Rome: Le cardinal Kasper souhaite que le pape François opère un changement de mentalité dans la curie romaine

Plus de communication et de transparence

Rome; 16 juillet 2013 (Apic) Quatre mois après le début du pontificat du pape François, le cardinal allemand Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens jusqu’en 2010, souhaite que le nouveau pontife puisse permettre un changement de mentalité au sein de la curie romaine et y rétablisse la communication.

Au fil d’un entretien publié le 16 juillet 2013 dans le quotidien italien ‘Il Foglio’, le cardinal âgé de 80 ans, ne cache pas son admiration pour le pape François qui, à ses yeux, décevra cependant autant les progressistes que les conservateurs.

Alors que la curie romaine bruisse de rumeurs dans l’attente de la nomination – probablement d’ici le mois d’octobre – d’un nouveau secrétaire d’Etat, le cardinal Kasper assure que ce n’est pas tant le nom du plus proche collaborateur du pape qui importe, mais bien le changement de mentalité qui doit s’opérer au sein de la curie romaine. La curie devra alors, espère le haut prélat, abandonner le pouvoir et la bureaucratie au profit du service pour l’Eglise universelle et également pour les Eglises locales.

Le cardinal Kasper appelle de ses vœux un changement au niveau institutionnel car «il y a quelque chose qui ne fonctionne pas dans la curie». «Le titre de secrétaire d’Etat n’a plus de sens», explique-t-il avant de souhaiter plutôt un modérateur, en l’absence, à l’heure actuelle, de communication.

L’ancien chef de dicastère estime ainsi que les responsables de la curie «doivent se voir fréquemment, au moins une fois par mois, et doivent pouvoir accéder directement au pape, sans passer par la Secrétairerie d’Etat qui fonctionnait dernièrement comme un organe intermédiaire de gouvernement». Le cardinal Kasper promet en outre que la réforme de la curie ne se fera pas sans difficultés ni résistances mais assure qu’elle est nécessaire à la fois dans la mentalité et dans les structures.

Dans la curie, le cardinal Kasper souhaiterait également que l’on puisse «donner plus d’espace aux femmes». Plusieurs dicastères n’ont pas besoin d’être guidés par des ministres ordonnés, explique-t-il avant de souhaiter aussi que le pape François facilite la transparence. Cette dernière doit se faire dans toutes les institutions vaticanes qui gèrent de l’argent et des bâtiments, souhaite-t-il encore, et pas seulement au sein de l’Institut pour les œuvres de religion (IOR).

Ni conservateur, ni progressiste

Au fil de cette longue interview, le cardinal Walter Kasper évoque aussi le profil du nouveau pape et assure, entre autres, que beaucoup seront déçus par François. «Les conservateurs le sont déjà, explique-t-il, car il n’a pas la stature intellectuelle de Benoît et puis parce qu’il a aboli la cour pontificale – ce dont je lui sais gré, c’était d’un baroque anachronique».

Mais les progressistes seront également déçus, assure encore le haut prélat avant d’ajouter : «s’il est vrai qu’il a changé la façon de faire le pape, il ne changera pas les contenus». Et le cardinal Kasper de poursuivre : «il existe entre lui et Benoît une continuité en matière de doctrine : il ne changera pas le célibat des prêtres et ne fera pas d’ouverture en matière d’ordination des femmes et toutes ces choses dont parlent les progressistes».

Puis le cardinal Kasper évoque les fidèles enthousiastes, assurant que le pape François est «un véritable pasteur qui possède un grand charme (en français dans le texte, ndlr) et une proximité immédiate avec les gens, un langage direct et compréhensif». «Certains l’accusent de faire son show mais, selon moi, il s’agit d’un témoignage authentique : il vit ce qu’il dit», assure encore le cardinal Kasper avant de préciser que si Benoît XVI était également une personne simple, il s’était cependant un peu adapté à certaines formes que François refuse.

Lors de son tout premier Angélus, le 17 mars, le pape François avait confié à la foule rassemblée place Saint-Pierre qu’il venait à peine de lire un ouvrage du cardinal Kasper, le qualifiant de «bon théologien». «Ne croyez pas que je fasse de la publicité pour les livres des mes cardinaux», avait encore lancé le nouveau pape avec le sourire. Le cardinal allemand, aujourd’hui souffrant, a fêté ses 80 ans le 5 mars dernier, peu de jours après la vacance du siège apostolique, et a participé au conclave qui a élu le pape François. (apic/imedia/ami/mp)

16 juillet 2013 | 16:30
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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