Pologne: Le cardinal Glemp critiqué pour son recul dans l’affaire des croix d’Auschwitz
Les «défenseurs des croix» affirment: «L’Eglise, c’est nous!»
Varsovie, 12 août 1998 (APIC) Le cardinal Jozef Glemp a essuyé mercredi de sévères critiques pour avoir fait marche arrière dans l’affaire des croix d’Auschwitz, en demandant aux initiateurs de cesser leur campagne d’édification de nouvelles croix à la mémoire des victimes polonaises de la terreur nazie. Les «défenseurs des croix», qui en ont planté une nouvelle mardi soir, répliquent mercredi: «L’Eglise, c’est nous! Et nous avons le devoir de défendre la croix, en particulier quand la hiérarchie ne le fait pas».
Les initiateurs de la campagne, provenant des milieux catholiques conservateurs, veulent, par l’édification d’une cinquantaine de croix en bordure du camp d’extermination nazi, rappeler la mémoire de 152 prisonniers polonais fusillés en cet endroit en 1941 par les Allemands. Cette action a provoqué de nouvelles tensions entre les milieux juifs au niveau mondial et l’Eglise catholique, mais aussi entre le gouvernement israélien et son homologue polonais.
Le primat de Pologne a envoyé une lettre circulaire à l’ensemble des membres de l’épiscopat polonais leur demandant de tout faire pour que ne s’étende pas cette campagne qui «n’est pas une action de l’Eglise». Le cardinal Glemp critique également la participation à cette action de «groupes irresponsables». La semaine dernière, le cardinal Glemp avait expliqué que l’édification de croix ne portait pas atteinte au respect dû aux victimes de l’holocauste. Raison pour laquelle, la grande croix de près de huit mètres de haut, placée en 1988 pour rappeler la visite du pape à Auschwitz en 1979, y était «tout à fait à sa place». Il avait alors dénoncé l’immixtion du gouvernement israélien dans les affaires intérieures de la Pologne.
Un homme de main au passé douteux
A Varsovie, les observateurs sont unanimes pour dire que le revirement du cardinal Glemp fait suite à la pression du pape Jean Paul II, pour lequel le dialogue entre chrétiens et juifs est primordial. Pendant ce temps, la presse polonaise révèle que l’un des personnages qui dirige l’action des croix en sous-main serait Mieczyslaw Janosz. Cet agent aurait déjà été mêlé à des actions douteuses pour le compte des services secrets communistes SB. Son implication dans l’»affaire des croix d’Auschwitz» a semé le trouble dans les rangs du camp national-catholique. On spécule que Janosz agisse à la solde d’anciens cadres du SB pour déstabiliser le gouvernement de centre-droit issu des rangs du syndicat «Solidarnosc» et le compromettre aux yeux des démocraties occidentales. (apic/kap/be)




