistes déterminés à faire disparaître ces traces uniques de la riche diversité culturelle de la Syrie… Pas une seule strate de la culture syrienne – pré-chrétienne, chrétienne, islamique – n’est épargnée».
La destruction d’un patrimoine aussi précieux porte gravement atteinte à l’identité et à l’histoire du peuple syrien et de l’humanité toute entière et sape pour longtemps les fondements de la société, dénonce encore l’ONU. «La protection du patrimoine culturel, matériel comme immatériel, est indissociable de la protection des vies humaines et devrait faire partie intégrante de l’action humanitaire et des efforts de consolidation de la paix».
Ban Ki-moon, Irina Bokova, et Lakhdar Brahimi en appellent à toutes les parties afin qu’elles mettent immédiatement fin à la destruction du patrimoine syrien. Ils exigent qu’elles préservent la riche mosaïque sociale de la Syrie et son patrimoine culturel en protégeant les sites du patrimoine mondial qui s’y trouvent, conformément à la résolution 2139 (2014) adoptée le 22 février 2014 par le Conseil de sécurité.
Sites culturels utilisés à des fins militaires
Les signataires de l’appel condamnent l’utilisation des sites culturels à des fins militaires. Ils appellent toutes les parties au conflit afin qu’elles respectent les obligations du droit international, en particulier la Convention pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé signée à La Haye en 1954 ainsi que le droit international humanitaire coutumier. Les groupements professionnels intervenant dans les domaines des douanes, du commerce et du marché de l’art, mais aussi les particuliers et les touristes, doivent se méfier des objets d’art syriens: ils sont susceptibles d’avoir été volés.
L’origine des biens culturels qui pourraient avoir été importés, exportés ou offerts à la vente illégalement, doit être vérifiée. L’ONU rappelle l’existence de la Convention de l’UNESCO concernant les mesures à prendre pour interdire et empêcher l’importation, l’exportation et le transfert de propriété illicites des biens culturels signée en 1970.
Et l’appel de conclure que «la destruction des vestiges du passé dépouille les générations futures d’un puissant héritage, accroît la haine et le désespoir et hypothèque toute tentative de réconciliation. Il est temps de mettre un coup d’arrêt à ces destructions, de construire la paix et de protéger notre patrimoine commun». En juin 2013 déjà, l’UNESCO avait inscrit sur la liste du patrimoine mondial en danger six sites historiques syriens menacés par les combats, en particulier la vieille ville d’Alep, qui a subi des dommages considérables depuis le début de la révolte contre le régime en mars 2011. (apic/unorg/be)



