Polémique autour de l’utilisation du mot «Allah» dans les textes chrétiens
Malaisie: Le gouvernement restitue 35’000 Bibles qu’il avait confisquées
Bornéo, 16 mars 2011 (Apic) 35’000 Bibles, bloquées depuis des mois dans deux ports de l’île de Bornéo, ont reçu l’autorisation d’être dédouanées, le 15 mars 2011, après un long bras de fer entre le gouvernement et la Fédération chrétienne de Malaisie, rapporte Eglises d’Asie (EDA), l’agence des Missions étrangères de Paris (MEP).
Cette décision fait suite aux protestations de la Fédération chrétienne de Malaisie, plus importante organisation chrétienne du pays, et la publication, le 12 mars 2011 par cette dernière, d’une déclaration exprimant l’incompréhension et la colère des chrétiens devant ce nouveau refus de l’importation de Bibles sur le territoire malaisien. Par la voix de son président Mgr Ng Moon Hing, elle avait déclaré en «avoir assez» de cette interdiction injustifiée de la part des autorités, qui «semblaient avoir décidé de mener des actions clairement dirigées contre les chrétiens, leur refusant même l’accès à la Bible en langue malaise».
Soulignant qu’il s’agissait d’une grave atteinte à la liberté religieuse, la Fédération avait ajouté que «les chrétien étaient terriblement déçus, fatigués et irrités» par ce blocus de plusieurs dizaines de milliers de Bibles, un fait qui se reproduit de «manière systématique». Cette déclaration n’avait tout d’abord reçu aucune réponse du ministère de l’Intérieur.
Un geste en faveur de la paix religieuse
L’annonce de la restitution des Bibles confisquées a été accompagnée d’une déclaration du premier ministre, qui assure les musulmans que «leurs intérêts ne seront pas mis en danger dans une affaire, qui est en train d’être jugée et qui a pour cadre le droit constitutionnel des non-musulmans à utiliser le terme Allah».
Le «geste en faveur de la paix religieuse» du gouvernement malais a été accueilli favorablement, mais prudemment par les chrétiens. Une méfiance qu’exprime le révérend Hermen Shastri, du Conseil des Eglises de Malaisie, qui a salué la décision des autorités, tout en demandant à ce que les chrétiens ait un accès garanti à des Bibles traduites en quelque langue que ce soit.
Eviter de «troubler» les musulmans
Les précédentes tentatives d’importation de Bibles par les chrétiens avaient toutes avorté. Le gouvernement avait reconnu que les livres sacrés, en grande partie en provenance d’Indonésie, avaient été volontairement bloqués. Il avait prétexté des problèmes administratifs dus à l’importateur, qui aurait négligé de fournir tous les papiers réglementaires. Une explication officielle dont nul n’était dupe, les autorités interdisant depuis des années l’emploi du nom d’’Allah’ dans les textes chrétiens, pour éviter de «troubler» les musulmans et de les amener à se convertir au christianisme. En revanche, il n’y a aucun problème pour les textes en anglais.
Cette déclaration de la Fédération, très inhabituelle, a démontré le degré d’exaspération croissante des communautés chrétiennes au sujet de la polémique, qui dure depuis des années, sur l’utilisation du terme ’Allah’ par des non-musulmans. Ceci bien qu’il soit attesté que ce mot, à l’origine pré-islamique, ait toujours été employé par les chrétiens de langue malaise pour dire «Dieu».
Le 31 décembre 2009, à l’issue d’une longue bataille juridique, opposant le gouvernement fédéral et le journal catholique Herald (1), la Haute Cour de Kuala Lumpur avait tranché en faveur du droit constitutionnel des non-musulmans à user du terme ’Allah’. Le ministère de l’Intérieur avait fait appel de la décision du tribunal mais, à ce jour, l’échéancier de procédure n’a toujours pas été fixé.
L’annonce du verdict avait provoqué la colère de nombreux musulmans et de groupes d’extrémistes, qui avaient alors attaqué dix églises (2). L’Eglise catholique avait dû exhumer un ancien dictionnaire latin-malais datant de plus de 400 ans afin de prouver l’ancienneté de l’usage du mot ’Allah’ par les chrétiens dans le pays.
Un peu moins des deux tiers des 28 millions d’habitants du pays sont des Malais – qui, comme tels, sont considérés comme étant musulmans –, 25% sont d’origine chinoise et 8% d’origine indienne. Aux côtés de minorités bouddhistes et hindoues, la part des chrétiens dans la population se monte à 9%, dont 3,5% de catholiques.
Notes:
(1) Herald – The Catholic Weekly est l’hebdomadaire de l’archidiocèse catholique de Kuala Lumpur
(2) Outre les dix églises chrétiennes et une mosquée, un temple sikh a également été l’objet d’une attaque, sans doute du fait qu’en malais, le mot ’Allah’ apparaît dans le Sri Guru Granth Sahib, le Livre saint des sikhs. (apic/eda/nd)



