Etats-Unis : Tariq Ramadan peut à nouveau fouler le sol américain
Politique d’ouverture à l’islam à la Maison Blanche
Washington, 22 janvier 2010 (Apic) Interdit de territoire américain depuis 5 ans, l’intellectuel musulman genevois Tariq Ramadan a vu son sort changer : mercredi 20 janvier 2010, la Secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a signé une levée d’interdiction de visa en sa faveur. La décision s’inscrit dans la « politique de la main tendue du président Obama vers les musulmans du monde entier ».
« Après plus de cinq ans d’attente, le Département d’Etat américain a pris la décision, dans un document signé par la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton, de ne plus considérer comme recevables les raisons qui m’empêchaient d’entrer aux Etats-Unis », a déclaré Tariq Ramadan dans une lettre publiée sur son site le mercredi 20 janvier 2010. La levée d’interdiction s’adresse également à Adam Habib, professeur de sciences politiques et vice-directeur de l’Université de Johannesburg, en Afrique du Sud.
Tariq Ramadan, intellectuel genevois musulman controversé, qui enseigne actuellement à l’Université d’Oxford en Grande-Bretagne, devait se rendre aux Etats-Unis en 2004 pour enseigner à l’Université catholique Notre-Dame, dans l’Etat de l’Indiana. Il avait dû renoncer à la dernière minute à traverser l’Atlantique, son visa ayant été finalement annulé par Washington, sous prétexte de « liens avec le terrorisme ».
Une décision dans la lignée d’Obama
Le revirement de Washington, qui survient 6 mois après un jugement d’une cour d’appel fédérale donnant tort à l’administration dans cette affaire, a été saluée par l’association ACLU, puissant groupe américain de défense des libertés civiles. L’ACLU, ainsi que l’Association américaine des professeurs d’université (AAUP), avaient pris la défense de Tariq Ramadan dès 2004.
Le porte-parole de la diplomatie américaine, Philip Crowley, a déclaré mercredi que l’intellectuel genevois ne représentait aucune menace pour la sécurité des Etats-Unis. Au contraire, « nous voulons avoir la possibilité de recevoir des universitaires musulmans aux Etats-Unis pour un dialogue avec d’autres religions et d’autres gens ici dans notre pays», a-t-il fait valoir.
Cette décision met fin à l’ère Bush et s’inscrit dans la politique de Barack Obama d’ouverture vers les musulmans du monde entier et d’encouragement au débat interreligieux.
Causes du refus
Le refus de visa imposé à Tariq Ramadan en 2004 avait été initialement motivé par une « clause idéologique » de la législation antiterroriste « Patriot Act », signée par George W. Bush en 2001. Plus tard, en septembre 2006, le Département d’Etat américain avait présenté un nouveau prétexte à la décision d’exclusion: entre 1998 et 2002, Tariq Ramadan aurait donné 600 euros à des organisations françaises et suisses qui apportent une aide humanitaire aux Palestiniens. Ce dont Tariq Ramadan s’était déjà expliqué de son plein gré quelques mois auparavant devant le Département. L’administration avait alors ajouté ces associations à la liste noire, sous prétexte qu’elles apportent un support matériel au Hamas, le mouvement islamiste qui contrôle la bande de Gaza, considéré par Washington comme une organisation terroriste.
Personnalité controversée
Tariq Ramadan a fait l’objet d’une récente polémique à l’Université Erasmus de Rotterdam, aux Pays-Bas, où il a été licencié de son poste de professeur invité en 2009. L’Université l’accuse de présenter une émission sur Press TV, une chaîne financée par le gouvernement iranien. Cette décision a été condamnée par certains collègues et membres de l’Université de Rotterdam, dans une lettre ouverte qui dénonce la validité du motif de renvoi.
A la nouvelle de Washington, Tariq Ramadan a exprimé sa joie de pouvoir « se rendre aux Etats-Unis tout bientôt et s’engager à nouveau dans un dialogue ouvert, critique et constructif avec les intellectuels américains ». Il a affirmé sa responsabilité de créer « un dialogue entre les civilisations, les religions, les peuples et leurs consciences ».(apic/ag/lcg)



