Pologne:D’anciennes religieuses polonaises interrogées sur des «visions» controversées
Insubordination et risque de tragédie
Varsovie, 27 mai 2008 (Apic) La police polonaise a retrouvé et interrogé des religieuses catholiques romaines qui avaient disparu après avoir été expulsées de leur couvent. Les autorités ont découvert les religieuses défroquées vivant ensemble dans l’est de la Pologne.
«L’interrogatoire de ces anciennes religieuses constituera une étape importante pour comprendre cette question extrêmement inhabituelle et complexe», a déclaré le procureur régional Andrzej Lepieszko aux journalistes à Lublin le 20 mai. «La décision de retenir des charges contre elles sera prise au cas par cas après avoir analysé leurs déclarations et récolté des preuves.»
Selon les autorités, les 53 anciennes religieuses de l’ordre de la Famille de Béthanie ont affirmé qu’elles restaient ensemble volontairement et ont demandé à la police de ne pas dévoiler où elles se trouvaient exactement. Andrzej Lepieszko a souligné qu’à la demande de leurs familles, la police s’était mise à la recherche des religieuses et que la plupart d’entre elles devraient répondre à des questions concernant de possibles accusations d’insubordination et d’incitation au suicide.
La Supérieure du couvent à l’origine de troubles dès 2004
Les troubles se sont déclenchés en 2004 au couvent de l’ordre de la Famille de Béthanie, à Kazimierz, après qu’un délégué du Vatican eut renvoyé la supérieure du couvent, Jadwiga Ligocka. Celle-ci a alors occupé le couvent avec 65 religieuses et novices.
Dans un communiqué, l’ordre a indiqué que des inquiétudes avaient été soulevées par certaines «décisions d’ordre personnel et organisationnel» prises par la mère Ligocka, qui avait également prétendu avoir eu des «visions personnelles», ne correspondant pas à l’enseignement de l’Eglise catholique romaine.
Le gaz et l’électricité du couvent ont été coupés lorsqu’un décret du Vatican de février 2007 a expulsé de l’ordre la mère Ligocka et ses partisanes. Par ailleurs, Janusz Kaczmarek, ministre polonais de l’Intérieur, avait affirmé qu’il était soucieux «d’éviter une éventuelle tragédie» après que le quotidien polonais à gros tirage Fakt eut publié la lettre d’une religieuse évoquant l’éventualité d’un pacte de suicide.
Les anciennes religieuses ont été évacuées de force par la police en octobre 2007, après avoir ignoré plusieurs injonctions judiciaires leur demandant de quitter le couvent. Les femmes ont alors disparu des centres de retraite de l’Eglise de Lublin, Dabrowice et Naleczowo.
Mgr Jozef Zycinski, l’archevêque local, a fait porter la responsabilité du conflit sur «les problèmes psychiatriques» de Jadwiga Ligocka et a remercié les autorités locales pour leur intervention.
Dans son communiqué, Andrzej Lepieszko a indiqué que les anciennes religieuses, ne portant plus l’habit, étaient libres de sortir de leur résidence actuelle pour faire des courses ou voir un médecin et parfois même pour travailler. De plus, certaines d’entre elles utiliseraient des téléphones portables pour contacter leur famille.
Pourtant, le procureur a confirmé que les accusations d’insubordination et d’incitation au suicide pouvaient encore être portées contre Jadwiga Ligocka et un prêtre franciscain défroqué, Roman Komaryczko, qui vivait avec les religieuses dans le couvent de Kazimierz avant qu’il soit pris d’assaut par la police. (apic/eni/js)



