Pologne: Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne
Les Eglises déplorent l’absence de référence à «l’héritage religieux»
Varsovie, 13 novembre 2000 (APIC) Des représentants des Eglises européennes ont déploré qu’il ne soit pas fait mention de «l’héritage religieux» du vieux continent dans la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (UE).
«La décision de ne pas mentionner notre héritage religieux nie un aspect de l’histoire de l’Europe», fait remarquer Keith Jenkins, directeur de la Commission Eglise et société de la Conférence des Eglises européennes (KEK), qui rassemble la majorité des Eglises protestantes, anglicanes et orthodoxes européennes. Il a fait part à l’agence ENI de ses réactions concernant le texte de la Charte des droits fondamentaux, entérinée le 14 octobre par les chefs d’Etat et de gouvernement des quinze membres de l’Union européenne, à Biarritz, en France.
Le gouvernement français a déjà fait savoir qu’il n’accepterait pas de signer cette Charte si son préambule faisait référence à «l’héritage religieux» de l’UE, rappelant que «la France est une République laïque». La Charte de l’UE vise à établir une base commune pour le respect des droits de la personne, sans être juridiquement contraignante pour les Etats membres. Elle affirme le droit des personnes à prendre part aux activités religieuses mais ne reconnaît pas le rôle des Eglises. Selon Keith Jenkins, les 127 Eglises membres de la KEK regrettent que la référence à l’héritage religieux de l’Europe ne figure pas dans le document, rédigé «Convention» de 62 personnes, à la suite de la décision prise au Sommet de Cologne en 1999.
Liberté de manifester sa religion ou sa conviction
La Charte réaffirme la liberté de réunion et d’association, le droit à l’éducation, le droit de propriété, la protection de la santé, le droit d’asile, le respect de la diversité culturelle, religieuse et linguistique, et la liberté de toute personne «de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites».
Dans une lettre adressée en mai à Roman Herzog, président de la Convention, la Commission Eglise et société de l’UE déplore que la «dimension collective de la liberté religieuse» n’ait pas été reconnue. Selon Silvio Marcus-Helmons, conseiller juridique de la COMECE – Commission qui regroupe les Episcopats catholiques de l’Union européenne -, la mention de l’héritage religieux pourra encore être débattue au moment où les chefs d’Etat et de gouvernement se rencontreront à Nice, en France, en décembre. «Si les syndicats et les partis politiques sont explicitement reconnus, pourquoi les Eglises ne le seraient-elles pas? demande-t-il.» Il a aussi précisé qu’un amendement mentionnant «l’héritage religieux» du continent a été présenté pour la COMECE par des représentants allemands qui ont souligné que la constitution allemande contenait une référence à Dieu.
Séparation de l’Eglise et de l’Etat
En plus des objections du Premier ministre français Lionel Jospin, «de fortes pressions ont été exercées par l’Italie et l’Espagne, pour que cette proposition soit rejetée», a ajouté Silvio Marcus-Helmons. «Nous admettons que la séparation entre l’Eglise et l’Etat soit inscrite dans la constitution de certains pays, mais cela ne devrait pas empêcher de reconnaître un fait historique. Durant les siècles précédents, la culture européenne était enracinée dans la religion, le christianisme notamment.»
Le 6 octobre, le Conseil de la Fédération protestante de France (FPF) a vivement critiqué la position du gouvernement français. «Comment nier, qu’au cours de l’histoire, les religions aient contribué avec d’autres forces spirituelles à formuler les valeurs de liberté, d’égalité et de solidarité?», s’est-il demandé. (apic/eni/mjp)



