Le grand rabbin ashkénaze va écrire au pape Jean Paul II

Pologne: Les traditionalistes catholiques érigent une nouvelle croix à Auschwitz

Varsovie/Jérusalem, 18 août 1998 (APIC) Le grand rabbin ashkénaze Yisrael Lau a décidé d’écrire au pape Jean Paul II pour qu’il fasse enlever les croix érigées près de l’ancien camp d’extermination d’Auschwitz. De Jérusalem, il a lancé lundi un appel au Premier ministre polonais dans le même sens. Il demande au gouvernement polonais d’empêcher que d’autres soient placées sur le site, car «ces croix tendent à en faire un cimetière chrétien» et portent atteinte à l’identité religieuse des victimes. Sur plus d’un million de personnes assassinées à Auschwitz, 90% étaient juives.

Entre-temps, des membres polonais de la Fraternité sacerdotale St-Pie X – des catholiques traditionalistes en rupture avec Rome – ont érigé une nouvelle croix de 5 m de haut, plus haute que toutes les croix plantées devant le camp de la mort nazi par le très contesté «Comité catholique social pour la défense de la croix». Mgr Bernard Fellay, supérieur général de la Fraternité, dont le siège est à Menzingen, dans le canton de Zoug, a déclaré mardi l’APIC tout ignorer de cette action. Il s’est par conséquent refusé à tout commentaire.

La volonté du Comité d’ériger 152 croix en souvenir de 152 victimes polonaises des nazis, fusillées à l’endroit même où se trouve la grande croix commémorant la visite du pape Jean Paul II à Auschwitz en 1979 et placée là en 1988, a suscité une vague de protestations de la part des milieux juifs au niveau international.

L’honneur des Polonais en jeu

Le cardinal Glemp, qui avait dans un premier temps soutenu cette action controversée, a demandé au Comité de mettre un terme à sa campagne. Il a toutefois déclaré samedi que les évêques polonais, dans le respect des lois, de la solidarité entre les peuples et des règles du dialogue, n’allaient pas pour autant oublier «l’honneur des Polonais» et leur «amour de la patrie».

La question des croix en Pologne – un pays qui pendant des décennies a subi un régime athée – est très délicate. Un sondage mené par l’institut polonais Demoskop publié lundi montre que plus de 70% des Polonais souhaitent le maintien de la grande croix commémorant la visite du pape Jean Paul II à Auschwitz, mais 48% (contre 32%) ne soutiennent pas la campagne pour en installer de nouvelles.

Lors d’une rencontre lundi avec l’ambassadeur de Pologne Wojciech Adamiecki, le Grand rabbin Yisrael Lau lui a remis une lettre pour le Premier ministre Jerzy Buzek. Il lui demande de convaincre les groupes concernés d’évacuer les croix pour qu’il soit possible aux fidèles juifs de participer en cet endroit à des services religieux en mémoire des victimes. Lau lui a également remis le témoignage de Krystyn Olszewski, une Polonaise chrétienne internée à Auschwitz, qui a déclaré que les croix ont été placées sur l’endroit précis où des enfants ont été brûlés vifs. L’ambassadeur polonais a souligné que les responsables de cette campagne de croix appartiennent à des groupes marginaux et exprimé l’espoir que le gouvernement résoudra le problème de façon à satisfaire «toutes les parties concernées.»

Le Grand rabbin écrit à Jerzy Buzek que la Pologne ne devrait pas seulement enlever les croix, mais encore édifier un mémorial à l’endroit où ces enfants ont été brûlés vifs. Il a dit sa volonté d’écrire une lettre semblable au pape Jean Paul II, annonce mardi le quotidien israélien «The Jerusalem Post». (apic/kna/jpost/be)

20 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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