Porto Alegre: Les parlementaires suisses visitent le «laboratoire social» brésilien
Le «budget participatif» intéresse les Suisses
De notre envoyé spécial à Porto Alegre, Jacques Berset
Porto Alegre, 28 janvier 2001 (APIC) Près de 4’000 participants au Forum Social Mondial, dont plus de 3’400 délégués venus de 135 pays, poursuivent jusqu’au 30 janvier leurs travaux dans 400 ateliers. La délégation des parlementaires fédéraux suisses a laissé pour un après-midi les locaux surpeuplés de l’Université pontificale (PUC) de Porto Alegre pour se rendre dans un quartier de la ville. Accompagnée de membres du Conseil municipal de la Ville de Genève, elle a pu voir comment fonctionne l’expérience démocratique du «budget participatif». Une expérience dont certains voudraient s’inspirer.
La visite de personnalités comme Danielle Mitterrand, les actions spectaculaires du Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST) comme vendredi dans la municipalité de Nao-Me-Toque, sont peut-être la partie la plus médiatisée du Forum. L’arrachage par 800 paysans sans terre conduits par le leader du MST, Joao Pedro Stédile, et le militant français José Bové, de plants expérimentaux de soja et de maïs transgénique de la firme américaine Monsanto, n’est en effet pas passé inaperçue. Mais la réalité de la rencontre mondiale de Porto Alegre est ailleurs.
Mise en réseaux de projets alternatifs
Porteurs d’avenir, la découverte d’une nouvelle façon de faire de la politique plus proche des citoyens et de leurs besoins, l’échange et la mise en réseaux d’expériences alternatives au niveau mondial, la rencontre de réalités sociales diverses, comme la visite de campements de paysans sans terre, sont l’un des apports concrets de la rencontre de Porto Alegre.
Recevant au «Palacinho» les délégués suisses qui participent au Forum des parlementaires de Porto Alegre, la coordinatrice de «l’Orçamento participativo» (budget participatif/OP) dans l’Etat de Rio Grande do Sul, Iria Charao, a concédé que le processus n’était pas simple. Ce processus de participation des citoyens aux décisions qui concernent leur vie quotidienne rencontre l’hostilité de certains parlementaires se sentant privés de leur pouvoir traditionnel.
«Mais les élus doivent tenir compte de leurs électeurs, et l’OP touche la base de tous les partis. Au niveau de l’Etat, le Parti des Travailleurs n’a que 80’000 membres, alors que 280’000 citoyens participent, dont beaucoup ne sympathisent pas avec le PT. Ce qui intéresse les gens, c’est la transparence du processus: on sait ainsi où va l’argent de l’Etat».
Auparavant, sur l’initiative du mouvement E-Changer, une organisation basée à Fribourg qui a 15 volontaires engagés dans des projets de transformation sociale au Brésil, la délégation suisse a visité un projet de construction d’habitations dans le quartier populaire de «Vila tecnologica». Grâce à l’OP, explique Joao Alberto Farias Fontoura, président du quartier d’Humaita, des gens habitants dans une zone dangereuse et insalubre au bord de la rivière ont pu être relogés. Le groupe de 200 maisons populaires toutes neuves ou encore en construction a belle allure.
Les habitations, louées à un prix très favorable (10% du salaire minimum), sont protégées de la spéculation immobilière. Les nouveaux «propríétaires» (la maison est la leur tant qu’ils vivent dedans; elle peut cependant être transmise aux enfants aux mêmes conditions), sont associés à toutes les décisions concernant la construction et l’aménagement du quartier.
S’en inspirer
Cette nouvelle façon de gérer le budget municipal a séduit les responsables politiques suisses, très sensibles au développement des droits démocratiques. La conseillère nationale démocrate-chrétienne fribourgeoise Thérèse Meyer constate l’intérêt de faire participer les citoyens avant que le niveau législatif prenne les décisions. «On pourrait voir de quelle manière s’en inspirer, cela enlèverait la frustration de citoyens qui manquent de canaux pour s’exprimer. Ce processus de consultation populaire permet également aux autorités de savoir ce que veulent vraiment les gens et de bien fonder les décisions». (apic/be/pr)



