L’acte symbolique du pape allemand
Pologne: Visite dimanche de Benoît XVI au camp d’extermination nazi d’Auschwitz
Rome, 23 mai 2006 (Apic) Benoît XVI visite dimanche le camp d’extermination nazi d’Auschwitz-Birkenau, dernière étape de son voyage apostolique en Pologne. Lors de cette visite, dans l’après-midi du 28 mai, le pape allemand suivra les traces de son prédécesseur Jean Paul II. Il était venu se recueillir le 7 juin 1979 dans ce lieu de mort où plus d’un million de juifs furent suppliciés entre 1940 et 1945. C’est en allemand qu’il prononcera une prière pour réclamer la paix dans le monde.
Dimanche, Benoît XVI, venant de Cracovie, s’arrêtera devant l’entrée du camp d’Auschwitz qu’il franchira à pied. Il sera reçu par le directeur du musée d’Auschwitz, par le président et le responsable juif du Comité pour le dialogue interreligieux de la Conférence épiscopale polonaise, par l’évêque du diocèse de Bielsko-Zywiecz, Mgr Tadeusz Rakoczy, et par le ministre de la Culture, Kazimierz Michal Ujazdowski.
Des anciens prisonniers seront également présents. Le souverain pontife se dirigera ensuite à pied vers le «mur de la mort» pour un temps de recueillement, avant de signer le Livre d’or du Musée. Puis il se rendra au sous-sol du bloc 11, dans la cellule où mourut Maximilien Kolbe, un religieux franciscain polonais qui avait pris la place d’un père de famille condamné à mort dans le camp d’Auschwitz. Il a été canonisé par Jean Paul II en 1982.
Le pape quittera ensuite le camp de concentration pour rejoindre en voiture le Centre de dialogue et de prière d’Auschwitz, à 1km de là, où il sera accueilli par le recteur. Il en saluera ensuite le personnel ainsi que les douze religieuses cloîtrées appartenant à la communauté contemplative du Carmel, à 200 mètres du Centre. Après la signature du Livre d’or et la bénédiction du Centre, Benoît XVI se rendra en voiture au camp de Birkenau, situé à 3km.
Prière pour les victimes du génocide et de la guerre
Là, il se rendra à pied devant le «monument international aux victimes», édifié près du four crématoire n°2 et au pied duquel se trouvent les plaques commémoratives qui répertorient en plusieurs langues toutes les victimes des camps d’Auschwitz et de Birkenau. Pendant la visite, le pape rencontrera des représentants d’autres religions. Avec eux et un groupe d’anciens prisonniers, il priera pour les victimes du génocide et de la guerre, ainsi que pour la paix dans le monde. Des rescapés et de nombreux représentants juifs de différentes nationalités seront présents pendant cette prière.
Des intentions de prières seront prononcées en langue rom, en russe, en polonais, en hébreux et en anglais. Suivront le chant juif de deuil, le «kaddish» et l’invocation à la paix, lue en allemand par le pape. Un cierge sera ensuite allumé. Après la bénédiction, Benoît XVI quittera Birkenau pour rejoindre l’aéroport de Cracovie afin de rentrer à Rome.
Des lieux qui ont marqué l’histoire du peuple juif
Il s’agira de la deuxième visite du pape allemand dans un lieu ayant marqué l’histoire du judaïsme. Le 19 août 2005, au cours des Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ) en Allemagne, Benoît XVI s’était rendu dans la synagogue de Cologne, détruite par les nazis en 1938 et reconstruite en 1959. Il devenait ainsi le deuxième pape de l’histoire à entrer dans un lieu de culte juif après Jean Paul II, qui s’était rendu dans la synagogue de Rome le 13 avril 1986.
Dans la synagogue de Cologne, Benoît XVI avait prononcé un discours rappelant que l’année 2005 marquait le 60e anniversaire de la libération des camps de concentration nazis. Le pape allemand avait alors évoqué le «crime inouï» de la «shoah».
Pour Benoît XVI, il s’agit du «temps le plus sombre de l’histoire allemande et européenne». Parlant à l’instar de Jean Paul II, lors du 60ème anniversaire de la libération d’Auschwitz, de «mysterium iniquitatis», le pape avait alors dénoncé la «folle idéologie raciste, de conception néo-païenne» qui fut à l’origine de la tentative «projetée et systématiquement mise en oeuvre par le régime, d’exterminer le judaïsme européen».
Suivre les pas décisifs de Jean Paul II
Le pape avait déclaré vouloir aussi confirmer son désir de poursuivre le chemin en vue d’une amélioration des relations et de l’amitié avec le peuple juif, «chemin sur lequel le pape Jean Paul II a fait des pas décisifs». Le pape allemand avait alors encouragé un dialogue judéo-chrétien qui ne passe pas sous silence ou minimise les différences entre les deux religions et avait appelé au «respect mutuel» et à l’amour entre juifs et chrétiens pour l’amélioration de leurs relations.
Quelques mois plus tôt, le 27 janvier 2005, le cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris, avait représenté Jean Paul II aux cérémonies du 60e anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz. Il avait alors prononcé un discours rédigé par le pape polonais. Personne ne peut être indifférent «à la tragédie de la shoah» soulignait alors le pape, «un crime qui marque pour toujours l’histoire de l’humanité». Pour Jean Paul II, «cette tentative de destruction systématique de tout le peuple juif» reste en effet «comme une ombre sur l’Europe et sur le monde entier».
Un pape confronté très tôt à l’idéologie nazie
La visite du camp d’Auschwitz revêt une importance particulière pour Benoît XVI, confronté très tôt à l’idéologie nazie. Né en 1927 à Marktl-am-Inn, en Bavière, au sud de l’Allemagne, dans une famille très catholique, Joseph Ratzinger avait 5 ans quand Hitler arriva au pouvoir. Entré au séminaire à 12 ans en 1939, le jeune Bavarois fut enrôlé de force dans les jeunesses hitlériennes.
Lors d’une rencontre avec des jeunes le 6 avril 2006, Benoît XVI avait raconté comment il avait discerné son appel à la prêtrise, lorsque adolescent, il s’était trouvé face à l’idéologie «inhumaine» du nazisme. C’est «justement devant la brutalité de ce système, de ce visage inhumain, que j’ai compris qu’il y avait besoin de prêtres», avait-il alors confié. (apic/imedia/cp/be)




