Berne: Réflexion de migratio sur le rôle des médias pour l’entente entre migrants et Suisses
Plaidoyer pour plus de tolérance et d’ouverture à l’égard des migrants
Berne, 4 septembre 2009 (Apic) Une cinquantaine de personnes – dont Mgr Martin Gächter, évêque auxiliaire de Bâle, des aumôniers des missions linguistiques, des responsables de corporations ecclésiastiques, des représentants de la presse et des membres des communautés de migrants – ont participé vendredi à Berne à un séminaire sur les médias et les migrants. Invités par migratio, les participants ont pu entendre un plaidoyer pour plus de tolérance et d’ouverture à l’égard des migrants.
Les médias – en particulier les médias catholiques – sont-ils un pont entre catholiques migrants et catholiques suisses? C’est sur ce thème que migratio, un organisme de la Conférence des évêques suisses (CES), a organisé le 4 septembre dans les locaux de l’église de la Ste-Trinité à Berne une Journée d’étude. La table ronde qui a suivi les exposés était placée sous la régie du conseiller en communication Iwan Rickenbacher.
D’emblée Marco Schmid, directeur national de migratio, a relevé que de nombreux travaux scientifiques ont examiné les chances que représentent les médias et les effets qu’ils ont sur l’entente entre migrants et autochtones. La Journée d’étude du 4 septembre, qui a traité essentiellement de la situation en Suisse alémanique, a tenté de cerner le rôle des médias catholiques dans ce contexte et de voir dans quelle mesure ils pouvaient contribuer à construire des ponts.
Plaidoyer pour plus de tolérance et d’ouverture à l’égard des migrants
Dans une première conférence, Constance Jecker, qui participe à un travail de recherche du Fonds National suisse pour la recherche scientifique (FNS) à l’Université de Fribourg, a expliqué l’importance des médias comme fonction de ponts entre les migrants et les autochtones. Elle a plaidé pour plus de tolérance et d’ouverture à l’égard des migrants. Les catholiques insistent sur le concept d’Eglise universelle, a-t-elle souligné, «mais c’est plus un vœu que la réalité».
Traitant dans son exposé du thème «De ’bons’ migrants, de ’mauvais’ migrants et des migrants ’qui n’existent pas’», elle a relevé que dans les médias en général, les migrants apparaissent plutôt rarement, ou alors seulement de façon passive, souvent représentés sous un angle négatif, faisant la une des journaux quand il y a des crimes. Sous l’angle de leurs positions politiques, on parle souvent de fanatisme, et sous l’angle religieux de fondamentalisme.
Elle a relevé également qu’il y a là une hiérarchie des groupes ethniques, où l’on trouve d’un côté des migrants exemplaires ou traités de façon neutre, et de l’autre ceux qui sont vus comme «des mauvais gars». Alors que les migrants des pays européens voisins font partie de la première catégorie, les ex-Yougoslaves sont rangés dans la deuxième. La chercheuse, d’origine allemande et de confession protestante, a signalé que l’on ne trouve pas d’étude fouillée sur la présence de la thématique des migrants dans la presse catholique.
Originaire du Kosovo, Mike Qerkini, de forum Kirche, un bulletin de paroisse édité par les Eglises cantonales de Thurgovie et de Schaffhouse – a présenté une rubrique originale dudit bulletin: «Eglise sans frontière». Depuis 17 numéros déjà, forum Kirche essaie de rendre visible, dans une autre langue – du croate au tamoul en passant par l’albanais et le français (avec traduction en allemand) – la présence d’une autre communauté au sein de l’Eglise. Il s’agit notamment d’inciter les jeunes à participer et montrer la pluralité de la communauté catholique.
Ann-Katrin Gässlein, également de forum Kirche, vient d’Allemagne, juste de l’autre côté du Lac de Constance. Elle a rappelé, dans son exposé sur le «paysage médiatique catholique en mutation», que près d’un tiers des catholiques en Suisse sont des migrants, et qu’ils sont peu pris en compte dans les médias.
La journaliste, qui a étudié les sciences de la communication à l’Université de Fribourg, est en train de rédiger une étude pour le compte de migratio où elle décrit le paysage des médias écrits – journaux et revues – des immigrés catholiques. La plus grande partie de ces publications – dont elle estime le tirage global à 100’000 exemplaires – est en langue italienne. La diversité linguistique de ces publications est grande: elles paraissent en italien, espagnol, portugais, slovène, croate, tchèque, slovaque, polonais, vietnamien, tamoul, albanais, etc. Elles peuvent être publiées mensuellement, ou ne paraître que tous les deux mois, ou de façon encore plus espacée.
«Il ne faut pourtant pas sous-estimer leur poids dans le paysage médiatique catholique», a-t-elle lancé. Nombre de ces revues en langue étrangère sont financées en grande partie par de la publicité commerciale. EIles se distinguent également des bulletins paroissiaux locaux sur le plan du contenu, notamment parce qu’elles véhiculent une autre «culture d’Eglise» et qu’elles s’alimentent à d’autres sources de nouvelles. Entre les bulletins paroissiaux de langue allemande et de langue française, et les publications catholiques des migrants, il n’y a pratiquement pas d’échanges, ni de projets menés en commun, constate-t-elle. Une exception: le portail internet kathbern.ch
Une table ronde a finalement réuni sur le podium Daniel Kosch, secrétaire général de la Conférence centrale catholique romaine de Suisse (RKZ) à Zurich, un prêtre de la mission croate, le Congolais vivant à Lucerne Williams Kalume, de l’organisation Amicos Afrika, le journaliste belgo-suisse Werner de Schepper, vice-rédacteur en chef de l’Aargauer Zeitung, la journaliste d’origine allemande Ann-Katrin Gässlein et Sara Murarotto, une «seconda» d’origine italienne. Les interlocuteurs se sont mis d’accord sur le fait que les migrants devraient davantage faire entendre leur voix et se manifester.
Des médias, on attend qu’ils publient davantage de contributions positives sur les migrants, et que ces derniers ne soient pas mis en une des médias seulement dans les affaires criminelles. Des interlocuteurs ont plaidé pour que les missions linguistiques ne soient pas perçues comme des sociétés parallèles, sans contact avec la vie des paroisses locales. Il arrive que les prêtres ne parlent aucune des langues nationales, alors qu’ils sont en Suisse depuis des années, a déploré un intervenant. On a noté également que des missionnaires, venant d’une autre réalité ecclésiale, trouvent que les Suisses ne sont plus tellement catholiques, voire qu’ils se sont «protestantisés». En conclusion, Iwan Rickenbacher a relevé que la catholicité doit dépasser les frontières linguistiques, ce qui exige aussi que des efforts soient faits des deux côtés. JB
Encadré
La Commission migratio a été fondée dans les années 60, à une époque où l’immigration était composée essentiellement de «travailleurs étrangers» venant d’Italie et d’Espagne. Aujourd’hui, l’immigration s’est fortement diversifiée et migratio prend en charge une quinzaine de Missions linguistiques (pour les Albanais, les Italiens, les Croates, les Polonais, les Slovaques, les Espagnols, les Tchèques, les Vietnamiens, les Coréens, les Philippins, les Portugais, les Slovènes, les Tamouls, les Hongrois), tandis que les Cambodgiens, les Laotiens, les Ukrainiens grecs-catholiques (uniates) sont visités régulièrement ou de manière sporadique par des prêtres étrangers. (apic/com/be)




