Le pape retrouve la Pologne profonde
Pologne: Jean Paul II dans les monts Tatras
Fribourg, 6 juin 1997 (APIC) Le pape était chez lui vendredi à Zakopane, une station de montagne située à 80 km au sud de Cracovie qu’il a souvent fréquentée au temps où il était jeune prêtre. Devant un public conquis d’avance, qui a applaudi le maire de la ville quand ce dernier lui a demandé pardon pour «notre foi affaiblie», Jean-Paul II a exalté le génie féminin. La béatification de deux religieuses figurait au programme, ainsi que la marque de la croix sur la Pologne.
Jean-Paul II, ragaillardi par la journée de repos de jeudi, où il avait pu faire une promenade en montagne, était visiblement ravi en écoutant la musique folklorique qui a rythmé la messe de Zakopane. Autour de lui, les familles étaient en costumes locaux, les hommes en pantalons de grosse laine blanche, gilets noirs ornés de motifs d’un vert et d’un rouge très soutenus, les femmes portant des corsages ornés de fines dentelles et couvertes des fichus très colorés et typiques.
L’autel de plein air a la couleur claire du sapin frais finement sculpté dans le style de la région, et il épouse la forme pointue des chalets de montagne. Le site majestueux des monts Tatras qui culminent à 2’650 mètres et dont l’un porte une croix que le pape évoquera dans son homélie, lui font face. Les lignes aériennes de l’autel sont accentuées par la longue piste d’un tremplin de saut à ski, transformé en immense croix blanche, et qui prolonge l’autel jusqu’en haut de la montagne.
Merci et pardon
«Nous vous sommes reconnaissants, Saint-Père, de nous avoir délivrés de l’esclavage rouge et de nous avoir enseigné comment éradiquer de notre patrie polonaise tout ce qui est dégradant, humiliant, ainsi que tout ce qui nous rend esclave, déclare Adam Bachleda-Curus, maire de Zakopane, habillé en costume traditionnel. Nous vous remercions pour votre attention paternelle. Nous vous sommes reconnaissants pour vos prières, admonitions et sacrifices, et nous vous demandons pardon pour tout ce que nous avons fait et qui a pu vous décevoir, vous attrister, et vous offenser, Dieu et vous même. Nous vous demandons pardon pour nos doutes, notre foi affaiblie et la voie irresponsable que nous avons utilisée pour user du don de la liberté. […] Nous vous promettons de faire allégeance à la fière tradition de notre nation et de garder le voeu de Jasna Gora de la Nation Polonaise.»
«Nous attendions ce rendez-vous depuis longtemps», lance à son tour le pape, dont le propos est accueilli par un tonnerre d’applaudissements.
Beaucoup ont les larmes aux yeux. Des dizaines de fois, ces montagnards l’ont invité, chaque fois le pape avait dû remettre, la mort dans l’âme, Zakopane ayant toujours été pour le jeune prêtre, puis pour l’archevêque de Cracovie, un lieu du repos de prédilection. Très tôt, il y avait fondé un centre pour l’apostolat du tourisme, et il y venait régulièrement reprendre des forces au plus fort de l’adversité. Plus que nulle part ailleurs en Pologne, Jean-Paul II semble vraiment en famille à Zakopane.
Sous le signe de la croix
L’émotion et la joie ont atteint leur comble quand les deux draps blancs sont descendus lentement, découvrant d’immenses portraits des deux religieuses que le pape était venu béatifier: Marie Karlowska, décédée en 1935, fondatrice d’un ordre qui se voue aux femmes en difficulté, en particulier aux prostituées, et Marie Bernardine Jablonska, morte en 1940, fondatrice d’un ordre d’inspiration franciscaine très actif parmi les plus pauvres de la société et dont l’une des devises était «Donner, toujours donner».
Avant d’évoquer leurs vies, le pape a médité sur la présence d’une croix, hissée «par vos pères» au sommet du mont Giewont. Tournée vers le nord, elle «embrasse, en direction de Varsovie et Dantzig, toute notre terre, des monts Tatras à la Baltique», a relevé le pape, demandant aux habitants de ce lieu de «ne pas avoir honte de cette croix» qui évoque toutes les croix qui ont fait leur retour en Pologne, «dans les écoles, dans les édifices publiques et les hôpitaux». Et d’ajouter, toujours sous les applaudissements: «Qu’elles y restent ! Qu’elles nous rappellent notre dignité chrétienne et aussi notre identité nationale, c’est-à-dire ce que nous sommes,où sont nos racines.»
Le génie féminin
Jean-Paul II a conclu son homélie par une méditation sur «le génie féminin» et sur «la dignité de la femme». Les deux nouvelles bienheureuses «ont manifesté ce génie féminin qui se révèle dans une profonde sensibilité vis-à-vis de la souffrance humaine et dans la délicatesse, l’ouverture et la disponibilité à apporter de l’aide. Tout ceci ce manifeste sans bruit mais est parfois sous évalué. Pourtant combien notre génération et notre monde d’aujourd’hui ont besoin de cette sensibilité féminine pour les choses de Dieu et des hommes afin que notre famille et toute notre société soient comblées de chaleur, de bienveillance, de paix et de joie. Combien avons-nous besoin de ce génie féminin pour que le monde d’aujourd’hui apprécie la valeur de la vie, de la responsabilité, de la fidélité, pour qu’il conserve le respect de la dignité humaine !»
Au terme de la messe, le pape, très ému, est revenu en improvisant sur le symbole de la croix du mont Giewont: «Je remercie Dieu pour ceux qui ont placé cette croix sur la montagne… Cette croix vous dit «Sursum corda», «Haut les coeurs !». Je prie pour que toute la Pologne tourne son regard vers cette croix et entende cette invocation: «Haut les coeurs (apic/jmg/cip/aa)



