L’Eglise, qui critique, à son tour critiquée
Pologne : Les méthodes de procréation assistée font débat dans la société
Varsovie, 4 janvier 2008 (Apic) L’Église catholique polonaise critique le projet du gouvernement du pays de rembourser aux familles modestes les frais occasionnés par la fécondation in vitro. Mais les critiques de l’Eglise sont à leur tour l’objet mécontentement parmi les catholiques.
C’est une intervention de la ministre de la santé, à la mi-décembre, qui a soulevé le débat en Pologne sur la pratique de la fécondation in vitro, écrit « La Croix ». Ewa Kopacz, ministre de la droite libérale, entrée au gouvernement à la faveur de la nouvelle majorité sortie des urnes fin octobre, a envisagé la possibilité, pour l’État, de prendre en charge les frais médicaux d’une fécondation in vitro dans les foyers les plus modestes.
Selon le quotidien catholique français, actuellement, une telle intervention coûte en moyenne 12’000 zlotys (3’300 ¤) et n’est pas du tout prise en charge par l’assurance sociale.
La déclaration a aussitôt provoqué une levée de boucliers de certains milieux dans le pays, où le financement du système de santé est par ailleurs très mal en point. Quelques jours avant Noël, la commission « famille » de l’épiscopat a envoyé une lettre aux députés, disant que la méthode de fécondation in vitro est « inadmissible et indigne », et qu’elle « fait périr de nombreux embryons, ce qui constitue une sorte d’avortement raffiné ».
La fécondation in vitro est utilisée depuis 1987 en Pologne, mais un flou juridique entoure cette pratique : l’embryon humain n’a pas de statut au regard du droit, et il n’existe pas, comme en France par exemple, de comité d’éthique chargé de discuter de ces questions, malgré les nombreuses tentatives d’en créer un depuis une quinzaine d’années. Entre 200’000 et 300’000 femmes stériles seraient pourtant personnellement concernées par ce débat, très polarisé dans un pays où l’Église catholique garde un poids important dans les débats de société.
Vives réactions
La position des évêques polonais suscite de vives réactions auprès de fidèles catholiques. «Quand je lis, dans la dernière lettre des évêques adressée au Parlement, que la fécondation in vitro est un avortement raffiné, je pense que cette Église n’est plus la mienne ». Monika Rozycka est amère. Dans une interview donnée la semaine dernière au quotidien polonais Gazeta Wyborcza, citée par « La Croix », cette mère de deux bébés nés par fécondation in vitro exprimait son indignation, au moment où certains évêques redoublent d’avertissements dans leurs homélies au sujet des méthodes de procréation assistée.
Agée de 36 ans quand elle a eu son premier enfant, cette Polonaise dit avoir consacré « plusieurs années de sa vie » et « quelques dizaines de milliers de zlotys » à essayer d’avoir des enfants. (apic/cx/pr)



